Catégorie : Humour

Un regard parmi d’autres : Duels à Davidéjonatown

« C’est épuisant ! », lance Artus à l’assemblée, en référence au comportement de son acolyte Julien Schmidt,  soit le cow-boy sourd muet totalement surexcité. La scène est épuisante, ho que oui. Il y aurait d’ailleurs de quoi soupirer et hausser les épaules de dépit à plusieurs reprises dans ce spectacle… et pourtant, le public de Beausobre rit. Aux situations idiotes, au comique de répétition, aux blagues faciles, en dessous de la ceinture et sans filtres. Aux références actuelles également. Car bien que la pièce se joue dans un décor de western, Lorie, Jacques à Dit, Danse avec les Stars, Maître Gims, l’enseigne GiFi ou encore Arnold & Willy s’y invitent. Malgré cela, le fil de l’histoire se tient. Mais celle-ci, tout comme le lieu et l’époque, n’importe finalement que peu. Tout n’est qu’excuse à un n’importe quoi orchestré de la part de la troupe de « Duel à Davidéjonatown ». Près de deux heures d’éclate totale sur scène, où les regards entre les comédiens ne trompent pas, les piques cinglantes non plus. Des spectateurs sont pris à parti, d’autres n’échappent pas à la déambulation rocambolesque dans les rangées. Quant aux improvisations, elles offrent fous rires et instants goûteux – dont une bouteille de rhum remplie d’un liquide infâme apparemment non prévu ! -. Les comédiens tiennent leur(s) rôle(s), parfois improbables, de bout en bout. Le jeu épate, tout comme la disparité des physiques ; impossible de ne pas s’attarder sur ce point, lorsque l’on voit ces deux géants d’Artus et Greg Romano côtoyer Céline Groussard et un Sébastien Chartier d’1m62. Entre taille et obscénité, tout semble pensé – et surtout assumé !

Un regard parmi d’autres: Ben et Arnaud Tsamère ensemble sur scène

Par centaines, les jeux de mots fusent à toute allure entre les deux protagonistes. Plus ou moins poétiques. Plus ou moins engagés. Toujours inattendus, ils rebondissant ici et là, avec une force de frappe stupéfiante et ce, tout au long des histoires loufoques que les deux humoristes sont venus nous conter.

Certains jeux de mots sont si subtils que seuls les plus avertis auront eu la délectation d’en sourire. D’autres si spéciaux, que j’ose avancer qu’ils n’ont pas fait l’unanimité au sein du public.

Qu’importe. Les jeux sont faits. Ce soir, Arnaud Tsamère et Ben (Cédric Ben Abdallah) ont tout osé. Tissant une toile d’humour délicieusement absurde sur laquelle repose leur univers singulier. Le duo d’humoriste se plait en journalistes tirant un portrait jubilatoire au tennis français, ou en enquêteurs sur le recrutement des hackers de la Migros. Ils excellent en voleurs d’iphones dépités face à une victime qui n’a qu’un smartphone en poche. Rejouant avec finesse les débats politiques du second tour, amplis de vide, ils vont même jusqu’à élaborer un congrès démographique des abeilles, qui préfèrent boire l’apéro plutôt que de sauver leur espèce. L’apéritif, impératif, se transforme alors en apérintif.

L’improvisation à toute épreuve des deux complices est à saluer. Osée et assumée, elle a le don de sublimer les sketchs qui s’enchaînent, apportant surprise, inattendu, et jeu avec le parterre. Arnaud Tsamère a particulièrement le don de lancer son sujet, le développant en confidences, puis d’improviser, et de balader le public à sa guise avec une facilité déconcertante. Même pour son compagnon de scène.

«Est-ce que l’on peut refaire un noir svp? Pour se concentrer ? », entend-on plusieurs fois dans un rire étouffé, les deux humoristes, eux-mêmes victimes de leur propre jeu d’hilarité. Des fous-rire complices qui font la part belle à la tendance du stand-up en solitaire.

Le tableau final offert à un public conquis s’est déroulé en allemand et dans un costume d’hyponosaure… Vous trouvez cela absurde ? Pas totalement. Derrière les quiproquos et jeux de mots, les deux acolytes portent avec réalisme un regard acéré sur une société et ses dérives comportementales. Subtilement, ou pas, les journalistes en prennent de leur grade, tous comme les pros de la cybersécurité, les écolos trompeurs, les metteurs en scène, et la langue de bois des politiciens.

