Auteur : Céliane De Luca

Un regard parmi d’autres: Un certain Charles Spencer Chaplin

Qui était Charlie Chaplin ? Tout autour du globe nous sommes des millions à pouvoir répondre à peu près à cette question : c’était un acteur d’Hollywood qui a joué dans « Le Kid » et s’est moqué d’Adolphe Hitler dans « Le dictateur ». Ah oui, il avait une moustache noire et un chapeau melon, et, je crois, une canne.

Avec son excellent spectacle « Un certain Charles Spencer Chaplin », Daniel Colas explore d’autres réponses : c’était un immigré anglais sans le sou, deuxième enfant d’une femme considérée comme folle, c’était un réalisateur subversif devenu la bête noire des Etats-Unis, c’était un millionnaire empêtré dans des histoires de divorce, puis de mariage avec une femme beaucoup plus jeune, c’était un travailleur passionné.

Ce spectacle plutôt sérieux mais pas moralisateur ne s’autorise ni méprise ni mépris : non, Charles Spencer Chaplin n’était pas « que » drôle.

Homme de contrastes, c’est son personnage de vagabond qui fera de lui un millionnaire et c’est le peuple américain qui l’idolâtrera tandis que son gouvernement, inquiet de le voir élevé au rang de porte-parole du peuple, fera courir de sombres rumeurs à propos de la superstar pour tenter, en vain, de briser son succès.

Cette histoire en noir et blanc, des décors aux costume, est amenée avec nuances et portée par des acteurs épatants. Ma plus grande admiration revient à Maxime d’Aboville dans le rôle principal, qui a relevé le défi particulièrement difficile de jouer Charlie Chaplin sans le caricaturer, jusque dans le sourire inimitable et pourtant si bien imité.

Il faut dire que les films de Chaplin m’émerveillent. En règle générale, je goûte surtout à l’humour des mots et préfère les tartes à la crème dans mon assiette que sur mon écran, les coups de pieds au derrière, très peu pour moi. Mais Charlot est l’exception. Il a du génie dans la pantomime, des idées de blagues qui traversent les continents. Ce soir, j’ai découvert son courage… grâce auquel il a traversé les époques, jusqu’à illuminer Beausobre.

Céliane

Un regard parmi d’autres: Les Franglaises

Vous est-il déjà arrivé de comprendre les paroles en anglais de l’une de vos musiques favorites et de regretter votre insouciance d’antan ? Soudain, vous vous rendez compte qu’elles n’ont aucun sens. Vous qui vous croyiez rebelle, voici que votre chanteur préféré s’appelle Michel Fils de Jean et qu’il interprète « Billy Jean (prononcé à la française bien sûr) n’est pas mon amant».

Vous est-il déjà arrivé d’en rire ?

Alors j’espère pour vous que vous étiez l’un des quelques 850 spectateurs venus applaudir « Les Franglaises », à Beausobre samedi 1er avril. Le concept de ce comeback, ou plutôt de ce « Viens-retour » proposé par les lauréats du Molière du théâtre musical 2015 est simple : traduire mot à mot les plus grands tubes anglo-saxons en français.

Au-dessus des artistes et de leurs instruments de musique, l’enseigne « Les Franglaises » nous rappelait un Broadway miniature. La joyeuse bande s’échauffait encore que déjà mon voisin de fauteuil frétillait d’impatience. On attendait les paillettes, les trémolos, les feux d’artifice et la romance hollywoodienne. Et nous avons été servis, le « Viens-retour » a flamboyé… crépité aussi, lorsque l’enseigne s’est détachée et s’est mise à tanguer au-dessus des chanteurs entre une reprise de « Tourne autour, je tourne autour » des « Garçons Plage » et du fameux hit des « Filles épices ».

Seul petit bémol d’une soirée sinon truculente à souhait : le niveau sonore des voix, parfois trop faibles par rapport aux instruments et qui ne nous permettaient pas de saisir tous les mots. Regrettable, mais pas dramatique tant il m’a semblé que le cœur du spectacle était ailleurs, dans les détails absurdes et l’humour de la mise en scène. J’ai été notamment époustouflée par la fantaisie des costumes ; longues robes bariolées et costumes un peu datés, parfaitement désassortis.

Après un enchainement de chansons plus ou moins sensées et un effondrement grandiose du décor, la troupe déconfite s’est relevée, est montée sur les caisses renversées, a brandi des poings victorieux sur la fameuse chanson de « Reine ». Ainsi, nous a-t-elle rappelé que, quoi qu’il arrive et quel que soit le nombre des syllabes nécessaires : « LeSpectacleDoit continueeeer ! ».

