Auteur : Jessica Tonetti

Un regard parmi d’autres: « Messmer »

Messmer, cela fait bien longtemps que je connais son nom. Une vraie célébrité des milieux francophones, ce québécois a enchainé les spectacles, plateaux et émissions de télévision depuis plusieurs dizaines d’années et mercredi 19 décembre, il se déplaçait au Théâtre de Beausobre pour nous « fasciner ».
En effet, Messmer ne se décrit pas lui-même comme un « hypnotiseur » mais comme « fascinateur ». Déjà un premier élément provoquant mon scepticisme. L’hypnose m’a toujours fasciné, car pendant longtemps, je n’y croyais pas. Mais pourquoi autant de gens se disaient et se montraient « réceptifs » ? Un jour, ma mère m’a parlé de hypnothérapie, utilisée en psychothérapie, en pédiatrie, en obstétrique et même durant des anesthésies. Alors, je me suis renseignée et j’ai commencé à y croire. Ayant donc essayé plein de « tests de réceptivité » sur internet qui n’avait pas du tout marché, j’étais donc impatiente de voir si le fameux Messmer réussirait à m’hypnotiser.
Visiblement, je n’étais pas la seule. En arrivant au théâtre, ma mère, qui m’accompagnait, et moi-même étions stupéfaites de l’agitation palpable dans l’air. Sorte de frénésie qui semble se retrouver dans les sectes, où Messmer serait notre gourou. Etrange similarité qui ne quitta pas un coin de ma tête tout au long de la représentation et qui persiste encore aujourd’hui. Messmer entre en scène à la façon d’un showman américain des années 2000 : musique dramatique, flammes projetées sur certains écrans et, sur d’autres, une vidéo annonçant les exploits et l’arrivée du « grand fascinateur » sur scène. Cette mise en scène rajoutait à l’agitation ambiante avant même qu’une seule personne ne soit hypnotisée.
Après avoir donné quelques explications sur l’hypnose et sur son parcours professionnel, Messmer invite la salle à passer un test de réceptivité et demande à chacun de serrer ses mains au dessus de la tête. Dubitative et sur mes gardes devant cet homme qui m’apparaît comme un gourou, je reste curieuse de voir si je passerai ce test. Mains au dessus de la tête, j’exécute les demandes de Messmer, je serre mes mains de plus en plus fort jusqu’à ce que le fascinateur nous propose d’essayer les détacher. J’y arrive immédiatement. Pourtant, je vois plusieurs dizaines de personnes dans la salle qui n’y arrivent pas, et Messmer leur propose donc de monter sur scène.
Seulement une partie s’y rend et pourtant, la scène est quand même remplie. Le show continue, il hypnotisera plus de 30 personnes sur scène durant les deux heures de spectacle, leur demandant tour à tour de s’endormir, de danser le limbo ou encore de jouer en tant que Paul Stanley, fameux chanteur et guitariste de Kiss. Je commence à rentrer dans le spectacle, autant hilare qu’impressionnée par ce qui est en train de se passer sous mes yeux. Mais mes appréhensions sur l’éthique d’un spectacle d’hypnose reviennent à la surface très vite. Tout d’abord, le fascinateur choisit deux femmes qui expliquent avoir terriblement peur des araignées et des serpents, les endort et leur demande de trouver une clé dans un bol soit disant rempli d’araignées et de serpents (alors que celui-ci est en réalité rempli de collier en fleurs) au risque de rester bloquées dans la salle avec ces animaux. Les deux femmes, tremblantes de peur et les larmes aux yeux, s’exécutent. Et Messmer ne s’arrête pas là. Plus tard durant le spectacle, il suggère à une jeune femme que la chaise où elle est assise « l’amène au septième ciel ». Elle commence donc à se trémousser sur la chaise, à gémir et susurrer des « oui » à chaque question qui lui étaient posées. Là, la question du consentement commence à réellement me démanger.
En sortant de la salle, le moins que je puisse dire c’est que j’étais bouleversée et confuse. Est-ce que j’y crois réellement ? Si oui, crois-je à l’hypnose en spectacle? Et si c’est le cas, suis-je d’accord avec l’idée d’exposer des personnes qui n’accepteraient pas forcément de faire certaines choses sur scène si elles n’étaient « hypnotisées »? En quoi Messmer se différencie-t-il d’un gourou, dictant les comportements de personnes, leur faisant voir des choses imaginaires en les passant pour réelles par l’emprise mentale ?
En tout cas, le public morgien en est sorti bouche bée, comme à la sortie d’une expérience surnaturelle.
Nina Rast

