Auteur : Aude Haenni

Un regard parmi d’autres: Manu Katché

Je ne vais pas vous le cacher, il y a 10 ans, confortablement installée derrière mon petit écran, j’attendais impatiemment les performances de Julien Doré. Les minutes consacrées à l’un des membres du jury – un homme bien trop sérieux, aux remarques néanmoins très pertinentes -, m’emballaient moins. Il n’empêche, je fais partie de cette génération Nouvelle Star, et ma curiosité s’est vue titillée par la venue de Manu Katché dans nos contrées.

Jeudi 16 mars, le batteur est venu présenter son dernier album, Unstatic, entouré de quatre autres artistes: Jim Watson au piano, Luc Aquino à la trompette, Stéphane Chausse au saxo et Jérôme Regard à la basse.

Place à un quintet donc. Jouant tout en simplicité des mélodies feutrées, ou expérimentales. Proposant des sonorités particulières, ou séduisantes. Mais une constante à relever: chaque solo s’accompagnait d’applaudissements, voire de sifflements de la part de spectateurs enjoués. Manu Katché l’a lui-même souligné; à peine le concert commencé, public et musiciens étaient connectés, dans cette salle “acoustiquement” parfaite.

Sans surprise donc, les cinq musiciens ont mis Beausobre debout. Plus surprenant, ils l’ont même fait chantonner. Un comble pour un concert de jazz instrumental…
Julien Doré reste encore et toujours dans mon coeur, mais avouons-le, découvrir Manu Katché sur scène procure un certain bonheur.
Aude

Un regard parmi d’autres: Titeuf, le pestacle

Il est 17 heures, passé d’une minute. Une seule petite minute. Mais assise sur le siège derrière moi, une tête blonde s’excite : “Ils sont en retard… Dépêchez-vous, DE-PE-CHEZ-VOUUUS !” Public euphorique serait peu dire. Ça s’agite, ça gigote dans la salle. Vraisemblablement, Titeuf a ses fans. De la BD au dessin animé, le voilà aujourd’hui sur scène, en chair et en os. Ou plutôt en mousse et sans fesses.

Né dans l’esprit de Karim Slama, “Titeuf, le pestacle” se jouait dimanche à Beausobre. Der des der pour voir sept comédiens faire prendre vie à neuf marionnettes dans une histoire – d’un crayon semblant pouvoir réaliser tous les rêves du blondinet – , librement inspirée de la bande dessinée de Zep.

Présente sur les planches, c’est justement une bande dessinée géante qui, à l’aide de projections, se transforme en divers décors. Scénographie balèze. Des cases s’illuminent, laissant apparaître des bribes de ce quotidien imaginé, que ce soit le père désespéré au travail, les élèves se faisant enguirlander par Madame Biglon, Zizie mâchant Captain Mégakill sous le regard de Titeuf… et trois musiciens – jouant en live – s’exhibant soudainement torse nu!

Ha oui, l’humour est bien présent. Humour ras du slip qui aura bien fait marrer les plus jeunes (Zizie balançant des sympathiques cacaquipue), humour plus subtil à destination des adultes (le “j’en conçois” de Manu repris par Titeuf en “Non, c’est Jean-François” me fait encore sourire à l’heure où j’écris ces lignes). Pas de gags en cascade pour autant: l’histoire se tient, avec un début et une fin, peut-être même quelques minutes de suspense à la clé. Et une belle morale (oui, oui, l’école, c’est bien!)

Qualité d’écriture donc.

Mais ce billet se devait de se conclure sur le point le plus important à mes yeux: la performance des comédiens. Catherine Guggisberg et Marc Donnet-Monay, jouant de “vrais” personnages, sont bluffants lorsqu’ils se griment en Madame Biglon et en maman, en papa et en Monsieur Dubidet pour le second. Tous s’effacent, habillés de noir, lorsqu’ils manipulent Titeuf, Nadia, Manu, Dumbo, Vomito, Morvax, Hugo, Jean-Claude, Zizie. Effacés oui mais pas complètement gommés. Certains sont criants de mimétisme (spéciale dédicace à Blaise Bersinger et Jade Amstel), d’autres offrent de beaux moments de complicité avec leurs marionnettes. On sent, et on imagine bien que pour cette dernière, les acteurs s’en donnent à cœur joie.

Ce sont d’ailleurs eux que l’on applaudit. Quand à Titeuf et ses amis, eh ben, que dire sinon Tchô!