Délirant, génial, décalé, animalier, absurde, hilarant, débile, les adjectifs lancés à la sortie du théâtre s’entrechoquent sans que jamais un n’emporte la définition de ce duo singulier.

 

Un regard parmi d’autres « Le Fric » avec Vincent Kucholl et Vincent Veillon

Renversant les règles de bienséance établies dans l’Helvétie, Vincent Kucholl et Vincent Veillon ont osé évoquer, triturer, questionner, celui avec qui on est capable de tout, mais dont on ne préfère pourtant pas parler. Un tabou vieux comme la Suisse: l’argent.

Pire, (ou mieux) les deux humoristes, stars de l’émission « 26 minutes », se sont permis, car avec humour, intelligence et finesse, de poser à son audience la fâcheuse question du salaire. Entre rire et délicieuse indignation Beausobre a préféré laisser l’interrogation flotter dans la salle, gêné devant le sujet qui fait partie, tout comme les draps de lit, d’une intimité, qu’on ne saurait étaler au vu et au su de tous.

Une fois n’est pas coutume, le fric n’a pas joué à cache-cache. Il se déroule comme une grande conférence sur le capitalisme, guidée par un trader zurichois, vêtu du classique combo cravate rouge et costard sur mesure, convaincu des bienfaits du libéralisme.

Les explications exemplifiées à travers le commerce lucratif de la pive, produit phare de l’entreprise Schaffter-pives, alternent avec les sketchs aux accents savoureux du duo complice et complémentaire de Veillon et Kucholl. (Comme les faces recto-verso du billet de 100 francs créé à leur effigie pour l’occasion, le jeu de mot étant gratuit.)

On rit face à un couple homosexuel et valaisan qui ne parvient pas à accorder leurs visions des impôts. On s’esclaffe grâce à la femme d’affaires Borgognon-Mc Kay qui nous présente son appli vide-gren-yeah, ne révolutionnant rien, mais qui est si bien jouée par Vincent Kucholl, que l’on se surprend à retrouver les traits fidèles d’une vieille connaissance de l’économie. On chante à l’unisson et on « laisse l’argent s’en aller car il est liquide » sur les paroles de Samuel Freudiger, membre du groupe Bradaframanadamana. Et puis, on se laisse sangloter, un sourire en coin tout de même, lorsque Jean-Paul Henchoz, agriculteur au Pays d’Enhaut, pense au suicide, acculé par la difficulté d’exercer sa profession dans le monde actuel. Un instant marquant, et témoin révélateur du talent scénique de Vincent Veillon.

Le fric démontre une fois de plus l’audace des deux Vincent à dégoupiller n’importe quel sujet de société, même le plus grave. Et à ne jamais se prendre au sérieux, accumulant les moqueries sur leurs propres recettes avec une salle qui affiche complet ce soir-là.

Beausobre a ri devant la foule de personnages marquants et du modèle économique actuel de la Suisse. Mais pas seulement.  Beausobre a réfléchi face à l’exposition révélatrice d’un tabou. Le fric invite à se questionner sur son rapport à l’argent. Sans imposer le noir ou le blanc. Même au banquier, vêtu d’un costard-cravate, qui m’a accompagné ce soir-là à Beausobre.

Un regard parmi d’autres : “Ary Abittan”

Quand Ary Abittan arrive sur scène et annonce qu’il va tout nous raconter, autant dire qu’il exagère à peine… Après avoir appliqué quelques pas de danse, le voilà qui nous plonge directement dans le vif du sujet en abordant son divorce, « le plus grand luxe du monde » ! Certains s’y seront peut-être reconnus, à enfin pouvoir fumer au salon et sous la couette. Ou à laisser traîner la vaisselle pendant deux ans et demi et les chaussettes sales des semaines – et quand bien même oser les remettre… D’autres auront probablement acquiescé en entendant ses propos sur la famille recomposée, « la plus grande enculerie du siècle », et cette impression d’être à la piscine ou au cinéma alors que tu es simplement chez toi, mais avec des inconnus.