Un regard parmi d’autres: Philippe Soltermann  » J’arriverai par l’ascenseur de 22h43″

Vendredi 6 décembre 2019, j’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine au Théâtre de Beausobre. Quand je l’ai dit à mon amie, elle ne m’a pas crue. Elle s’est empressée
de rétorquer que c’était Philippe Soltermann à l’affiche ce soir-là et que Thiéfaine, lui, y était en 2016. Pourtant, moi, j’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine. Je l’ai même
entendu chanter « petit matin 4.10 heure d’été ». Connaissez-vous cette chanson ? Elle me fait l’effet d’une recharge à 10’000 volts ou d’une résilience. Je ne peux
m’empêcher de l’écouter en l’écrivant. Ce soir-là, j’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine. Il était si près de moi que j’aurais pu le toucher. J’aurais voulu le toucher, le serrer dans mes bras, l’embrasser, même si dégoulinant de sueur il était. Ce soir-là, j’ai pleuré mes angoisses et ma joie d’être en vie. Ce soir-là, Hubert-Félix Thiéfaine vibrait en Philippe Soltermann. Le talentueux Philippe Soltermann. Sa vulnérabilité est venue enlacer la mienne, son histoire reconnaître mon histoire,
sa folie allumer ma folie et son authenticité me convaincre. Merci Philippe, merci Hubert-Félix, merci Beausobre. Ce soir-là, je suis sortie du Théâtre différente,
émue et un peu plus vivante.
Pauline Peytregnet

Un regard parmi d’autres « Les 7 doigts de la main »

Les lumières s’allument dans la salle et nous apercevons un mur, un micro et huit personnes sur scène. Les artistes se partagent le micro pour nous partager l’histoire de leurs grands-parents, pour leur dédier ce spectacle. Certains parlent en français, mais d’autres en anglais ou en espagnol. Je ne comprends pas tout, mais ça ne change rien, je suis immédiatement émue.

Les 7 doigts de la main, devenus 8 sur cette scène, traversent le mur à travers ses fenêtres et ses portes. Les murs commencent à bouger : ils sont réversibles. En effet, de l’autre côté, on y découvre le semblant d’un intérieur, d’un salon, d’une chambre. Les membres de la troupe de cirque nous partagent leur talent, seul, à deux, et tous ensemble, et chacun se démarque. Ils semblent se mettre à nu devant nous, en nous plongeant dans leur histoire et celles de leurs aïeux. Certains sont drôles, certains émouvants, mais tous nous laissent bouche bée. Dans ce décor chaotique, où même les murs se déplacent et se transforment, la musique, la danse et le théâtre se mêlent au cirque. A la fin de ce magnifique spectacle, ma mère, assise à mes côtés, ne peut empêcher ses larmes de couler. Les témoignages émouvant de chacun des membres de la troupe nous renvoient à notre propre histoire, à celle de notre famille; nous ne nous attendions pas à être aussi touchées par cette troupe de cirque, et pourtant, nous sortons du théâtre les larmes aux yeux, et le sourire aux lèvres.

Un regard parmi d’autres : Duels à Davidéjonatown

« C’est épuisant ! », lance Artus à l’assemblée, en référence au comportement de son acolyte Julien Schmidt,  soit le cow-boy sourd muet totalement surexcité. La scène est épuisante, ho que oui. Il y aurait d’ailleurs de quoi soupirer et hausser les épaules de dépit à plusieurs reprises dans ce spectacle… et pourtant, le public de Beausobre rit. Aux situations idiotes, au comique de répétition, aux blagues faciles, en dessous de la ceinture et sans filtres. Aux références actuelles également. Car bien que la pièce se joue dans un décor de western, Lorie, Jacques à Dit, Danse avec les Stars, Maître Gims, l’enseigne GiFi ou encore Arnold & Willy s’y invitent. Malgré cela, le fil de l’histoire se tient. Mais celle-ci, tout comme le lieu et l’époque, n’importe finalement que peu. Tout n’est qu’excuse à un n’importe quoi orchestré de la part de la troupe de « Duel à Davidéjonatown ». Près de deux heures d’éclate totale sur scène, où les regards entre les comédiens ne trompent pas, les piques cinglantes non plus. Des spectateurs sont pris à parti, d’autres n’échappent pas à la déambulation rocambolesque dans les rangées. Quant aux improvisations, elles offrent fous rires et instants goûteux – dont une bouteille de rhum remplie d’un liquide infâme apparemment non prévu ! -. Les comédiens tiennent leur(s) rôle(s), parfois improbables, de bout en bout. Le jeu épate, tout comme la disparité des physiques ; impossible de ne pas s’attarder sur ce point, lorsque l’on voit ces deux géants d’Artus et Greg Romano côtoyer Céline Groussard et un Sébastien Chartier d’1m62. Entre taille et obscénité, tout semble pensé – et surtout assumé !