Céliane

Un regard parmi d’autres: Anne Roumanoff

Anne Roumanoff est l’une des élues, l’une des celles qui remplissent les salles de spectateurs (qui ont payé avec du vrai argent pour aller les voir, précisons-le), les font rire et recommencent année après année.

C’est l’une des très rares incontournables du paysage francophone. Et j’avais réussi à toujours la manquer. Et elle venait à Beausobre. Le plan parfait. Alors en prenant place dans mon cher fauteuil jaune, je me demandais bien quelle verve avait valu une telle renommée à la “tornade rouge”. Ne passons pas par quatre chemins, parce que c’est le printemps et que vous avez certainement des pieds à aller tremper dans le lac ou un potager à chouchouter, je vais vous révéler toute de suite son petit secret : quelle joie de voir un one-(wo)man-show qui ne soit ni « benêt », ni gorgé de vitriol, mais tout simplement… drôle !
Son dernier spectacle « Aimons-nous les uns les autres » est un savoureux fourre tout où se rencontrent dette grecque et phobie administrative, Jean-Claude (avec un “A”, bah oui, parce que sinon ça ferait « Jean-Clude ») et la louve Marine, jeux de mots, jeux de rôles, et jeux de pouvoir.

La jeune quinquagénaire a croqué à pleines dents dans ses personnages hauts en couleur (surtout les plus vives, bien sûr) et leurs petits travers. Dans la politique française aussi, dont elle retrace les luttes dans un conte animalier de son cru. On y trouve le paon tombé du trône (sur lequel il n’est d’ailleurs jamais monté), le gras cochon, la fausse brebis. Et puis le pigeon, comment l’oublier, catapulté chef de clan à sa plus grande surprise.

Car qu’elle réinvente la téléréalité, transforme les campagnes politiques en basse-cour ou se glisse dans le lit d’un couple en mal de libido, Anne Roumanoff le fait avec acuité et finesse, mais sans cruauté, toujours à la recherche d’un terrain fertile où ses bons mots pourront s’ébaudir en toute liberté. Incontournable, c’est moi qui vous le dis.

Céliane

Un regard parmi d’autres: «Bigre»

Sous les toits d’un immeuble, trois colocataires gaffeurs et touchants mènent « une vie normale ». Et puis, un jour, ils se rencontrent sur le palier.

L’occasion parfaite pour un spectacle bigrement drôle qui déclare la guerre à la solitude urbaine. Point de prince charmant en armure pour la belle de l’appartement sous les combles, mais deux voisins rond et maigrichon aux passions absurdes et attendrissantes, prêts à tisser des liens. Parce qu’entre hurluberlus, ils ne se comprennent pas si mal…

Pour raconter cette tranche de vie et d’immeuble, a été créé un décor qui rappelle les univers enchantés de Wes Anderson et d’Amélie Poulain. On voit les ficelles des « effets spéciaux » et, un instant, on salue même le technicien qui les tire. C’est voulu, c’est léger, et face à cette maison de poupée loufoque, on retombe en enfance. Dans le ciel, les oiseaux sont en carton, mais le lapin sur les genoux du voisin du milieu, quant à lui, est bien vivant.

Truffé de bonnes idées, « Bigre » est une ode à la créativité et aux plaisirs quotidiens. Sans dialogues mais avec une musique qui porte les personnages des baisers jusqu’aux toilettes, cette pièce transmet un plaisir rare. Et au fil cette histoire, car c’est une vraie histoire d’amitié qui se déploie, on s’attache aux colocataires qui n’ont pourtant presque pas pipé mot.

« Bigre » est une plongée dans un petit monde plein de malice, de mélancolie, de bains de soleil sur le toit et de karaokés. Un vrai bonheur !

Céliane

Un regard parmi d’autres: «Momo»

« Momo » nous apprendra deux choses sur la vie : notre enfant n’est pas toujours celui que l’on attendait et si quelqu’un vient cacher ses Chocapic dans notre caddie, il vaudrait mieux que nous les y laissions.

