Mois : décembre 2016

Un regard parmi d’autres: Les Rustres, par la Troupe de la Comédie-Française

Avoir l’occasion de commenter une pièce de la Comédie-Française est une aubaine pour tout chroniqueur. En effet, c’est une parfaite occasion pour déployer son vocabulaire le plus enthousiaste et déclarer que cette pièce était hi-la-rante, ces dialogues tout simplement brillants et cette actrice divine… sans prendre le moindre risque de se ridiculiser en encensant un navet.

Curieuse et presque intimidée, je me suis rendue à la représentation des « Rustres », par la Troupe de la Comédie-Française. Cette pièce raconte l’histoire de quatre marchands vénitiens, bougons au grand cœur et époux autoritaires à souhait, dont deux décident de marier leur fils et leur fille respectifs. Bien sûr, sans demander leur avis aux tourtereaux, parce que faudrait-pas-se-moquer-du-monde-qui-est-ce-qui-commande-ici.

La trame était somme toute assez typique des bonnes comme des moins bonnes comédies de mœurs… pourquoi donc « Les rustres » a-t-elle été une vraie réussite ?

Je crois que c’est parce qu’elle « visait juste » et révélait, entre tables renversées et portes claquées, des relations plus subtiles qu’il n’y paraissait entre les personnages. À mon grand dam, je crois même avoir reconnu parmi les rustres, la jeune impertinente ou la belle-mère encore coquette, quelques-uns des personnages qui m’habitent ou que nous côtoyons au quotidien, les pantalons bouffants en moins.

Caricaturale mais pleine d’esprit, La Troupe de la Comédie-Française nous a offert avec « Les rustres » une pièce hi-la-rante, aux dialogues tout simplement brillants !

P.S. Avant de vous quitter, laissez-moi encore vous dire à quel point Rebecca Marder, dans son rôle de jeune peste, était, comment dire : divine.

Céliane

Un regard parmi d’autres: Charlie Winston Trio

20h. La salle est plongée dans l’obscurité… Apparaît un faisceau lumineux, se baladant sur scène, éblouissant quelques spectateurs au passage. Au bout de la lampe de poche, tel un gamin ravi de sa farce, la tête de Charlie Winston. “Avec la lumière, ça serait mieux! sourit-il. En plus, vous avez l’air d’être des personnes sympathiques!” A peine arrivé, le ton est donné. Totale décontraction pour le chanteur british visiblement là pour s’amuser et prêt à se dépenser sans compter, dernière date de la tournée pour cette année oblige. Bonheur auprès du public présent, conscient de vivre un moment particulier.

Particulier de par le lieu, ainsi que de par une formation en trio. Accompagné de deux – talentueux, soit-dit en passant – musiciens, Charlie Winston se la joue intimiste. Fini les shows grandiloquents, “c’en était assez. J’ai eu envie de revenir où j’avais commencé”, explique-t-il. “Et c’est une opportunité pour vous d’écouter les chansons…”, continue-t-il, mimant des fans hystériques.

Compris. Ce soir, on se doit d’écouter attentivement les tubes et des airs que l’on avait peut-être bien oubliés au fil des albums et des années. Evening Comes, Hello Alone, Happiness, Truth, Wilderness, Lately, Smile, Unlike Me s’enchaînent… On redécouvre, on se délecte de chaque morceau. On applaudit. On ne peut s’empêcher de sortir son smartphone lorsque le dandy se balade à travers la salle sur A Light (Night). On l’écoute parler de son amour pour les légumes, mais pas que. On chante (ni en rythme, ni en chœur). On crie, un peu, quand même!

Et on quitte le confort des sièges orangés pour une fin de soirée survoltée. Bras en l’air et sautillements sur Just Saying, Hands, Generation et Hobo, titre qui l’a fait connaître, magnifiquement revisité pour l’occasion. Viens l’heure du rappel avec une prestation de beatbox détonnante, suivie de Duck. Bucket clôturera ce concert tout en générosité. Mercredi à Morges, We all kick(ed) the bucket in the end! The end! The end! The end! The end!

The end. Jusqu’à la prochaine?

Aude

Un regard parmi d’autres, les «Pulsions» de Kyan Khojandi

Pulsions. Un titre bref – normal puisque c’est Kyan -, un titre mystérieux, intriguant et effrayant à la fois… Mais Khojandi sait doser.

