Un regard parmi d’autres: Fleur de Cactus

Derrière le rideau, on entend frapper les trois coups. Piqure de rappel d’une ancienne tradition théâtrale qui a le don de plonger le public de Beausobre dans un silence religieux.
Ce soir, Michel Fau a décidé de mettre le théâtre de boulevard à l’honneur, à travers une mise en scène soignée et pleine de surprises.

Le rideau se lève à peine que l’on plonge immédiatement dans un décor résolument sixties. Antonia vêtue de pièces vintage se réveille dans une chambre mansardée, sous les toits de Paris, alors qu’elle voulait mettre fin à sa vie, étant chagrinée par son compagnon, un chirurgien-dentiste, qui lui fait croire qu’il est marié et père de trois enfants, pour préserver son indépendance.

Couleurs acidulées, ambiance insouciante, extraits musicaux pop récréatifs pour transiter d’une scène à l’autre, l’écrin d’antan de Fleur de Cactus imaginé en 1964 par Pierre Barillet et Jean Pierre Grédy, est admirablement respecté. Mais pas que. Michel Fau gratte, rafraîchit, et joue avec les codes du théâtre de boulevard sans jamais en exagérer. Les quatre sublimes décors glissent, montent, et descendent en un clin d’œil, par un mécanisme des plus ingénieux ; les portes ne se ferment plus mais voltigent hâtivement devant les personnages. Une pointe de modernisme qui garantit une fraîcheur agréable à la pièce alors que la trame se poursuit.

Voulant désormais épouser Antonia, le docteur Desforges se trouve bien embarrassé quand celle-ci lui pose comme condition ultime à leur union, la rencontre de son ex-femme. C’est alors qu’entre en scène, l’assistante dentaire, Mlle Vignon, qui est prête à endosser le rôle de cette compagne imaginaire. Le public rit de bon cœur devant une Catherine Frot époustouflante, incarnant avec finesse et virtuosité burlesque, cette vieille fille cohabitant avec sa mère et son cocker, qui a peur d’aimer et de vivre, préférant piquer avant d’être accostée. Il s’émeut, alors que le cactus délicatement posé sur le comptoir de réception de l’assistante, se pare poétiquement d’une fleur, à l’instar de sa propriétaire, qui s’épanouit enfin avec audace et superbe, en star d’un soir.

Marine

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Marine Humbert -

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