Un regard parmi d’autres: Eric Antoine dans Magic Délirium

Il m’a fait sursauter, son rire strident. Le frisson revient chaque fois, pourtant je connais l’humoriste et son cri d’illuminé. La première vanne a retenti avant même le début du spectacle: la cadence était donnée. Sa voix s’est élevée comme par magie sur un fond d’ACDC, dans une salle déjà chauffée à bloc, avant que la lumière ne s’éteigne. Nous étions partis pour une heure et demie d’illusionnisme et de tapes sur la cuisse.

Dès l’ouverture des rideaux, je remarque que le titre « Magic délirium » colle parfaitement au show. Eric Antoine nous accueille… nu dans une baignoire pleine de mousse (la mousse cachait tout ce qu’il fallait cacher): « Salut les pauvres! Ah non c’est vrai… on est en Suisse! » Une baignoire magique puisque c’est à partir d’elle que sont apparus l’un après l’autre, avec palmes et tuba, le fameux assistant Bernard vêtu de noir, une sirène en chair et en os – tous deux joués par la femme de l’humoriste qui milite pour l’association « assistantes mais pas soumises » – et, une pieuvre en plastique.

Des tours de magie, il en avait. Certains effrontément grotesques ou ratés, pour chatouiller le public et tromper ses attentes. D’autres brillamment réalisés à coup de cartes, de colombes ou de catalogues Ikea, laissant songeur. Mais plutôt que de « tours de magie », mieux vaut parler de « numéros de prestidigitation ». Car Eric Antoine l’a très vite annoncé, brisant le charme: « la magie, ça n’existe pas, ce qui existe, ce sont les croyances provoquées par l’illusion. » Après tout, c’est un « escroc honnête » puisqu’il nous le dit.

Philosophique, sadique mais tendre, Eric Antoine, qui prie le « dieu périnée », semble définitivement fêlé. Mais c’est pourtant les spectateurs – moi inclue – qui m’ont paru délirer le plus. En effet, plus l’humoriste s’amusait à martyriser son public – y compris les enfants, plus le public appréciait et en redemandait! Le tortionnaire a en effet pris plaisir à passer dans les rangs pour enguirlander sous toutes les coutures ses fans ravis, essuyant son front dégoulinant avec leurs écharpes, lançant des « tu te calmes ! », « c’est bien la manière dont tu t’exprimes avec du textile », « il faut bien laisser travailler les petits Syriens », « 8 ans? Excellent, on va le traumatiser », au beau milieu la salle hilare du Théâtre de Beausobre.

Pour réaliser ses tours, comme pour générer le rire, Eric Antoine utilise la fameuse technique illusionniste du détournement de l’attention. Et presque à chaque fois, je suis tombée dans le panneau.

Lysiane

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