Un regard parmi d’autres: Ben et Arnaud Tsamère ensemble sur scène

Par centaines, les jeux de mots fusent à toute allure entre les deux protagonistes. Plus ou moins poétiques. Plus ou moins engagés. Toujours inattendus, ils rebondissant ici et là, avec une force de frappe stupéfiante et ce, tout au long des histoires loufoques que les deux humoristes sont venus nous conter.

Certains jeux de mots sont si subtils que seuls les plus avertis auront eu la délectation d’en sourire. D’autres si spéciaux, que j’ose avancer qu’ils n’ont pas fait l’unanimité au sein du public.

Qu’importe. Les jeux sont faits. Ce soir, Arnaud Tsamère et Ben (Cédric Ben Abdallah) ont tout osé. Tissant une toile d’humour délicieusement absurde sur laquelle repose leur univers singulier. Le duo d’humoriste se plait en journalistes tirant un portrait jubilatoire au tennis français, ou en enquêteurs sur le recrutement des hackers de la Migros. Ils excellent en voleurs d’iphones dépités face à une victime qui n’a qu’un smartphone en poche. Rejouant avec finesse les débats politiques du second tour, amplis de vide, ils vont même jusqu’à élaborer un congrès démographique des abeilles, qui préfèrent boire l’apéro plutôt que de sauver leur espèce. L’apéritif, impératif, se transforme alors en apérintif.

L’improvisation à toute épreuve des deux complices est à saluer. Osée et assumée, elle a le don de sublimer les sketchs qui s’enchaînent, apportant surprise, inattendu, et jeu avec le parterre. Arnaud Tsamère a particulièrement le don de lancer son sujet, le développant en confidences, puis d’improviser, et de balader le public à sa guise avec une facilité déconcertante. Même pour son compagnon de scène.

«Est-ce que l’on peut refaire un noir svp? Pour se concentrer ? », entend-on plusieurs fois dans un rire étouffé, les deux humoristes, eux-mêmes victimes de leur propre jeu d’hilarité. Des fous-rire complices qui font la part belle à la tendance du stand-up en solitaire.

Le tableau final offert à un public conquis s’est déroulé en allemand et dans un costume d’hyponosaure… Vous trouvez cela absurde ? Pas totalement. Derrière les quiproquos et jeux de mots, les deux acolytes portent avec réalisme un regard acéré sur une société et ses dérives comportementales. Subtilement, ou pas, les journalistes en prennent de leur grade, tous comme les pros de la cybersécurité, les écolos trompeurs, les metteurs en scène, et la langue de bois des politiciens.

Délirant, génial, décalé, animalier, absurde, hilarant, débile, les adjectifs lancés à la sortie du théâtre s’entrechoquent sans que jamais un n’emporte la définition de ce duo singulier.

 

Un regard parmi d’autres: “Venise n’est pas en Italie”

Venise n’est pas en Italie. Et c’est vrai. Le temps d’un soir, Venise était à Morges.
J’avais prévu le coup en lisant le livre d’Ivan Calbérac en amont, mais n’ai pas réussi à le terminer dans les temps. Ce que je n’avais pas prévu, c’est d’être aussi touchée par la pièce et le jeu de Thomas Solivérès qui incarne à lui seul tous les personnages. A tel point que je n’étais pas certaine d’être capable d’en écrire un article. L’alignement des mots « touchant », « remarquable », « poétique », « rempli d’émotions », et j’en passe, ne pouvant être qualifiés d’article.
Puis on reprend ses esprits et se remémore la pièce qui s’ouvre sur Emile, l’ado de 15 ans, jouant au ping-pong. Le moment-clé de sa première rencontre avec Pauline, jeune violoniste de son lycée dont il tombera amoureux malgré la différence sociale. Cette dernière l’invitera à Venise pour l’écouter jouer. Sans le savoir, cette partie de ping-pong sera bien le leitmotiv de notre retour à l’âge ado. Comme une balle de ping-pong, nous rebondirons de rires en larmes, d’introspection en souvenirs, le tout avec une énergie débordante et beaucoup de poésie.
Ne nous fions pas au titre, c’est bien au travers de son parcours initiatique jusqu’en Italie, qu’Emile va nous emmener, durant 1h15 et des poussières, dans un aller-retour Montargis-Venise énergique malgré la lenteur de la caravane et vivant grâce aux changements de décors simples mais efficaces. Sur ce chemin semé d’embûches, d’auto-tamponseuses et de contretemps, Emile devra faire face aux nombreuses ingratitudes de l’adolescence et prémices de la vie d’adulte, sans pour autant baisser les bras et tomber dans le piège de la niaiserie. Il partagera avec nous tous ces tiraillements, ces premières fois, ces déceptions qui font le propre de notre adolescence et nous ont construits.
Happée par le jeu, ce n’est qu’à la fin, le public, l’acclamant et se levant d’une traite à la seconde où la pièce se termina, que je compris que je n’étais pas la seule à avoir été conquise. Thomas Solivérès ému aux larmes, nous avec, il n’y avait rien d’autre à ajouter. Nous étions tous dans le même état.