Aude

Un regard parmi d’autres: Charlie Winston Trio

20h. La salle est plongée dans l’obscurité… Apparaît un faisceau lumineux, se baladant sur scène, éblouissant quelques spectateurs au passage. Au bout de la lampe de poche, tel un gamin ravi de sa farce, la tête de Charlie Winston. “Avec la lumière, ça serait mieux! sourit-il. En plus, vous avez l’air d’être des personnes sympathiques!” A peine arrivé, le ton est donné. Totale décontraction pour le chanteur british visiblement là pour s’amuser et prêt à se dépenser sans compter, dernière date de la tournée pour cette année oblige. Bonheur auprès du public présent, conscient de vivre un moment particulier.

Particulier de par le lieu, ainsi que de par une formation en trio. Accompagné de deux – talentueux, soit-dit en passant – musiciens, Charlie Winston se la joue intimiste. Fini les shows grandiloquents, “c’en était assez. J’ai eu envie de revenir où j’avais commencé”, explique-t-il. “Et c’est une opportunité pour vous d’écouter les chansons…”, continue-t-il, mimant des fans hystériques.

Compris. Ce soir, on se doit d’écouter attentivement les tubes et des airs que l’on avait peut-être bien oubliés au fil des albums et des années. Evening Comes, Hello Alone, Happiness, Truth, Wilderness, Lately, Smile, Unlike Me s’enchaînent… On redécouvre, on se délecte de chaque morceau. On applaudit. On ne peut s’empêcher de sortir son smartphone lorsque le dandy se balade à travers la salle sur A Light (Night). On l’écoute parler de son amour pour les légumes, mais pas que. On chante (ni en rythme, ni en chœur). On crie, un peu, quand même!

Et on quitte le confort des sièges orangés pour une fin de soirée survoltée. Bras en l’air et sautillements sur Just Saying, Hands, Generation et Hobo, titre qui l’a fait connaître, magnifiquement revisité pour l’occasion. Viens l’heure du rappel avec une prestation de beatbox détonnante, suivie de Duck. Bucket clôturera ce concert tout en générosité. Mercredi à Morges, We all kick(ed) the bucket in the end! The end! The end! The end! The end!

The end. Jusqu’à la prochaine?

Aude

Un regard parmi d’autres: Ils s’aiment depuis 20 ans

Au premier abord, Ils s’aiment depuis 20 ans n’est rien de plus qu’un condensé d’Ils s’aiment, Ils se sont aimés et Ils se re-aiment. Une manière comme une autre pour le binôme Pierre Palmade/Michèle Laroque de célébrer sa création initiale de 1996, de se retrouver sur les planches et de s’associer à nouveau à Muriel Robin, metteuse en scène et plume des deux premières pièces.

Durant plus d’une heure trente s’enchaînent ainsi une dizaine de sketchs, à un rythme effréné. Dans un décor minimaliste, tout en modernité. Le mariage, le permis de conduire, Gérard et Toinette, Noël chez les parents, le flag, coup de fil d’une nuit… Le public découvre, redécouvre, retrouve ces tranches de vie, ces engueulades de ce couple mythique. Humour intemporel, où rires et applaudissements sont de mises.

Et pendant ce temps-là, le spectre de Pierre Palmade plane au-dessus de nos têtes. Ce soir, Muriel Robin prend sa place.

Bien plus que quelques morceaux choisis des précédents spectacles, on oserait dire qu’Ils s’aiment depuis 20 ans surfe sur la thématique du couple dans notre société actuelle. L’échangisme n’est pas au programme, mais le trio se mélange, au fil de la tournée. Palmade-Laroque se quittent quelques soirs pour offrir un nouveau duo de choc: Laroque-Robin ou Robin-Palmade.

A Beausobre, les spectateurs n’ont pas eu le choix. Isabelle et Martin sont devenus Isabelle et Mathilde. Et c’est tant mieux.

Michèle Laroque, l’éternelle Isabelle, débite ses paroles avec la même fougue qu’il y a vingt ans, elle qui a joué ces scènes maintes et maintes fois. En face, le visage, la voix de Pierre Palmade s’effacent petit à petit au profit de la moue et des mimiques de Muriel Robin. On s’y habitue, on ne fait plus le rapprochement, même si l’on se raccroche aux textes qui n’ont pas été réécrits pour l’occasion. La comédienne se les réapproprie, tout simplement. Et on apprécie. On se laisse transporter dans ces scènes quotidiennes de ce couple de lesbiennes qui ne cachent pas leur plaisir de se balancer des horreurs.

Pourtant, au Paradis, Isabelle et Mathilde crient en cœur : « Elles se sont aimées ! » Rien n’est sûr… La standing-ovation prouve, elle, que le public les a aimées le temps d’une soirée. Et peut-être bien encore pour les vingt prochaines années.

Aude