Mois : décembre 2019

Un regard parmi d’autres: Philippe Soltermann  » J’arriverai par l’ascenseur de 22h43″

Vendredi 6 décembre 2019, j’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine au Théâtre de Beausobre. Quand je l’ai dit à mon amie, elle ne m’a pas crue. Elle s’est empressée
de rétorquer que c’était Philippe Soltermann à l’affiche ce soir-là et que Thiéfaine, lui, y était en 2016. Pourtant, moi, j’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine. Je l’ai même
entendu chanter « petit matin 4.10 heure d’été ». Connaissez-vous cette chanson ? Elle me fait l’effet d’une recharge à 10’000 volts ou d’une résilience. Je ne peux
m’empêcher de l’écouter en l’écrivant. Ce soir-là, j’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine. Il était si près de moi que j’aurais pu le toucher. J’aurais voulu le toucher, le serrer dans mes bras, l’embrasser, même si dégoulinant de sueur il était. Ce soir-là, j’ai pleuré mes angoisses et ma joie d’être en vie. Ce soir-là, Hubert-Félix Thiéfaine vibrait en Philippe Soltermann. Le talentueux Philippe Soltermann. Sa vulnérabilité est venue enlacer la mienne, son histoire reconnaître mon histoire,
sa folie allumer ma folie et son authenticité me convaincre. Merci Philippe, merci Hubert-Félix, merci Beausobre. Ce soir-là, je suis sortie du Théâtre différente,
émue et un peu plus vivante.
Pauline Peytregnet

Un regard parmi d’autres: Camille Lellouche, Camille en vrai

Camille Lellouche, je l’ai connue grâce à The Voice en 2015, je l’ai adorée puis oubliée et finalement retrouvée dans le Quotidien de Yann Barthès. Une femme exceptionnellement drôle et talentueuse que j’ai enfin pu voir en live dans son tout premier spectacle de Stand-Up.

Vendredi 29 novembre, elle rentre sur la scène du Théâtre de Beausobre comme une star de r’n’b américaine et j’éclate déjà de rire. Camille Lellouche est la première comédienne (comédiens compris) que je vois sur scène rire à ses propres blagues, et ce naturel me séduit.

D’ailleurs, elle commence son spectacle en imaginant les techniques de séduction des femmes de cromagnons et les teste sur son public, en particulier un spectateur, un certain Gentrit, auquel elle parlera tout au long de son spectacle.

Dans l’autodérision constante, elle passe du chant à la comédie sans arrêter de me faire rire et d’interagir avec le public.

Elle interprète des personnages qu’elle raconte avoir rencontrés durant ses longues années dans la restauration. Interprétations pas du tout subtiles, mais c’est bien la spécialité de la comédienne. La femme de Lenny, la cousine de Kim Kardashian ou encore la fameuse chanteuse de r’n’b, je les avais déjà connues grâce à ses courtes vidéos sur Instagram, et je ne m’en lasse pas. Ces interprétations totalement exagérées, dramatiques, ont à peine le temps de se développer que Lellouche change déjà de sujet.

Elle décide de faire chanter la salle à sa façon, c’est-à-dire façon « yogourt ». Une salle complète doit chanter n’importe quoi et pendant cinq minutes. Qui oserait demander ça à son public ? Eh bien, Camille Lellouche.

L’absence totale de filtres, qui ne plait pas à tous, m’enchante et son dynamisme fait arriver la fin de son spectacle si vite qu’après une heure et demie de rires, je suis convaincue de n’avoir passé qu’une dizaine de minutes en sa présence.

Camille en vrai, c’est un spectacle qui porte parfaitement son nom : un spectacle simple, reflétant le talent de cette femme qui ne se passe pas d’autodérision.

Un regard parmi d’autres: Alonzo King Lines Ballet

Alonzo King Lines Ballet, une compagnie qui incarne son nom à la perfection. Si nous avons assisté à deux chorégraphies différentes sur deux musiques radicalement opposées, tantôt classique, tantôt contemporaine, c’est sur une même linéarité des corps et de l’union de la danse et de la musique que les ballets sont construits.

La scène s’ouvre sur les danseurs et danseuses en tenue classique, collant moulant pour les uns, tutu et pointes pour les autres. Ils tracent quelques mouvements sans musique avant que les airs baroques de Händel n’envahissent la scène et les corps.

Sur une base irréprochablement classique, le chorégraphe insuffle une fluidité et une décomposition des mouvements résolument contemporains. Le travail du corps, de son articulation et la précision des mouvements dessinent lignes et courbes dans un décor épuré. Rien n’entrave la noblesse des corps, parfois lourds et avec lequels les danseurs se débattent sur la musique magnétique du compositeur allemand, envoûtant les corps et le public.

La seconde partie, Common Ground, reprend les mêmes codes propres à King. Sur une composition du Kronos Quartet de San Francisco, les douze danseurs de la compagnie suivent la musique avec toujours cette même précision. Tantôt jazzy, tantôt africanisante, on assiste à une véritable frénésie sur scène. Les danseurs, toujours en mouvement, parfois comme courant après le temps, parfois comme le prenant pour suivre la mesure et entamer une véritable conversation avec la musique.

Les pas de deux sont fusionnels, aériens, accentués par la légèreté des costumes formés de centaines de petits ailerons eux aussi en perpétuel mouvement et épousant les corps dessinés des danseurs.

Reconnu maître incontesté de la danse américaine aux Etats-Unis et plus particulièrement à San Francisco où il fonde sa compagnie en 1982 après avoir travaillé pour Alvin Ailey et l’American Ballet Theater, ce chorégraphe philosophe pense la danse et le danseur. En ressort une œuvre réfléchie traçant une ligne droite entre la musique et la danse menant ainsi à un art foudroyant d’élégance.