Le ton est donné d’entrée de jeu, on parlera sexe. Parce que la pulsion sexuelle, c’est la pulsion la plus difficile à gérer. Dévorante, irrépressible, embarrassante. Nous sommes prévenus: c’est là que les plus jeunes sont censés se boucher les oreilles… et les parents se préparer mentalement à une «petite discussion» à l’issue du spectacle. Il nous parle franchement, Kyan. Il conseille, dédramatise et dévoile «malencontreusement» le secret d’un amour qui dure, si cher à la gent masculine.

C’est là où l’humoriste raconte les déboires de ses 20 ans.

Il parle de la pulsion d’amour. Celle qui rend fou et réduit les distances en un claquement de doigts, qui nous fait faire des choses incroyables qui nous rendent incroyablement minables, qui fait monter très haut et descendre très bas, «les montagnes russes quoi!». Avec Kyan on imagine bien «le petit chimiste de notre cerveau» s’emmêler les pinceaux en mélangeant les hormones, les sentiments, les doses de «drogues». La pulsion d’amour c’est la plus belle et la plus délicate, «gardez vos pulsions d’amour pour ceux qui les méritent vraiment», avise-t-il.

Parce que quand ça ne va plus, celle qui débarque, c’est la pulsion de violence. Celle qui ronge et nous transforme. Au travers de cette pulsion, Kyan se livre, il parle de famille, il parle du comportement de nos proches. De son agacement envers les égoïstes qui se disent «amis» et ne savent pas honorer leur rôle. Il parle haine, il parle vengeance et l’on s’esclaffe d’un rire teinté d’horreur quand il nous raconte ses plans délirants et machiavéliques. Parce que dans la vie, «il y a des gens, tu crois que c’est des gens bons alors qu’en fait c’est pas des gens bons».

Une chose est sûre, Kyan Khojandi sait trouver les mots et personnifier les sentiments. Chaque comparaison, chaque imitation fait écho à un souvenir concret si bien qu’on en arrive à se demander «mais comment il sait?!». Kyan vise juste. Il fait rire mais aussi réfléchir, «sans vouloir plomber l’ambiance, hein!». Parce qu’avec lui, à chaque pulsion sa moralité.

Julie

Un regard parmi d’autres: Coeur de Pirate

Elle est entrée sur la scène du Théâtre de Beausobre dans une robe couleur crème, faisant délicieusement ressortir les innombrables tatouages qui ornent ses bras. Sans surprise pour ses fans de la première heure, c’est au piano qu’elle s’installe pour décrocher les premiers frissons d’un public encore enlacé par les sonorités vaporeuses du groupe Kroy en première partie. Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, bascule son corps en direction du public sur une fine note enivrante. De son sourire et ses grands yeux, elle lance avec un accent québécois: «Bonsoir Morges! Vous allez-bien?»

Très vite, la jeune chanteuse séduit. Elle reprend d’une facilité déconcertante les ballades intimistes de son second album Blonde, sorti en 2011. C’était salement romantique, Francis, Place de la république, Pour un infidèle. On retrouve avec émotion sa voix particulière aux sonorités enfantines, qui coule agréablement sur des mélodies à la fois tendres et percutantes. Les corps s’enfoncent dans les fauteuils, quelques gorges se serrent.

Les retrouvailles gagnent en saveur par le biais d’un intelligent contraste entre ces précieuses inspirations d’autrefois et les nouveaux morceaux du dernier album Roses aux sonorités anglo-saxonnes et franchement pop. The way back home, Drapeau blanc, Undone, Crier tout bas. Cœur de pirate se présente sous un nouveau jour. Décrochant sa place assise au piano pour le micro sur pied, entourée de trois musiciens, très expressive, elle s’agite, danse et dompte les basses du bout des doigts entre vivacité et douceur ; témoignage poignant d’un talent d’interprète de plus en plus manifeste. Au fil des morceaux, le concert s’amplifie de textures et de mouvements diverses. La dynamique est judicieuse, le moment est unique.

«On a oublié les chansons les plus importantes! Et si vous ne connaissez pas les paroles de celle-ci, je ne sais pas ce que vous faites ici!», lance-t-elle dans un éclat de rire, alors qu’elle entame Comme des enfants, chanson qui l’a révélée au grand public en 2009. Les spectateurs conquis se lèvent de leur siège, un soulagement pour les nombreux corps qui n’attendaient qu’à se mouvoir au fil de la musique. Le dernier single de la jeune femme, Oublie- moi, annonce la fin du récital. «Mais oublie moi, parcours ces flots, efface mes pas», chante une Cœur de pirate parée de nouvelles facettes, à l’attention d’un public qui n’est pas décidé à appliquer ces mots ce soir.

Marine