Catégorie : Humour

Un regard parmi d’autres: AVRAC on tour

Prenez un contenant vide. Glissez-y une poignée d’idées griffonnés sur des morceaux de papier déchirés. Ajouter deux Vincents, un Didier, Christophe et Pierrick. N’oubliez pas une pincée de féminité avec Virginie et Cécile. Attendez que la cloche sonne. Et puis savourez près de deux heures d’impro.

L’impro à la sauce AVRAC c’est la franchise dès le début. Avec un Kucholl tout sourire qui vanne un millier de spectateurs, sans hésiter: «46 francs pour un spectacle qui n’a pas été écrit et en plus on vous a fait bosser pour proposer les sujets… ah la soirée de merde!».

Puis le premier thème tombe, mais ne rassure pas: la primaire de la droite française. Comme mise en bouche, on s’attendait à plus croustillant. La cloche retentit. Retour en préhistoire, avec des premiers hommes qui braillent de manière inspirée. Criant de vérité. La salle glousse.
Deuxième billet: Donald Trump. Nausée.

Décidément. Second retour en préhistoire: visiblement le «grab them by the pussy» avait déjà inspiré les plus fins de l’époque. Fracas de rire dans le public. C’est décidé, le dessert sera retardé au maximum.

Mais comme dans tous les repas entre amis, tout va très vite. Les sept comiques enchainent. On rencontre un Valaisan sans accent qui a réussi. Un papa qui va au bébé-nageur «juste pour mater». Un couple d’homos en pleine action. Puis, le nucléaire, c’est sympa, c’est bon pour la santé. Et encore tous les chemins qui mènent aux Roms. On frôle le premier degré, le second et tous ceux qui s’en suivent.

Entre chaque tintement, la troupe nous sert de pétillants rafraichissements. Un rasta-Veillon. Des tubes comme «Les mendiants à Lausanne» ou le très engagé «Nucléaire te laisse pas faire» rythment les entrées et sorties des improvisateurs.

Et là, frisson. Le moelleux est servi. Le dernier thème résonne comme un avertissement: 5 minutes après la fin du monde. 5 petites minutes. C’est l’impression qu’a laissée cette soirée. Trop courte. La recette AVRAC a ravi les papilles. Et l’avantage c’est qu’avec cette formule, la carte surprendra même les habitués.

Bayron

Un regard parmi d’autres: Ils s’aiment depuis 20 ans

Au premier abord, Ils s’aiment depuis 20 ans n’est rien de plus qu’un condensé d’Ils s’aiment, Ils se sont aimés et Ils se re-aiment. Une manière comme une autre pour le binôme Pierre Palmade/Michèle Laroque de célébrer sa création initiale de 1996, de se retrouver sur les planches et de s’associer à nouveau à Muriel Robin, metteuse en scène et plume des deux premières pièces.

Durant plus d’une heure trente s’enchaînent ainsi une dizaine de sketchs, à un rythme effréné. Dans un décor minimaliste, tout en modernité. Le mariage, le permis de conduire, Gérard et Toinette, Noël chez les parents, le flag, coup de fil d’une nuit… Le public découvre, redécouvre, retrouve ces tranches de vie, ces engueulades de ce couple mythique. Humour intemporel, où rires et applaudissements sont de mises.

Et pendant ce temps-là, le spectre de Pierre Palmade plane au-dessus de nos têtes. Ce soir, Muriel Robin prend sa place.

Bien plus que quelques morceaux choisis des précédents spectacles, on oserait dire qu’Ils s’aiment depuis 20 ans surfe sur la thématique du couple dans notre société actuelle. L’échangisme n’est pas au programme, mais le trio se mélange, au fil de la tournée. Palmade-Laroque se quittent quelques soirs pour offrir un nouveau duo de choc: Laroque-Robin ou Robin-Palmade.

A Beausobre, les spectateurs n’ont pas eu le choix. Isabelle et Martin sont devenus Isabelle et Mathilde. Et c’est tant mieux.

Michèle Laroque, l’éternelle Isabelle, débite ses paroles avec la même fougue qu’il y a vingt ans, elle qui a joué ces scènes maintes et maintes fois. En face, le visage, la voix de Pierre Palmade s’effacent petit à petit au profit de la moue et des mimiques de Muriel Robin. On s’y habitue, on ne fait plus le rapprochement, même si l’on se raccroche aux textes qui n’ont pas été réécrits pour l’occasion. La comédienne se les réapproprie, tout simplement. Et on apprécie. On se laisse transporter dans ces scènes quotidiennes de ce couple de lesbiennes qui ne cachent pas leur plaisir de se balancer des horreurs.

Pourtant, au Paradis, Isabelle et Mathilde crient en cœur : « Elles se sont aimées ! » Rien n’est sûr… La standing-ovation prouve, elle, que le public les a aimées le temps d’une soirée. Et peut-être bien encore pour les vingt prochaines années.

