Auteur : Guillaume Gétaz

Un regard parmi d’autres: Olivier de Benoist

“Bonsoir Messieurs”! Si certains s’attendaient à un spectacle lors duquel Olivier de Benoist aurait décidé d’épargner les femmes, il n’aura fallu qu’une phrase pour leur indiquer que la gente féminine allait à nouveau se trouver au cœur de l’heure et demie que l’humoriste réservait au public de Beausobre. Mais pas que.

Sur une scène sobre, simplement équipée d’une table sur laquelle reposent quelques objets et accompagné d’un « assistant » nommé Torek (ou était-ce Tarek ?), Olivier de Benoist a livré une performance à très haut débit. C’est d’ailleurs ce qui m’a toujours fasciné chez cet humoriste. Il arrive à imposer un rythme extrêmement percutant et ainsi maintenir une très forte tension en alignant les blagues les unes derrières les autres. Et le public suit celui qui est aussi magicien dans un mélange d’anecdotes et d’histoires vraies ou fausses remplies d’une délicieuse mauvaise foi.

Ce qui fait mouche, c’est cette faculté qu’Olivier de Benoist a à choisir un champ lexical et y puiser tous les jeux de mots possibles et imaginables. Qu’il s’agisse de la mort de sa belle mère, de l’apparence physique de sa femme ou de ses débuts de carrière dans l’humour, aucune limite ne semble se dresser sur son chemin. On rit très souvent, parfois en cherchant une certaine approbation auprès de son voisin. Car ce soir, on peut rire de tout. La pire atrocité est aussitôt tempérée par ce sourire malicieux qu’arbore l’humoriste à la fin de chaque vanne. Et le public en redemande.

Si le comédien se plait à rire des femmes, il consacre également une partie de son spectacle à d’autres thèmes, notamment la politique française. A cet instant, on sent malgré tout que la salle est moins réceptive aux diverses allusions et sous-entendus, diminuant ainsi de manière passagère l’intensité de la représentation malgré l’énergie donnée par Olivier de Benoist. Une perte de souffle cependant de courte durée, avant un final très proche du public. Car l’acteur aura, tout au long de sa représentation, communiqué de manière directe avec son audience, réagissant aux nombreuses phrases prononcées par un public qui avait immédiatement compris qu’il n’existait aucune barrière entre la scène et lui.

Guillaume

Un regard parmi d’autres: Ala.ni

« Je ne vous vois pas, mais vous avez l’air chou ». Cette phrase prononcée par le groupe Jaylis qui assurait la première partie du concert d’Ala.ni annonçait la couleur de cette soirée, toute en légèreté et douceur. Il n’aura d’ailleurs fallu que quelques minutes pour que l’espièglerie de la chanteuse à l’origine de la création du groupe, Sandra Loerincik Barat, séduise le public présent ce mardi soir au théâtre de Beausobre. Car durant les vingt minutes qu’aura duré la représentation du groupe, Jaylis nous aura entraîné dans un univers volontairement ingénu. Un univers dont la musique fait du bien, où l’enfance semble être au cœur du message malgré des thèmes plus sérieux tel que le doute.

Après la fraîcheur de Jaylis, c’est la profondeur et l’amplitude de la voix d’Ala.ni qui entrent en scène. Immédiatement, on se retrouve plongé dans les années 30 lors desquelles Hutch, son grand-oncle, était une star du music-hall. Une influence qu’elle revendique fièrement et qui est au cœur de son processus créatif. Accompagnée d’une harpe et d’un violoncelle, quelques notes suffisent pour comprendre que ces instruments n’auront qu’une seule et unique tâche tant ils se font discrets : sublimer son timbre de voix. Une voix qui semble d’une inestimable immensité puisqu’elle passe des graves aux aigus sans laisser paraître la moindre difficulté. Tout paraît si simple, si maîtrisé et jamais elle n’entre dans l’excès.

Mais c’est surtout sa personnalité qui fait une réelle différence. Dès le début de sa représentation, on ressent une réelle complicité avec ses musiciens. Et le public n’est pas en reste, tant Ala.ni entame avec lui une très forte interaction qui durera jusqu’à sa sortie de scène. Que ce soit entre deux morceaux ou en plein milieu d’une chanson, elle semble se laisser guider à l’instinct et chacun de ces instants est une surprise. C’est également au travers de ce lien avec l’audience que la chanteuse fait naître des moments uniques, comme ces chansons créées de toutes pièces en fonction de phrases écrites par le public.

Ala.ni choisit pour clore cette soirée de reprendre le morceau Parlez-moi d’amour initialement interprété en 1930 par Lucienne Boyer. Le public l’accompagne, se laisse bercer, puis elle met un terme à cette soirée : « Je vous aime. »

Guillaume

Un regard parmi d’autres: Fabrice Luchini.

Qu’on se le dise d’entrée : la poésie classique n’est pas franchement ce qui se fait de plus digeste pour tout non-initié. En ce qui me concerne, je fais partie de ces gens qui trouvent la poésie très belle mais qui ne comprennent pas toujours où l’auteur souhaite nous emmener. Mais ce dimanche à Beausobre, il n’était pas question de comprendre. Il était question de se laisser entrainer par Fabrice Luchini dans son univers, celui de son dernier spectacle « Poésie ? ».

Rimbaud, Céline, de La Fontaine (en verlant)… Durant l’heure et demie de sa représentation, Fabrice Luchini a récité non pas les poésies les plus fameuses des plus grands hauteurs, mais celles qui ont eu une résonance particulière dans son parcours, tout au long de sa vie. Car avant d’être une ode à la littérature, ce spectacle est avant tout l’histoire de l’acteur. On passe de magnifiques vers à des anecdotes sur son passé de coiffeur, d’alexandrins à quelques punchlines à l’intention des politiques français (qu’il trouve d’ailleurs manquer cruellement de culture), ou encore de ses premiers pas sur scène aux paroles des musiques du chanteur Antoine.

C’est pour cela que la véritable réussite du spectacle de Fabrice Luchini est d’avoir réussi à ce qu’il soit à son image : imprévisible. On y retrouve ce qui m’a toujours marqué chez ce comédien, à savoir cette faculté de surprendre, de créer l’imprévisible, de tourner en dérision des thèmes sérieux ou de traiter avec la plus grande ardeur des thèmes qui ne s’y prêtent pas d’un premier abord. Et que dire de cette flamme qui l’anime.

Car au-delà de l’excellent contenu de sa représentation, c’est la fascination que Fabrice Luchini arrive à susciter auprès de son audience qui force le respect. Malgré quelques frénétiques mouvements de bras accompagnés par ses traditionnels et non pas moins mesurés haussements de voix, il convient de souligner qu’il reste relativement statique (probablement la faute à une lombalgie). Et pourtant, la grande scène du théâtre de Beausobre semble minuscule derrière l’incroyable charisme du comédien. Il suffit d’observer les visages éblouis des spectateurs pour comprendre l’emprise qu’il arrive à exercer sur son public.

Au fond, ce qui démarque Fabrice Luchini de bon nombre d’hommes et de femmes de scène, c’est la manière dont il transmet sa passion. Il incarne quelque part le professeur de français que nous aimerions avoir, celui par qui les vocations naissent. Et l’on s’imagine presque, à l’image de la standing ovation qui lui est réservée à la fin de sa représentation, se lever à la fin du cours et l’applaudir en lui demandant de revenir.

Guillaume