Durant toute la durée de sa « Story », Ary Abittan aura aussi dévoilé des anecdotes sur son père, un Marocain qui parle fort, qui agit avec lenteur et qui décide de tout faire comme son fils. Jusqu’à se divorcer à la même période. Sur sa mère, tunisienne, qui lui achète un manteau Babybel et des Adidas à sept bandes au marché de Sarcelles, qui le force à chanter devant toute la famille debout sur la table en slip trop moulant alors qu’il n’a que sept ans ou qui laisse son fils à l’accueil du grand magasin jusqu’à la fermeture. « C’est ma mère qui a inventé la garderie en magasin ! » expliquera-t-il en riant.

Ary Abittan raconte, interprète des personnages (Ha, l’instant France Inter avec Michel Varuk !), réalise des mimiques improbables, chante, fait part de ses doutes. Nous fait rire avec ces instants volés de sa vie ainsi qu’avec des gags qui volent bien bas. Oui, la thématique des pets est apparemment une valeur sure… D’autant plus quand on imagine qu’il en enveloppe un dans ses mains pour le souffler à la tête du ministre. L’humoriste appelle ça une phobie d’impulsion. Tout comme la claque à l’inconnu, la queue leu leu à l’enterrement. Affreux. Et pourtant, on en redemanderait presque ! Il terminera plutôt son show sur la relation homme-femme et le tombage en amour.

Mardi soir, Beausobre s’est donc transformée en cabinet de psy afin que l’homme puisse se livrer face à une salle comble, réceptive (surtout au fond, vous savez, là où se trouvent les divorcés, les familles recomposées, les Marocains !) peut-être parfois un peu lente… Les personnes interpellées (agressées oserait-on même dire) par le comique s’en souviendront encore longtemps. Il est comme ça Ary Abittan, sympathique, et un brin emmerdeur en même temps.
Aude Haenni

Un regard parmi d’autres : “Claudia Tagbo – Lucky”

Lucky. Chanceuse, Claudia Tagbo l’est. Ou plutôt elle l’a décidé. Notamment après les terribles attentats du 13 novembre qui se déroulent dans son quartier alors qu’elle est en voyage. Depuis, toutes les journées de l’humoriste débutent par la même prise de conscience, la chance d’être en vie. Lucky. Un titre, comme une piqure de rappel pour les spectateurs qui ont la chance inouïe d’être en vie et qui oublient parfois de la savourer. Les plus entêtés à la fortune ont eu la chance de travailler leur veine dans un petit exercice concocté par l’humoriste, qui est parvenue de façon remarquable à faire s’époumoner Beausobre d’une seule voix : je suis chanceux.

Avec ce second spectacle, Claudia Tagbo annonce son envie de prendre le public par la main tout droit dans son univers et de lui transmettre véritablement qui elle est. Un souhait qui s’illustre dès son entrée sur scène. En toute sobriété l’humoriste récite le poème «Femme noire» de Lépoold Sédar Senghor, qui fait partie de son identité et sa culture africaine, sur le son du tam-tam joué par le multi-instrumentiste Julien Agazar épiçant agréablement la soirée. Un début fort en émotion donc, captivant, authentique, qui déroute avec la suite du spectacle, constituée de sketchs, entremêlé de poésie et de danse, pour finir sur un hymne à la bienveillance et au vivre ensemble. Un trop plein de propositions et de ruptures, ainsi qu’une absence de fil conducteur, qui a malheureusement perdu en route quelques spectateurs.

Avec son franc parlé, sa délicieuse attitude de diva, et très proche de son public, Claudia Tagbo livre tout de même une belle prestation. On retrouve ses fameuses envolées hystériques « Répondez-moi, on est pas à la télé ici!». On rit en écoutant les galères de son enfance dans une famille nombreuse qui aime la fête. « Dans une famille nombreuse, ce n’est pas comme au paradis, les premiers sont toujours les premiers ! ». On se reconnait lorsqu’elle évoque les pantoufles du matin placées dans le bon sens de la vie, soit celui de la douche. On se surprend à se moquer de son voisin bobo et sa pierre d’Alun, puis à s’imaginer en célibattante ou en célibâtarde.