Un regard parmi d’autres: Grand Corps Malade

Un an après la sortie de son Patients, Grand Corps Malade remonte sur la scène de Beausobre le sourire à la bouche. Ce sourire ne le quitte pas de tout le concert, et celui-ci est immédiatement contagieux.
Il commence par son titre, Plan B, qui est également le titre de son dernier et sixième album. Fabien Marsaud slame, mais il chante aussi, mais toujours en gardant une écriture si technique et si touchante. D’un coté, ses chansons résonnent comme des hymnes à la sérénité, mais d’un autre, Grand Corps Malade fait une profonde critique de la société moderne, des torts de l’être humain. La musique n’était pas son Plan A, mais son talent lyrique prouve que Grand Corps Malade a malgré tout trouvé sa voie. Les musiciens qui l’entourent, sont tout aussi talentueux. Entre la contrebasse, la guitare électrique, la batterie, mais aussi le guembri, un instrument d’origine guinéenne, j’ai envie de me lever pour danser… C’est vrai que je n’ai pas l’habitude de rester assise durant des concerts, mais Grand Corps Malade remédie finalement à ça. Pour ces dernières chansons, nous fait tous lever et chanter, et moi, je peux enfin danser !
Nina Rast

Un regard parmi d’autres : Le Fils

Auparavant souriant, le voilà triste, angoissé en quasi permanence. Nicolas, 17 ans, ne va même plus en cours, n’écoute pas ce qu’on lui dit et lance tantôt des regards haineux. Sa mère, chez qui il vit, ne gère plus la situation. Appel au secours au père qui, lui, a refait sa vie et partage désormais son quotidien avec sa nouvelle femme et un bébé. De par un divorce culpabilisant – et donc prêt à tout pour offrir à Nicolas un nouveau départ – il accepte d’accueillir celui qui désire quitter le domicile familial.

A travers une scénographie de parois coulissantes poétique et à coup de mélodies larmoyantes, on assiste à l’histoire de ces protagonistes, chez l’une, chez l’autre, à travers l’un, à travers l’autre. Anne, mère triste, dépassée et abandonnée. Pierre, avocat pressé qui pense que tout ira bien, toujours. Sofia, belle-mère fatiguée, délaissée, pourtant compréhensive. Et Nicolas, adolescent, centre de l’attention, pour qui la vie n’a plus aucun intérêt.

Même s’il lui arrive parfois de sourire, il se sent incompris au point de franchir le pas. Une première tentative de suicide qui l’envoie à l’hôpital où tous s’accordent à dire que le jeune est fragile. Mais que peut-on faire face à des parents aveuglés ? Face à l’obstination et au « tout ira bien » ?

Si certains versent une larme, d’autres – à mon image – restent de marbre: il demeure cette sensation d’assister à du théâtre de boulevard, version dramatique bourgeois. Intéressant certes, mais surjoué. Plus l’histoire avance, plus les longueurs et ce sentiment que tout semble téléphoné prennent le pas sur les quelques instants forts et précieux qui nous sont offerts. Il y aura fort heureusement ce twist final, ascenseur émotionnel bien loin du prévisible, qui permettra à tout un chacun de réfléchir, par delà les portes du théâtre, à sa manière d’agir, de réagir face à de telles situations.

Aude Haenni

Un regard parmi d’autres: Jacques Gamblin – Je parle à un homme qui ne tient pas en place

17 janvier 2014. Il y a Jacques Gamblin, derrière l’écran de son ordinateur. Et il y a Thomas Coville, qui tente un record du monde à voile.

