Mois : février 2017

Un regard parmi d’autres: Olivier de Benoist

“Bonsoir Messieurs”! Si certains s’attendaient à un spectacle lors duquel Olivier de Benoist aurait décidé d’épargner les femmes, il n’aura fallu qu’une phrase pour leur indiquer que la gente féminine allait à nouveau se trouver au cœur de l’heure et demie que l’humoriste réservait au public de Beausobre. Mais pas que.

Sur une scène sobre, simplement équipée d’une table sur laquelle reposent quelques objets et accompagné d’un « assistant » nommé Torek (ou était-ce Tarek ?), Olivier de Benoist a livré une performance à très haut débit. C’est d’ailleurs ce qui m’a toujours fasciné chez cet humoriste. Il arrive à imposer un rythme extrêmement percutant et ainsi maintenir une très forte tension en alignant les blagues les unes derrières les autres. Et le public suit celui qui est aussi magicien dans un mélange d’anecdotes et d’histoires vraies ou fausses remplies d’une délicieuse mauvaise foi.

Ce qui fait mouche, c’est cette faculté qu’Olivier de Benoist a à choisir un champ lexical et y puiser tous les jeux de mots possibles et imaginables. Qu’il s’agisse de la mort de sa belle mère, de l’apparence physique de sa femme ou de ses débuts de carrière dans l’humour, aucune limite ne semble se dresser sur son chemin. On rit très souvent, parfois en cherchant une certaine approbation auprès de son voisin. Car ce soir, on peut rire de tout. La pire atrocité est aussitôt tempérée par ce sourire malicieux qu’arbore l’humoriste à la fin de chaque vanne. Et le public en redemande.

Si le comédien se plait à rire des femmes, il consacre également une partie de son spectacle à d’autres thèmes, notamment la politique française. A cet instant, on sent malgré tout que la salle est moins réceptive aux diverses allusions et sous-entendus, diminuant ainsi de manière passagère l’intensité de la représentation malgré l’énergie donnée par Olivier de Benoist. Une perte de souffle cependant de courte durée, avant un final très proche du public. Car l’acteur aura, tout au long de sa représentation, communiqué de manière directe avec son audience, réagissant aux nombreuses phrases prononcées par un public qui avait immédiatement compris qu’il n’existait aucune barrière entre la scène et lui.

Guillaume

Un regard parmi d’autres: Lynda Lemay

C’est vrai, j’appréhendais
De m’asseoir dans la salle
Et si Lynda Lemay
Tombait du piédestal ?

J’avais six ans à peine
Sur la route des vacances
Ses refrains par dizaines
Ont bercé mon enfance

Et lorsque adolescente
Amoureuse à souhait
Dans ma chambre, impatiente
Ses chansons j’ululais

C’est vrai, j’appréhendais
De m’asseoir dans la salle
Et si Lynda Lemay
Tombait du piédestal ?

Voilà qu’elle entre en scène
En vrai, d’os et de chair
Conteuse et musicienne
Son talent nous sidère

La belle nous dit alors
L’amour et les varices
Les mères, l’amer, la mort
Jeux d’ombres et de délices

C’est vrai, j’appréhendais
De m’asseoir dans la salle
Et si Lynda Lemay
Tombait du piédestal ?

Enfin Lynda propose
Un titre de notre choix
Si un spectateur l’ose
Qu’il fasse entendre sa voix

Quelqu’un crie « La Marmaille »
Alors je me souviens
De nos fous rires canailles,
D’étés déjà lointains

C’est vrai, Lynda Lemay
A fait vibrer la salle
Et ce concert pourrait
Rester dans les annales.

Céliane

Un regard parmi d’autres: «Incidence Chorégraphique»

“ Tout vrai regard est un désir.” avait dit un jour Alfred de Musset. Sans doute avait-il eu le bonheur de voir « Incidence Chorégraphique », le 12 février à Beausobre.

