Un regard parmi d’autres : vous n’aurez pas ma haine

Cher Antoine Leiris, Cher Raphaël Personnaz,

Aujourd’hui, c’est à vous que je m’adresse, car ce sont les mots déchirants écrits par un père de famille, et l’interprétation précise et désarmante d’un comédien, qui ont, ensemble, su m’éblouir.

Je pourrais écrire…

-Sur la scène, des chaises métalliques vides sur lesquelles Hélène Muyal-Leiris et les victimes du Bataclan ne prendront plus jamais place. Sur le mur, les dates et les heures défilent au gré du récit d’un père qui tente de composer avec un quotidien meurtri. Dans la tête, l’image d’un petit garçon de 17 mois pour qui les souvenirs de sa maman deviennent un jeu de devinettes. A gauche, un voile blanc cache une pianiste, qui dialogue habilement avec une leçon de résistance et de vie…

Soit.

Commenter haut et fort. Délivrer mon regard. Soigner ma prose. L’exercice semble perdre son sens face au sentiment indélébile que vous m’avez offert.

A la place de l’habituelle chronique, je préfère donc vous adresser cette brève missive.

A la place des bavardages maladroits, un télégramme suffira.

Eblouissement. Force. Sobriété. Pudeur. Délicatesse. Bouleversement. Justesse. Résistance. Le cœur serré. Mais léger.

Cher Antoine, cher Raphaël, lorsque vous avez couché sur un livre et déclaré sur la scène : « vous n’aurez pas ma haine », le public de Beausobre s’est tu.

Les non-dits sont restés dans la salle, comme dans votre salon, lorsque les policiers vous ont annoncé la mort d’Hélène. Les larmes ont hésité au coin des yeux, car, nous aussi, nous voulons leur faire l’affront d’un bonheur intouchable. A la place de celle ou celui qui nous a accompagné au théâtre, s’est installé un vertige de solitude, en imaginant déclarer à son enfant: « il n’y a que moi ». Les applaudissements ont suivi le silence. Ils n’étaient sûrement pas à la hauteur du talent desservi ce soir-là.

Mais n’ayez crainte. J’applique vos conseils à la lettre.

Eblouie par votre récit je n’ai pas eu envie de pousser les portes du théâtre et de revenir à la vie, parfois écœurante, qui grouille au dehors. Et pourtant… à l’image de la lueur d’espoir et de douceur qui résonne en vous, je sais bien que la vie doit continuer. Malgré tout.

 

Marine Humbert

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