A la sortie, le décalage reste pourtant à l’esprit de certains spectateurs. Entre les attentes des gens adeptes de Claudia Tagbo version stand-up, et la proposition artistique du soir mêlant humour, comédie, envolées lyriques et message de tolérance. Une petite amertume qui se dissipe grâce à la présence scénique et l’énergie contagieuse de l’artiste.

Marine

Un regard parmi d’autres : Michael Gregorio

Le plan est simple: faire du bruit pour son anniversaire. Une décennie. Car, voilà 10 ans que Michael Gregorio et sa panoplie de personnalités qu’il fait naître comme personne, arpentent  les scènes  d’Europe, et de Suisse, à l’image de sa venue automnale à Beausobre. Vêtu d’une veste de costard pailleté à vous faire mal aux yeux, les cheveux bouclés à foison, mince, stylé dira-t-on, plutôt petit répèteront les spectateurs, et indéniablement captivant,  on a du mal à croire que cela fait déjà 10 ans que Michael Gregorio, incarne, simule, détourne, revisite, se moque, interprète, ressent, folâtre même, mais avant tout joue. Il l’admet lui-même, chaque fois qu’il est en représentation, il redevient un enfant, les filtres sociaux en moins, la liberté en plus. « On fête mes 10 ans, je suis vieux, et pourtant je porte encore la taille 10 ans en vêtement », ironise l’artiste d’une voix enfantine,  alors qu’il présente son fameux micro vintage corde-à-sauter.

Depuis 10 ans, Michael Gregorio, c’est un peu le meilleur des pires wedding planner de son temps. Des couples improbables se font la cour, se marient, s’embrassent, et s’embarrassent, au son de sa voix. Maitre Gims et Aznavour, Shakira et Cabrel, Grand corps malade et les Bee Gees, Johny Hallyday et Diego… Les mariages improbables décrochent les rires d’un Beausobre exalté. Et puis, les lumières s’évanouissent peu à peu, tout comme les applaudissements, la fougue redescend, on distingue dans l’ombre l’artiste qui fait tomber le masque, adoptant instantanément une autre posture et un autre tempérament, pour se replacer au-devant de la scène, le visage dur. Sur le port d’Amsterdam, Jacques Brel reprend vie, et fait grande impression. On est loin de l’enfant de 10 ans du début, et de ses personnages hilarants. C’est là aussi que réside  la prouesse de Michael Gregorio. Les imitations sont toujours justes, les moments légers et moqueurs s’alternent sans fausse note aux instants émouvants, et absolument vrais.

Michael Gregorio boude un moment, puis se reprend, car «avant 45 minutes de spectacle, je suis obligé de vous rembourser » explique-t-il en riant. Un karaoké géant s’organise, le théâtre n’est plus, c’est la chorale de Morges qui prend place. Le public timide au départ, se surprend à promener de bon cœur sa voix sur des hits du moment, revisités à la sauce Gregorio bien sûr. On sent que la fin de la fête d’anniversaire arrive à grand pas, alors que les 10 bougies s’éteignent sous le souffle de l’artiste accompli. Dernière folie, (on a rarement vu cela à Beausobre) l’artiste se donne le pari de surfer tel une rock star sur la mer des spectateurs du soir. Du premier au dernier rang s-il-vous plait !  Au départ, le plan était simple, faire du bruit pour son anniversaire. Finalement Michael Gregorio a fait bien plus que cela. Happy Birthday !

Marine

Un regard parmi d’autres: Les Franglaises

Vous est-il déjà arrivé de comprendre les paroles en anglais de l’une de vos musiques favorites et de regretter votre insouciance d’antan ? Soudain, vous vous rendez compte qu’elles n’ont aucun sens. Vous qui vous croyiez rebelle, voici que votre chanteur préféré s’appelle Michel Fils de Jean et qu’il interprète « Billy Jean (prononcé à la française bien sûr) n’est pas mon amant».

Vous est-il déjà arrivé d’en rire ?

Alors j’espère pour vous que vous étiez l’un des quelques 850 spectateurs venus applaudir « Les Franglaises », à Beausobre samedi 1er avril. Le concept de ce comeback, ou plutôt de ce « Viens-retour » proposé par les lauréats du Molière du théâtre musical 2015 est simple : traduire mot à mot les plus grands tubes anglo-saxons en français.

