Un regard parmi d’autres : Zazie

Zazie est une nuit de festival, lorsque les rires nous tiennent éveillés sous une grande tente et que l’on s’endort à l’aube dans le pull de sa meilleure amie. Et puis il fait jour, un nouveau concert nous attend. Alors on enfile sa tenue préférée et ses baskets les plus confortables, prêts à se souvenir de ce qui nous attend. Avec « Essenciel », l’auteure-compositrice-interprète a enveloppé Beausobre dans son concert à la fois intime, inquiet, et enjoué.

Avant d’être une artiste, elle est un Homme de Cro-Magnon qui s’étonne de ne pas se distinguer des autres primates. Tous font la guerre, ou, comme la narratrice de sa chanson « J’étais là », ne font rien pour l’empêcher. Zazie entend les cœurs se briser, et le sien continuer de  battre dans son coin douillet. Enrageant de se sentir impuissante, elle monte sur scène pour défier notre barbarie quotidienne.

A son cœur, cet organe « flambant vieux », elle adresse aussi «Speed », single de son dernier album. Elle y livre une nouvelle bataille, celle contre l’encroûtement. Elle explique ainsi dans une interview pour le Parisien : « Je voulais faire cette chanson comme un massage cardiaque ». La quinquagénaire se voit, « pas tout(e) neu(ve) », et se murmure de ne pas rapetisser :

« Allez, quitte ce corps sage
Bats plus vite que ton âge »

Puisqu’elle le murmure dans un micro, le public rajeunit avec elle. Aux premiers rangs, des yeux émerveillés et connaisseurs engloutissent la chanteuse ; ils la suivent depuis des années, voire des décennies, et ont appris à mieux se comprendre grâce à ses chansons. Le rythme s’accélère, s’affole même, et on dirait que les poitrines des fans se gonflent et éclatent. Quelques bustes se balancent, des lèvres connaissent les paroles, mais on ne se lève pas encore. Seule l’anti-diva tourne et ondule, trébuche, rigole, et danse. Elle ne nous demande pas de nous dandiner comme des enfants à une fête d’anniversaire. Elle n’est pas animatrice et, si elle nous parle gentiment, elle ne nous force pas à lui répondre. Qui l’aime la suive. Et il se trouve que Beausobre l’aime, et se lève aussi.

Elle laisse son public libre d’être qui il veut, mais elle-même, peut-être désireuse de plaire, peut-être intimidée, s’égare quelques secondes dans des minauderies. Sa gestuelle est parfois clinquante, qu’elle porte une main à son chapeau ou la glisse à la bordure de sa poche avant. Le décor, un simple accordéon de panneaux vierges, se retrouve scintillant de flammes électriques, dans lesquelles se découpe la silhouetté de celle qui a écrit « Allumer le feu » pour Johnny Hallyday. Mais si on la regarde attentivement, on remarque heureusement que, derrière ses doigts lourds de bagues, s’étire un demi-sourire.

Avec soulagement, on voit le naturel revenir au galop, celui d’une femme qui invite son public à danser, sans les tirer par le bras. D’une star qui prête attention à ses musiciens, peu importe s’ils sont dans l’ombre, et qui remercie techniciens ainsi que chauffeurs de camion de tournée. D’une Zazie qui, à onze, cinquante-cinq ou cent-huit ans, continue de vouloir découvrir le métro, ou au moins, de grandir en chemin.

 

Céliane De Luca

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