Cette pièce raconte l’histoire de Mme Prioux, DRH campée par la talentueuse Muriel Robin, et de son époux pharmacien, interprété par François Berléand, un couple sans enfant sur le point de faire une rencontre qui bouleversera leur frigo et leurs vies. Tandis qu’ils font leurs courses au supermarché, un homme à l’accent étrange s’empare de leur caddie et s’enfuit. Il s’agit de Patrick, un « grand garçon » sourd et déjà bien adulte, qui fait irruption dans leur appartement et leur assène qu’ils sont ses parents, ni plus ni moins. Avide de partager de l’amour, Mme Prioux est prête à en donner au premier venu. Et l’heureux élu, ce sera Patrick.

Pas moralisateur pour deux sous, « Momo » (« maman », prononcé par Patrick), pose un regard amusé et attendri sur nous, pauvres humains en manque d’affection, prêts à toutes les folies pour donner un sens à notre vie. Même à devenir les parents d’un total inconnu ?

Cette mésaventure qui s’annonce comme une arnaque loufoque prend des allures de comédie touchante et surréaliste qui réussit l’exploit d’échapper au mièvre grâce à son second degré. Car si « Momo » n’est exempt ni de jurons ni de la (semble-t-il inévitable) révélation d’adultère, le sens de l’absurde de son auteur Sébastien Thiéry vient saupoudrer les situations d’une ironie qui m’a fait rire d’avantage que n’importe quel scandale scénique.

Céliane

Un regard parmi d’autres: Les chatouilles

Je ne pleure jamais devant les films, alors devant un spectacle, sans effets spéciaux, vous pensez bien que c’est pareil.

Voici « Les Chatouilles », écrit et interprété par Andréa Bescond et mis en scène par Eric Métayer. La petite fille dont ce seule en scène est inspiré, est devenue une femme, une artiste. Elle s’avance sur la scène de Beausobre. Elle porte une alliance. Elle commence son histoire : Il était une fois Odette, blondinette de huit ans, qui aimait danser. Un jour, alors qu’elle dessine dans sa chambre, Gilbert, un ami de ses parents, l’y rejoint, lui dit qu’elle est jolie, l’enferme à la salle de bain, la viole. Ce cauchemar se répétera durant plusieurs années, jusqu’à ce qu’Odette – ou Andréa ? – trouve en elle, et en elle seule, la force de se libérer de cette emprise.

Andréa Bescond, devenue danseuse puis comédienne, interprète avec brio tous les personnages de ce dialogue de sourds entre la colère d’Odette et la faiblesse de sa mère qui refuse de voir la souffrance de sa fille. Elle joue tour à tour la prof de danse – ses bourrelets comme du flan, son admiration pour Odette- , le père peu bavard, Manu le rappeur raté, les officiers de police, et même le bourreau, susurrant et sordide. Andréa Bescond livre les fantasmes de la jeune Odette, lorsqu’elle rêve que le danseur sur son poster, son idole et ami imaginaire, viendra la protéger contre Gilbert et ses « chatouilles ». Mais des sauveurs, il n’y en a que dans son imagination.

Pourtant, de toute cette noirceur, la victime tire un humour désarmant, qui déguise le poison en sirop à la menthe, plus digeste pour les spectateurs. Sommet d’ironie : l’extrait de « Like a virgin » (Madonna), qu’Odette écoute lorsque, en « pleine crise de préadolescence » selon sa mère, elle refuse de ranger sa chambre.

Indécent ? Mais, c’est son spectacle, et c’est son talent. C’est son cri de rage et si elle doit le partager en nous faisant rire, eh bien rions ! Ainsi, nous nous étranglerons moins devant l’atrocité, nous arriverons à regarder les chatouilles en entier, jusqu’au jugement du criminel et à la libération d’Odette.

« Les chatouilles » est un bouleversant récit de résilience, c’est une lutte à la vie à la mort entre la culpabilité comme étouffoir et la danse comme exutoire. Pour Odette, la vie l’emportera. Car si sa douleur n’est peut-être pas guérissable, elle est exprimable, comme le souligne le sous-titre du spectacle : « La danse de la colère ».
Et puis, dans les silences, on entend les autres enfants, ceux qui n’y survivent pas, à peine évoqués et qui pourtant hantent la scène comme les ombres d’Odette.

Je ne pleure jamais devant les films, alors devant un spectacle, sans effets spéciaux, vous pensez bien…

Céliane

Un regard parmi d’autres: Lynda Lemay

C’est vrai, j’appréhendais
De m’asseoir dans la salle
Et si Lynda Lemay
Tombait du piédestal ?