Sous la direction Artistique de Bruno Bouché, Danseurs et Solistes de l’Opéra national de Paris ont eu la liberté d’interpréter les extraits les plus porteurs du répertoire classique néoclassique et plus contemporain. En découle un spectacle foisonnant, où l’interprétation personnelle des Danseurs vient se frotter aux compositions les plus célèbres et faire jaillir des étincelles.

Aux deux pôles de ce spectacle axé sur la création chorégraphique des danseurs: Agnès Letestu, danseuse étoile de l’Opéra National de Paris et Edna Stern, Pianiste internationalement reconnue.

De cette « Incidence Chorégraphique » naissent des extraits variés, descendant parfois en droite ligne du classique, ou allant chercher ailleurs des gestes assoiffés de pureté. Il y a d’abord la raideur, les sourires imperturbables, le scintillement fané et toujours resplendissant de plus grands ballets du répertoire classique. Seul le décor, sobre, rappelle que ceci n’est qu’un songe et que d’autre créations, plus modernes, viendront bientôt envahir les planches.

Les artistes font un détour par l’humour, aussi, avec deux chats espiègles qui se chamaillent en costume. Ils badinent avec une joie presque enfantine qui voudrait nous donner l’illusion que la danse classique est un jeu à notre portée.

Puis le carcan s’ouvre, la chevelure d’Agnès Letestu se détache. Le corps seul prend toute sa dimension poétique, devient l’œuvre pour laquelle la musique a été créée. Il semble même, lorsque l’Etoile s’approche du piano, très lentement, que c’est ce corps de femme, vêtu d’une robe translucide, qui compose les mélodies au fur et à mesure qu’il se meut.

Grâce à ce spectacle morcelé, les chorégraphes et les interprètes libérés de la narratologie d’un ballet complet, peuvent enfin exister pleinement et rendent à leur discipline un hommage flamboyant.

Céliane

Un regard parmi d’autres: «Reprises, surprises & fauteuils vintage»

Partie 1 : Le spectacle

Raconter « Reprises, surprises & fauteuils vintage » le spectacle éclectique du 30em anniversaire de Beausobre en une seule chronique, est un peu comme tenter d’enfermer des feux d’artifice dans une petite boîte. Mais pourquoi ne pas tenter de vous raconter tout de même cette étonnante soirée portée par Barcella, Les Petits Chanteurs à la Gueule de bois, Fabian Tharin, Billie Bird, Nicolas Fraissinet et Aliose ?

Chaque groupe proposait trois prestations, dont deux reprises de chansons d’artistes passés par le théâtre trentenaire. Peut-être parce qu’ils avaient tous plus à dire que ce que les trois morceaux leur permettaient, chacun a créé avec le public ce lien privilégié que des superstars mettent parfois un concert entier à tisser.

Comme dans tout feu d’artifice qui se respecte, certains numéros étaient plus flamboyants que d’autres. Fabian Tharin, « le quota clubbing » de la soirée, est arrivé comme un extraterrestre gesticulant devant un public tout d’abord surpris, puis ravi, du moins pour ma part, par son texte astucieux et son humour nonchalant en décalage avec ses soubresauts d’ex-adolescent.

Parmi les nombreux moments forts de l’évènement, mon coup de cœur est allé à la reprise de la mélancolique Barbara (« Dis, quand reviendras-tu ») par Nicolas Fraissinet, dont la voix a su à la perfection s’emparer de ces paroles fragiles, accompagnant sa mélodie au piano sans la briser.
À des inconnus, j’aurais honte de l’avouer, mais à vous, je vous dis tout : mon deuxième moment d’émotion a été le… quizz musical ! Eh oui, mais je vous en supplie ne me reniez pas, car je parie que nous étions nombreux dans la salle à apprécier cette parenthèse du talentueux animateur de la soirée, Tonton Pierrick. En effet, ce dernier a réussi l’exploit de nous rendre nostalgiques grâce à un quizz musical, jeu habituellement consacré aux mariages et autres croisières.

