Mois : avril 2018

Un regard parmi d’autres, “Cirque Le Roux”

L’envie viendrait-elle à quelqu’un de demander à Lolita Costet si elle a déjà fait du toboggan sur les dos d’une brochette de collègues, dans un boudoir années (30 au milieu duquel se dressait un mât chinois… elle répondrait oui. Cette artiste circassienne fait partie de la compagnie du Cirque Leroux, dont la première production « The Elefant in the Room », a régalé Beausobre la mois dernier.
Comme sorties d’une malle aux trésors, les bonnes trouvailles se sont répandues sur la scène; décor transformiste et quatuor de protagonistes multi-talents. Parmi les spectacles de cirque passés par Beausobre et sous mes yeux, l’originalité est la norme, et c’est tant mieux. Ce spectacle vintage n’a pas fait exception à la règle : chaque détail était pensé pour stimuler notre imaginaire rabougri après une journée de labeur. Les tableaux changeaient au fur et à mesure que l’intrigue se révélait, dévoilant sa noirceur dans le dos des personnages. À leurs jambes de chair et d’os ont soudain été substituées des membres de mannequin de plastique à escalader, tels des nouveaux camarades de cirque. Enfin les acrobaties, loin de se contenter d’être époustouflantes, ont fait voler xx en éclats.
Le comique de répétition a fonctionné sur la salle comble, qui a volontiers souri aux « trébuchades » du majordome obséquieux et aux onomatopées perçantes de la mariée hystérique. Cependant, hors du chapiteau, l’amusant, et même l’impressionnant, suffisent rarement. Ici, l’histoire servait de trame de fond, nourrissant les farces et les sauts, quand il aurait sûrement été plus intéressant de voir ces derniers mis au service de la narration. Esquissée avec une certaine urgence, l’histoire du mariage raté et du poison volé a passé presque inaperçue. Dommage, quand on voit quelles merveilles d’inventivité peut receler la compagnie Belgo-québécoise.
Sans être tout à fait parvenu à choisir son camp entre l’atmosphère romanesque, l’humour, et la prouesse technique, « The Elefant in the Room » est néanmoins indéniablement un beau spectacle. Quelle que soit notre relation avec le cirque ou le théâtre, notre âge ou notre état de fatigue, il vaut le détour, tant visuellement que pour l’originalité dont il fait preuve à tous niveaux. Après y avoir goûté, il reste sur notre langue la saveur unique du Cirque Leroux, dont on attend avec impatience de gouter la prochaine mixture.
Céliane De Luca