Au-dessus des artistes et de leurs instruments de musique, l’enseigne « Les Franglaises » nous rappelait un Broadway miniature. La joyeuse bande s’échauffait encore que déjà mon voisin de fauteuil frétillait d’impatience. On attendait les paillettes, les trémolos, les feux d’artifice et la romance hollywoodienne. Et nous avons été servis, le « Viens-retour » a flamboyé… crépité aussi, lorsque l’enseigne s’est détachée et s’est mise à tanguer au-dessus des chanteurs entre une reprise de « Tourne autour, je tourne autour » des « Garçons Plage » et du fameux hit des « Filles épices ».

Seul petit bémol d’une soirée sinon truculente à souhait : le niveau sonore des voix, parfois trop faibles par rapport aux instruments et qui ne nous permettaient pas de saisir tous les mots. Regrettable, mais pas dramatique tant il m’a semblé que le cœur du spectacle était ailleurs, dans les détails absurdes et l’humour de la mise en scène. J’ai été notamment époustouflée par la fantaisie des costumes ; longues robes bariolées et costumes un peu datés, parfaitement désassortis.

Après un enchainement de chansons plus ou moins sensées et un effondrement grandiose du décor, la troupe déconfite s’est relevée, est montée sur les caisses renversées, a brandi des poings victorieux sur la fameuse chanson de « Reine ». Ainsi, nous a-t-elle rappelé que, quoi qu’il arrive et quel que soit le nombre des syllabes nécessaires : « LeSpectacleDoit continueeeer ! ».

Céliane

Un regard parmi d’autres: Anne Roumanoff

Anne Roumanoff est l’une des élues, l’une des celles qui remplissent les salles de spectateurs (qui ont payé avec du vrai argent pour aller les voir, précisons-le), les font rire et recommencent année après année.

C’est l’une des très rares incontournables du paysage francophone. Et j’avais réussi à toujours la manquer. Et elle venait à Beausobre. Le plan parfait. Alors en prenant place dans mon cher fauteuil jaune, je me demandais bien quelle verve avait valu une telle renommée à la “tornade rouge”. Ne passons pas par quatre chemins, parce que c’est le printemps et que vous avez certainement des pieds à aller tremper dans le lac ou un potager à chouchouter, je vais vous révéler toute de suite son petit secret : quelle joie de voir un one-(wo)man-show qui ne soit ni « benêt », ni gorgé de vitriol, mais tout simplement… drôle !
Son dernier spectacle « Aimons-nous les uns les autres » est un savoureux fourre tout où se rencontrent dette grecque et phobie administrative, Jean-Claude (avec un “A”, bah oui, parce que sinon ça ferait « Jean-Clude ») et la louve Marine, jeux de mots, jeux de rôles, et jeux de pouvoir.

La jeune quinquagénaire a croqué à pleines dents dans ses personnages hauts en couleur (surtout les plus vives, bien sûr) et leurs petits travers. Dans la politique française aussi, dont elle retrace les luttes dans un conte animalier de son cru. On y trouve le paon tombé du trône (sur lequel il n’est d’ailleurs jamais monté), le gras cochon, la fausse brebis. Et puis le pigeon, comment l’oublier, catapulté chef de clan à sa plus grande surprise.

Car qu’elle réinvente la téléréalité, transforme les campagnes politiques en basse-cour ou se glisse dans le lit d’un couple en mal de libido, Anne Roumanoff le fait avec acuité et finesse, mais sans cruauté, toujours à la recherche d’un terrain fertile où ses bons mots pourront s’ébaudir en toute liberté. Incontournable, c’est moi qui vous le dis.

Céliane

Un regard parmi d’autres: Olivier de Benoist

“Bonsoir Messieurs”! Si certains s’attendaient à un spectacle lors duquel Olivier de Benoist aurait décidé d’épargner les femmes, il n’aura fallu qu’une phrase pour leur indiquer que la gente féminine allait à nouveau se trouver au cœur de l’heure et demie que l’humoriste réservait au public de Beausobre. Mais pas que.