Aude

Un regard parmi d’autres, chronique d’une spectatrice sur «Salut Salon»

Ce matin-là, à la surprise générale, le controversé Donald Trump avait été élu Président des Etats-Unis et j’avais passé la journée dans une sorte d’hébétude terrifiée. Sur le chemin du Théâtre de Beausobre, une pluie lourde et glacée avait tenu à m’accompagner, rebondissant sur ma doudoune et s’acharnant à faire frisoter mes cheveux avec un zèle sans égal. L’extase, donc.

Ce soir-là, le quatuor à cordes « Salut Salon » jouait à Beausobre. Ce spectacle d’humour musical était interprété au piano, au violon (le premier et le second violons se livreront ainsi une guerre sans merci et hilarante) et au violoncelle… agrémenté de quelques notes de xylophone et même de flûte.

À peine le rideau levé, les quatre musiciennes nous ont invités avec virtuosité à un safari empreint de fantaisies zoologiques. Peut-être était-ce la faute à ma fébrilité qui peinait à retomber, mais j’ai tout d’abord eu de la peine à trouver un équilibre à ce spectacle, partagé entre un répertoire très classique et la douce folie qui se dégageait de ces drôles de dames au délicat accent allemand.

Il a fallu attendre que le rythme s’accélère et que les jolies absurdités affluent, des nez de clown aux masques vénitiens, pour que je me laisse emporter dans leur voyage à travers le monde, au fil des carnavals animaliers le plus délirants. Les quatre interprètes de « Salut Salon », encouragées par un public enthousiaste, n’ont craint ni le ridicule ni l’originalité, allant jusqu’à entonner une musique pop en chinois, ou la mélodie de la danse des canards (chorégraphie en prime), et je dois bien avouer qu’entendre « Le coq est mort » gaillardement interprété en finnois a achevé de reléguer au second plan la désespérante mèche blonde.

Malgré la difficulté de l’exercice que représente mêler musique classique et humour, ces quatre artistes généreuses nous ont fait cadeau de leur bonne humeur sincère et contagieuse, de leur talent et de leur féminité assumée, et c’est ce que l’on pouvait nous offrir de plus important en cette soirée du 9 novembre 2016.

Céliane

P.S. Après avoir vu ces artistes nous donner tellement sur scène, et avec une complicité non feinte, on ne s’étonnera pas que ces quatre virtuoses au grand cœur s’engagent non seulement pleinement dans leur musique, mais aussi dans des projets sociaux, pour les enfants chiliens notamment, à découvrir sur leur site internet officiel.

Un regard parmi d’autres: Eric Antoine dans Magic Délirium

Il m’a fait sursauter, son rire strident. Le frisson revient chaque fois, pourtant je connais l’humoriste et son cri d’illuminé. La première vanne a retenti avant même le début du spectacle: la cadence était donnée. Sa voix s’est élevée comme par magie sur un fond d’ACDC, dans une salle déjà chauffée à bloc, avant que la lumière ne s’éteigne. Nous étions partis pour une heure et demie d’illusionnisme et de tapes sur la cuisse.

Dès l’ouverture des rideaux, je remarque que le titre « Magic délirium » colle parfaitement au show. Eric Antoine nous accueille… nu dans une baignoire pleine de mousse (la mousse cachait tout ce qu’il fallait cacher): « Salut les pauvres! Ah non c’est vrai… on est en Suisse! » Une baignoire magique puisque c’est à partir d’elle que sont apparus l’un après l’autre, avec palmes et tuba, le fameux assistant Bernard vêtu de noir, une sirène en chair et en os – tous deux joués par la femme de l’humoriste qui milite pour l’association « assistantes mais pas soumises » – et, une pieuvre en plastique.

Des tours de magie, il en avait. Certains effrontément grotesques ou ratés, pour chatouiller le public et tromper ses attentes. D’autres brillamment réalisés à coup de cartes, de colombes ou de catalogues Ikea, laissant songeur. Mais plutôt que de « tours de magie », mieux vaut parler de « numéros de prestidigitation ». Car Eric Antoine l’a très vite annoncé, brisant le charme: « la magie, ça n’existe pas, ce qui existe, ce sont les croyances provoquées par l’illusion. » Après tout, c’est un « escroc honnête » puisqu’il nous le dit.

Philosophique, sadique mais tendre, Eric Antoine, qui prie le « dieu périnée », semble définitivement fêlé. Mais c’est pourtant les spectateurs – moi inclue – qui m’ont paru délirer le plus. En effet, plus l’humoriste s’amusait à martyriser son public – y compris les enfants, plus le public appréciait et en redemandait! Le tortionnaire a en effet pris plaisir à passer dans les rangs pour enguirlander sous toutes les coutures ses fans ravis, essuyant son front dégoulinant avec leurs écharpes, lançant des « tu te calmes ! », « c’est bien la manière dont tu t’exprimes avec du textile », « il faut bien laisser travailler les petits Syriens », « 8 ans? Excellent, on va le traumatiser », au beau milieu la salle hilare du Théâtre de Beausobre.

Pour réaliser ses tours, comme pour générer le rire, Eric Antoine utilise la fameuse technique illusionniste du détournement de l’attention. Et presque à chaque fois, je suis tombée dans le panneau.

Lysiane