Et puis, entre moultes anecdotes glanées auprès de Jean-Marc Desponds, premier directeur du théâtre, Tonton Pierrick a parlé d’Henri Dès. Une évidence, lorsque l’on sait que ce grand chanteur pour enfants n’est autre que son père, et aussi, fait non-négligeable, l’artiste ayant le plus souvent fait siennes les planches de Beausobre depuis son ouverture en 1987. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Henri Dès est le chanteur pour enfants qui m’a valu mon premier débat lorsque j’avais affirmé au grand frère d’une amie que « La petite fourmi » (d’Henri Dès) était sans l’ombre d’un doute la meilleure chanson de la Terre. Mon opposant faisait une tête de plus que moi et mon zozotement n’avait certainement pas aidé à me faire gagner en crédibilité. Mais je m’égare, comme toujours lorsque l’on évoque le seul, l’unique, Henri Dès.

Sa fille Camille Destraz l’a rejoint pour un sobre et touchant « Mistral gagnant », complétant le portrait de famille de cette soirée à la fois intime et de qualité. Un spectacle qui a su honorer ses vedettes comme accueillir à bras ouverts les artistes qui leur ont rendu hommage.

Partie 2 : La boum

La boîte à musique s’est ouverte et les artistes se sont mêlés aux spectateurs pour une boum… sur la scène. J’adore danser, autant que regarder les gens danser, qui plus est dans ce théâtre que j’aime, aussi ai-je savouré pleinement la fin de la soirée. Et puis, je vous le demande, a-t-on souvent l’occasion de partager un bout de scène avec l’idole de notre enfance, un verre à la main, sur « Video killed the radio star », « Kids in America » ou encore « La Isla bonita » ?

Céliane

Un regard parmi d’autres: Fleur de Cactus

Derrière le rideau, on entend frapper les trois coups. Piqure de rappel d’une ancienne tradition théâtrale qui a le don de plonger le public de Beausobre dans un silence religieux.
Ce soir, Michel Fau a décidé de mettre le théâtre de boulevard à l’honneur, à travers une mise en scène soignée et pleine de surprises.

Le rideau se lève à peine que l’on plonge immédiatement dans un décor résolument sixties. Antonia vêtue de pièces vintage se réveille dans une chambre mansardée, sous les toits de Paris, alors qu’elle voulait mettre fin à sa vie, étant chagrinée par son compagnon, un chirurgien-dentiste, qui lui fait croire qu’il est marié et père de trois enfants, pour préserver son indépendance.

Couleurs acidulées, ambiance insouciante, extraits musicaux pop récréatifs pour transiter d’une scène à l’autre, l’écrin d’antan de Fleur de Cactus imaginé en 1964 par Pierre Barillet et Jean Pierre Grédy, est admirablement respecté. Mais pas que. Michel Fau gratte, rafraîchit, et joue avec les codes du théâtre de boulevard sans jamais en exagérer. Les quatre sublimes décors glissent, montent, et descendent en un clin d’œil, par un mécanisme des plus ingénieux ; les portes ne se ferment plus mais voltigent hâtivement devant les personnages. Une pointe de modernisme qui garantit une fraîcheur agréable à la pièce alors que la trame se poursuit.

Voulant désormais épouser Antonia, le docteur Desforges se trouve bien embarrassé quand celle-ci lui pose comme condition ultime à leur union, la rencontre de son ex-femme. C’est alors qu’entre en scène, l’assistante dentaire, Mlle Vignon, qui est prête à endosser le rôle de cette compagne imaginaire. Le public rit de bon cœur devant une Catherine Frot époustouflante, incarnant avec finesse et virtuosité burlesque, cette vieille fille cohabitant avec sa mère et son cocker, qui a peur d’aimer et de vivre, préférant piquer avant d’être accostée. Il s’émeut, alors que le cactus délicatement posé sur le comptoir de réception de l’assistante, se pare poétiquement d’une fleur, à l’instar de sa propriétaire, qui s’épanouit enfin avec audace et superbe, en star d’un soir.

Marine