J’avais six ans à peine
Sur la route des vacances
Ses refrains par dizaines
Ont bercé mon enfance

Et lorsque adolescente
Amoureuse à souhait
Dans ma chambre, impatiente
Ses chansons j’ululais

C’est vrai, j’appréhendais
De m’asseoir dans la salle
Et si Lynda Lemay
Tombait du piédestal ?

Voilà qu’elle entre en scène
En vrai, d’os et de chair
Conteuse et musicienne
Son talent nous sidère

La belle nous dit alors
L’amour et les varices
Les mères, l’amer, la mort
Jeux d’ombres et de délices

C’est vrai, j’appréhendais
De m’asseoir dans la salle
Et si Lynda Lemay
Tombait du piédestal ?

Enfin Lynda propose
Un titre de notre choix
Si un spectateur l’ose
Qu’il fasse entendre sa voix

Quelqu’un crie « La Marmaille »
Alors je me souviens
De nos fous rires canailles,
D’étés déjà lointains

C’est vrai, Lynda Lemay
A fait vibrer la salle
Et ce concert pourrait
Rester dans les annales.

Céliane

Un regard parmi d’autres: «Incidence Chorégraphique»

“ Tout vrai regard est un désir.” avait dit un jour Alfred de Musset. Sans doute avait-il eu le bonheur de voir « Incidence Chorégraphique », le 12 février à Beausobre.

Sous la direction Artistique de Bruno Bouché, Danseurs et Solistes de l’Opéra national de Paris ont eu la liberté d’interpréter les extraits les plus porteurs du répertoire classique néoclassique et plus contemporain. En découle un spectacle foisonnant, où l’interprétation personnelle des Danseurs vient se frotter aux compositions les plus célèbres et faire jaillir des étincelles.

Aux deux pôles de ce spectacle axé sur la création chorégraphique des danseurs: Agnès Letestu, danseuse étoile de l’Opéra National de Paris et Edna Stern, Pianiste internationalement reconnue.

De cette « Incidence Chorégraphique » naissent des extraits variés, descendant parfois en droite ligne du classique, ou allant chercher ailleurs des gestes assoiffés de pureté. Il y a d’abord la raideur, les sourires imperturbables, le scintillement fané et toujours resplendissant de plus grands ballets du répertoire classique. Seul le décor, sobre, rappelle que ceci n’est qu’un songe et que d’autre créations, plus modernes, viendront bientôt envahir les planches.

Les artistes font un détour par l’humour, aussi, avec deux chats espiègles qui se chamaillent en costume. Ils badinent avec une joie presque enfantine qui voudrait nous donner l’illusion que la danse classique est un jeu à notre portée.

Puis le carcan s’ouvre, la chevelure d’Agnès Letestu se détache. Le corps seul prend toute sa dimension poétique, devient l’œuvre pour laquelle la musique a été créée. Il semble même, lorsque l’Etoile s’approche du piano, très lentement, que c’est ce corps de femme, vêtu d’une robe translucide, qui compose les mélodies au fur et à mesure qu’il se meut.

Grâce à ce spectacle morcelé, les chorégraphes et les interprètes libérés de la narratologie d’un ballet complet, peuvent enfin exister pleinement et rendent à leur discipline un hommage flamboyant.

Céliane

Un regard parmi d’autres: «Reprises, surprises & fauteuils vintage»

Partie 1 : Le spectacle

Raconter « Reprises, surprises & fauteuils vintage » le spectacle éclectique du 30em anniversaire de Beausobre en une seule chronique, est un peu comme tenter d’enfermer des feux d’artifice dans une petite boîte. Mais pourquoi ne pas tenter de vous raconter tout de même cette étonnante soirée portée par Barcella, Les Petits Chanteurs à la Gueule de bois, Fabian Tharin, Billie Bird, Nicolas Fraissinet et Aliose ?

Chaque groupe proposait trois prestations, dont deux reprises de chansons d’artistes passés par le théâtre trentenaire. Peut-être parce qu’ils avaient tous plus à dire que ce que les trois morceaux leur permettaient, chacun a créé avec le public ce lien privilégié que des superstars mettent parfois un concert entier à tisser.

Comme dans tout feu d’artifice qui se respecte, certains numéros étaient plus flamboyants que d’autres. Fabian Tharin, « le quota clubbing » de la soirée, est arrivé comme un extraterrestre gesticulant devant un public tout d’abord surpris, puis ravi, du moins pour ma part, par son texte astucieux et son humour nonchalant en décalage avec ses soubresauts d’ex-adolescent.

