Mois : janvier 2017

Un regard parmi d’autres: chronique d’une spectatrice sur Le Centre Chorégraphik Pôle Pik

Elève tout à fait incapable de rattraper un ballon ou de grimper à la perche en cours de sport, je me suis parfois gargarisée – lorsque mon état de mollusque m’apparaissait un peu trop clairement – d’avoir fait du hip hop. Entre mes huit et mes dix ans, j’ai en effet suivi des cours de cette danse venue du Bronx et je me souviens notamment d’un ignoble baggy jaune fluo et hors de prix que j’avais dû porter pour une compétition, juste avant que je me tourne vers le modern jazz. Le hip hop ne me semblait alors pas assez féminin, aérien… mais ça, c’était avant de voir le spectacle de hip hop du Centre Chorégraphik Pôle Pik.

Pour ce spectacle prodigieux, le directeur artistique Mourad Merzouki a réussi à réunir trente danseurs et danseuses dans neuf tableaux, composant un ensemble empreint d’humour, fluide et délicat.

Sur une bande-son allant puiser ses origines dans le classique, les musiques orientales et l’électro, les chorégraphies belles et rebelles se sont non pas succédées, mais véritablement emboîtées les unes dans les autres, pour créer un immense tableau en mouvement.

Tandis que les danseurs masculins mettaient leurs corps athlétiques au service de leur danse hypnotique, les danseuses, tout en courbes et en tatouages, n’avaient rien à envier aux ballerines, car il était d’autant plus fascinant de les voir réaliser des prouesses de force et de souplesse énergique, vivante.

Le Centre Chorégraphik Pôle Pik a happé le public, adultes comme enfants, et je me suis demandé si la fillette à-côté de moi, bouche ouverte et yeux écarquillés, n’allait pas bientôt supplier ses parents de lui offrir des cours de hip hop. À ce propos, je me demande où j’ai bien pu mettre mon baggy jaune…

Céliane De Luca

Un regard parmi d’autres: Titeuf, le pestacle

Il est 17 heures, passé d’une minute. Une seule petite minute. Mais assise sur le siège derrière moi, une tête blonde s’excite : “Ils sont en retard… Dépêchez-vous, DE-PE-CHEZ-VOUUUS !” Public euphorique serait peu dire. Ça s’agite, ça gigote dans la salle. Vraisemblablement, Titeuf a ses fans. De la BD au dessin animé, le voilà aujourd’hui sur scène, en chair et en os. Ou plutôt en mousse et sans fesses.

Né dans l’esprit de Karim Slama, “Titeuf, le pestacle” se jouait dimanche à Beausobre. Der des der pour voir sept comédiens faire prendre vie à neuf marionnettes dans une histoire – d’un crayon semblant pouvoir réaliser tous les rêves du blondinet – , librement inspirée de la bande dessinée de Zep.

Présente sur les planches, c’est justement une bande dessinée géante qui, à l’aide de projections, se transforme en divers décors. Scénographie balèze. Des cases s’illuminent, laissant apparaître des bribes de ce quotidien imaginé, que ce soit le père désespéré au travail, les élèves se faisant enguirlander par Madame Biglon, Zizie mâchant Captain Mégakill sous le regard de Titeuf… et trois musiciens – jouant en live – s’exhibant soudainement torse nu!

Ha oui, l’humour est bien présent. Humour ras du slip qui aura bien fait marrer les plus jeunes (Zizie balançant des sympathiques cacaquipue), humour plus subtil à destination des adultes (le “j’en conçois” de Manu repris par Titeuf en “Non, c’est Jean-François” me fait encore sourire à l’heure où j’écris ces lignes). Pas de gags en cascade pour autant: l’histoire se tient, avec un début et une fin, peut-être même quelques minutes de suspense à la clé. Et une belle morale (oui, oui, l’école, c’est bien!)

Qualité d’écriture donc.

Mais ce billet se devait de se conclure sur le point le plus important à mes yeux: la performance des comédiens. Catherine Guggisberg et Marc Donnet-Monay, jouant de “vrais” personnages, sont bluffants lorsqu’ils se griment en Madame Biglon et en maman, en papa et en Monsieur Dubidet pour le second. Tous s’effacent, habillés de noir, lorsqu’ils manipulent Titeuf, Nadia, Manu, Dumbo, Vomito, Morvax, Hugo, Jean-Claude, Zizie. Effacés oui mais pas complètement gommés. Certains sont criants de mimétisme (spéciale dédicace à Blaise Bersinger et Jade Amstel), d’autres offrent de beaux moments de complicité avec leurs marionnettes. On sent, et on imagine bien que pour cette dernière, les acteurs s’en donnent à cœur joie.

Ce sont d’ailleurs eux que l’on applaudit. Quand à Titeuf et ses amis, eh ben, que dire sinon Tchô!

Aude