Le premier écrit au second. Jour après jour. 18, 19, 20, 21, 22 janvier… La correspondance semble désespérément prendre la forme d’un monologue.

Comme nouvelles de l’extérieur, le spectateur suit sur l’écran géant un point jaune se déplaçant sur la carte du monde, soit la représentation d’un homme uniquement présent sur les mers.

Entre cours de tango, salles de théâtre pleines et reblochon du soir, Jacques Gamblin, lui, raconte sa vie, joue, danse, lance des clins d’œil à la salle. Tout en prenant des nouvelles de Thomas Coville, traçant des parallèles entre leur quotidien. Le quotidien de deux hommes qui ne tiennent pas en place.

La mappemonde traversant le jour et la nuit devient eaux mouvantes. Les images plongent Beausobre dans une réalité, celle de la solitude d’un navigateur. Puis arrive Hélène, la Sainte, la tempête, qui force à l’abandon. Jacques doit trouver les mots, continuer à l’encourager. Ose aborder la surévaluation, et même l’échec que l’on devrait somme toute considérer comme « la victoire à l’envers ».

« Ce que tu m’as écrit m’a sans doute transformé à jamais. »

La réponse de Thomas viendra enfin. Forte et poignante.

Bien que le retour sur terre soit agressif pour le spectateur, tant visuellement que sonore, c’est ce fameux point jaune, fil rouge de l’histoire, lien entre ces deux compères, qui deviendra le point final de ce seul en scène. Une première étreinte, loin des remous. Mais couverte d’applaudissements.

 

Un regard parmi d’autres : Du vent dans la tête

La compagnie Bouffou Théâtre nous ramène sur les bancs d’école avec son spectacle « Du vent dans la tête ». Le décor nous immerge dans une salle de classe, avec de vieux pupitres et un tableau noir sur lequel est écrite la date du jour. Une petite cloche retentit et annonce le début du spectacle et d’une drôle de récréation…

Deux artistes, écoliers pour l’heure, font vivre cette école improvisée qui changera de nombreuses fois de décors et dont les recoins réservent bien des surprises. L’un deux nous explique comment il vivait ses années d’écoles : l’attitude qu’il avait, le cœur qu’il y mettait. Il nous présente ensuite « Hess », sa marionnette aux trous dans la tête. On comprend ensuite que ces derniers l’empêchent de garder en mémoires ses leçons de classe. C’est ensuite que nous faisons la connaissance de Nath, autre marionnette tenue à bout de bras par une autre artiste. On comprend que les deux marionnettes sont amies et bien différentes l’une de l’autre. Tout comme leur propriétaire. Nath a des bouchons dans ses trous dans la tête et une tendance à avoir réponse à tout. Hess, quand à lui, est plutôt rêveur et tête en l’air.

On suit les échanges et les aventures des deux amis. Des voyages improvisés, tantôt sur la mer, tantôt dans les airs, sur de nombreux jouets anciens, nous évadent. Des mélodies, faites de banjo et de percussions, accompagnent ces joyeuses routes. Leur but : trouver le bonnet de Hess, un bonnet d’âne.

Des images de mon enfance apparaissent lorsqu’un des artistes fait de la soupe-à-tout avec l’aide d’une des marionnettes. Un peu de terre, du sable, quelques fleurs du jardin et la soupe est prête. Qui, étant enfant, n’a jamais fait de la soupe-à-tout ?

Dans la salle, chacun d’entre nous est silencieux, attentif, comme captivé, emmené dans l’univers riche qui nous est proposé. Mon enfant intérieur est émerveillé par ce monde imaginaire et l’adulte que je suis sourit des jeux de mots à la pelle dont regorgent les textes. Les nombreuses mimiques des deux artistes font rire. Ceux-là se plaisent, par moments, à jouer l’extension de leur marionnette. On ne sait donc plus qui est la marionnette de qui, où est l’adulte et qui est l’écolier.

La petite cloche retentit et annonce la fin du spectacle… et de la récréation. Je sors de la salle avec mon amie, bras dessus – bras dessous, avec l’envie que la pause se poursuive pour pouvoir encore rêver un peu de voyages et de jeux. Suivre cette aventure nous a fait du bien. Nous avons toutes deux été touchées par les messages bienveillants amenés par les artistes, lorsque ceux-ci nous souhaitent de « bien grandir » ou nous rappelle qu’ « être un âne, des fois, c’est pas bête ». On comprend aussi la force que peuvent être les différentes facultés de chacun-e et l’importance d’en parler.