Parmi les nombreux moments forts de l’évènement, mon coup de cœur est allé à la reprise de la mélancolique Barbara (« Dis, quand reviendras-tu ») par Nicolas Fraissinet, dont la voix a su à la perfection s’emparer de ces paroles fragiles, accompagnant sa mélodie au piano sans la briser.
À des inconnus, j’aurais honte de l’avouer, mais à vous, je vous dis tout : mon deuxième moment d’émotion a été le… quizz musical ! Eh oui, mais je vous en supplie ne me reniez pas, car je parie que nous étions nombreux dans la salle à apprécier cette parenthèse du talentueux animateur de la soirée, Tonton Pierrick. En effet, ce dernier a réussi l’exploit de nous rendre nostalgiques grâce à un quizz musical, jeu habituellement consacré aux mariages et autres croisières.

Et puis, entre moultes anecdotes glanées auprès de Jean-Marc Desponds, premier directeur du théâtre, Tonton Pierrick a parlé d’Henri Dès. Une évidence, lorsque l’on sait que ce grand chanteur pour enfants n’est autre que son père, et aussi, fait non-négligeable, l’artiste ayant le plus souvent fait siennes les planches de Beausobre depuis son ouverture en 1987. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Henri Dès est le chanteur pour enfants qui m’a valu mon premier débat lorsque j’avais affirmé au grand frère d’une amie que « La petite fourmi » (d’Henri Dès) était sans l’ombre d’un doute la meilleure chanson de la Terre. Mon opposant faisait une tête de plus que moi et mon zozotement n’avait certainement pas aidé à me faire gagner en crédibilité. Mais je m’égare, comme toujours lorsque l’on évoque le seul, l’unique, Henri Dès.

Sa fille Camille Destraz l’a rejoint pour un sobre et touchant « Mistral gagnant », complétant le portrait de famille de cette soirée à la fois intime et de qualité. Un spectacle qui a su honorer ses vedettes comme accueillir à bras ouverts les artistes qui leur ont rendu hommage.

Partie 2 : La boum

La boîte à musique s’est ouverte et les artistes se sont mêlés aux spectateurs pour une boum… sur la scène. J’adore danser, autant que regarder les gens danser, qui plus est dans ce théâtre que j’aime, aussi ai-je savouré pleinement la fin de la soirée. Et puis, je vous le demande, a-t-on souvent l’occasion de partager un bout de scène avec l’idole de notre enfance, un verre à la main, sur « Video killed the radio star », « Kids in America » ou encore « La Isla bonita » ?

Céliane

Un regard parmi d’autres: chronique d’une spectatrice sur Le Centre Chorégraphik Pôle Pik

Elève tout à fait incapable de rattraper un ballon ou de grimper à la perche en cours de sport, je me suis parfois gargarisée – lorsque mon état de mollusque m’apparaissait un peu trop clairement – d’avoir fait du hip hop. Entre mes huit et mes dix ans, j’ai en effet suivi des cours de cette danse venue du Bronx et je me souviens notamment d’un ignoble baggy jaune fluo et hors de prix que j’avais dû porter pour une compétition, juste avant que je me tourne vers le modern jazz. Le hip hop ne me semblait alors pas assez féminin, aérien… mais ça, c’était avant de voir le spectacle de hip hop du Centre Chorégraphik Pôle Pik.

Pour ce spectacle prodigieux, le directeur artistique Mourad Merzouki a réussi à réunir trente danseurs et danseuses dans neuf tableaux, composant un ensemble empreint d’humour, fluide et délicat.

Sur une bande-son allant puiser ses origines dans le classique, les musiques orientales et l’électro, les chorégraphies belles et rebelles se sont non pas succédées, mais véritablement emboîtées les unes dans les autres, pour créer un immense tableau en mouvement.

Tandis que les danseurs masculins mettaient leurs corps athlétiques au service de leur danse hypnotique, les danseuses, tout en courbes et en tatouages, n’avaient rien à envier aux ballerines, car il était d’autant plus fascinant de les voir réaliser des prouesses de force et de souplesse énergique, vivante.

Le Centre Chorégraphik Pôle Pik a happé le public, adultes comme enfants, et je me suis demandé si la fillette à-côté de moi, bouche ouverte et yeux écarquillés, n’allait pas bientôt supplier ses parents de lui offrir des cours de hip hop. À ce propos, je me demande où j’ai bien pu mettre mon baggy jaune…

Céliane De Luca