Sur une scène sobre, simplement équipée d’une table sur laquelle reposent quelques objets et accompagné d’un « assistant » nommé Torek (ou était-ce Tarek ?), Olivier de Benoist a livré une performance à très haut débit. C’est d’ailleurs ce qui m’a toujours fasciné chez cet humoriste. Il arrive à imposer un rythme extrêmement percutant et ainsi maintenir une très forte tension en alignant les blagues les unes derrières les autres. Et le public suit celui qui est aussi magicien dans un mélange d’anecdotes et d’histoires vraies ou fausses remplies d’une délicieuse mauvaise foi.

Ce qui fait mouche, c’est cette faculté qu’Olivier de Benoist a à choisir un champ lexical et y puiser tous les jeux de mots possibles et imaginables. Qu’il s’agisse de la mort de sa belle mère, de l’apparence physique de sa femme ou de ses débuts de carrière dans l’humour, aucune limite ne semble se dresser sur son chemin. On rit très souvent, parfois en cherchant une certaine approbation auprès de son voisin. Car ce soir, on peut rire de tout. La pire atrocité est aussitôt tempérée par ce sourire malicieux qu’arbore l’humoriste à la fin de chaque vanne. Et le public en redemande.

Si le comédien se plait à rire des femmes, il consacre également une partie de son spectacle à d’autres thèmes, notamment la politique française. A cet instant, on sent malgré tout que la salle est moins réceptive aux diverses allusions et sous-entendus, diminuant ainsi de manière passagère l’intensité de la représentation malgré l’énergie donnée par Olivier de Benoist. Une perte de souffle cependant de courte durée, avant un final très proche du public. Car l’acteur aura, tout au long de sa représentation, communiqué de manière directe avec son audience, réagissant aux nombreuses phrases prononcées par un public qui avait immédiatement compris qu’il n’existait aucune barrière entre la scène et lui.

Guillaume

Un regard parmi d’autres, les «Pulsions» de Kyan Khojandi

Pulsions. Un titre bref – normal puisque c’est Kyan -, un titre mystérieux, intriguant et effrayant à la fois… Mais Khojandi sait doser.

Le ton est donné d’entrée de jeu, on parlera sexe. Parce que la pulsion sexuelle, c’est la pulsion la plus difficile à gérer. Dévorante, irrépressible, embarrassante. Nous sommes prévenus: c’est là que les plus jeunes sont censés se boucher les oreilles… et les parents se préparer mentalement à une «petite discussion» à l’issue du spectacle. Il nous parle franchement, Kyan. Il conseille, dédramatise et dévoile «malencontreusement» le secret d’un amour qui dure, si cher à la gent masculine.

C’est là où l’humoriste raconte les déboires de ses 20 ans.

Il parle de la pulsion d’amour. Celle qui rend fou et réduit les distances en un claquement de doigts, qui nous fait faire des choses incroyables qui nous rendent incroyablement minables, qui fait monter très haut et descendre très bas, «les montagnes russes quoi!». Avec Kyan on imagine bien «le petit chimiste de notre cerveau» s’emmêler les pinceaux en mélangeant les hormones, les sentiments, les doses de «drogues». La pulsion d’amour c’est la plus belle et la plus délicate, «gardez vos pulsions d’amour pour ceux qui les méritent vraiment», avise-t-il.

Parce que quand ça ne va plus, celle qui débarque, c’est la pulsion de violence. Celle qui ronge et nous transforme. Au travers de cette pulsion, Kyan se livre, il parle de famille, il parle du comportement de nos proches. De son agacement envers les égoïstes qui se disent «amis» et ne savent pas honorer leur rôle. Il parle haine, il parle vengeance et l’on s’esclaffe d’un rire teinté d’horreur quand il nous raconte ses plans délirants et machiavéliques. Parce que dans la vie, «il y a des gens, tu crois que c’est des gens bons alors qu’en fait c’est pas des gens bons».

Une chose est sûre, Kyan Khojandi sait trouver les mots et personnifier les sentiments. Chaque comparaison, chaque imitation fait écho à un souvenir concret si bien qu’on en arrive à se demander «mais comment il sait?!». Kyan vise juste. Il fait rire mais aussi réfléchir, «sans vouloir plomber l’ambiance, hein!». Parce qu’avec lui, à chaque pulsion sa moralité.

Julie