Catégorie : Hypnose

Un regard parmi d’autres: « Messmer »

Messmer, cela fait bien longtemps que je connais son nom. Une vraie célébrité des milieux francophones, ce québécois a enchainé les spectacles, plateaux et émissions de télévision depuis plusieurs dizaines d’années et mercredi 19 décembre, il se déplaçait au Théâtre de Beausobre pour nous « fasciner ».
En effet, Messmer ne se décrit pas lui-même comme un « hypnotiseur » mais comme « fascinateur ». Déjà un premier élément provoquant mon scepticisme. L’hypnose m’a toujours fasciné, car pendant longtemps, je n’y croyais pas. Mais pourquoi autant de gens se disaient et se montraient « réceptifs » ? Un jour, ma mère m’a parlé de hypnothérapie, utilisée en psychothérapie, en pédiatrie, en obstétrique et même durant des anesthésies. Alors, je me suis renseignée et j’ai commencé à y croire. Ayant donc essayé plein de « tests de réceptivité » sur internet qui n’avait pas du tout marché, j’étais donc impatiente de voir si le fameux Messmer réussirait à m’hypnotiser.
Visiblement, je n’étais pas la seule. En arrivant au théâtre, ma mère, qui m’accompagnait, et moi-même étions stupéfaites de l’agitation palpable dans l’air. Sorte de frénésie qui semble se retrouver dans les sectes, où Messmer serait notre gourou. Etrange similarité qui ne quitta pas un coin de ma tête tout au long de la représentation et qui persiste encore aujourd’hui. Messmer entre en scène à la façon d’un showman américain des années 2000 : musique dramatique, flammes projetées sur certains écrans et, sur d’autres, une vidéo annonçant les exploits et l’arrivée du « grand fascinateur » sur scène. Cette mise en scène rajoutait à l’agitation ambiante avant même qu’une seule personne ne soit hypnotisée.
Après avoir donné quelques explications sur l’hypnose et sur son parcours professionnel, Messmer invite la salle à passer un test de réceptivité et demande à chacun de serrer ses mains au dessus de la tête. Dubitative et sur mes gardes devant cet homme qui m’apparaît comme un gourou, je reste curieuse de voir si je passerai ce test. Mains au dessus de la tête, j’exécute les demandes de Messmer, je serre mes mains de plus en plus fort jusqu’à ce que le fascinateur nous propose d’essayer les détacher. J’y arrive immédiatement. Pourtant, je vois plusieurs dizaines de personnes dans la salle qui n’y arrivent pas, et Messmer leur propose donc de monter sur scène.
Seulement une partie s’y rend et pourtant, la scène est quand même remplie. Le show continue, il hypnotisera plus de 30 personnes sur scène durant les deux heures de spectacle, leur demandant tour à tour de s’endormir, de danser le limbo ou encore de jouer en tant que Paul Stanley, fameux chanteur et guitariste de Kiss. Je commence à rentrer dans le spectacle, autant hilare qu’impressionnée par ce qui est en train de se passer sous mes yeux. Mais mes appréhensions sur l’éthique d’un spectacle d’hypnose reviennent à la surface très vite. Tout d’abord, le fascinateur choisit deux femmes qui expliquent avoir terriblement peur des araignées et des serpents, les endort et leur demande de trouver une clé dans un bol soit disant rempli d’araignées et de serpents (alors que celui-ci est en réalité rempli de collier en fleurs) au risque de rester bloquées dans la salle avec ces animaux. Les deux femmes, tremblantes de peur et les larmes aux yeux, s’exécutent. Et Messmer ne s’arrête pas là. Plus tard durant le spectacle, il suggère à une jeune femme que la chaise où elle est assise « l’amène au septième ciel ». Elle commence donc à se trémousser sur la chaise, à gémir et susurrer des « oui » à chaque question qui lui étaient posées. Là, la question du consentement commence à réellement me démanger.
En sortant de la salle, le moins que je puisse dire c’est que j’étais bouleversée et confuse. Est-ce que j’y crois réellement ? Si oui, crois-je à l’hypnose en spectacle? Et si c’est le cas, suis-je d’accord avec l’idée d’exposer des personnes qui n’accepteraient pas forcément de faire certaines choses sur scène si elles n’étaient « hypnotisées »? En quoi Messmer se différencie-t-il d’un gourou, dictant les comportements de personnes, leur faisant voir des choses imaginaires en les passant pour réelles par l’emprise mentale ?
En tout cas, le public morgien en est sorti bouche bée, comme à la sortie d’une expérience surnaturelle.
Nina Rast

Un regard parmi d’autres: chronique d’une spectatrice sur «Intemporel» de Messmer

L’hypnose. Ce mot provoque souvent une réaction forte : l’étonnement, l’amusement détaché, l’effroi parfois ou encore la curiosité.
Messmer, performer québécois, professionnel de cette discipline mystérieuse, présentait son spectacle ¨Intemporel¨ la semaine dernière à Beausobre.

En ce qui me concerne, j’étais arrivée on ne peut plus calme à ce rendez-vous avec l’homme capable d’envoûter même les stars, plus inquiète à l’idée de m’ennuyer devant un show d’hypnose qu’à celle de finir sur scène, en posture de danseuse hawaïenne ou de dinosaure gourmand.

Pourtant, dans la file d’attente, j’entendais mes futurs petits camarades d’aventures hypnotiques trépigner d’impatience, se posant en boucle la même question : est-ce que tu as peur ? Cela s’annonçait plus réaliste que prévu.

Après une introduction ¨à l’Américaine¨, appuyée par une musique tonitruante, des effets de lumière et un spot vidéo vantant la renommée et le talent de l’artiste, Messmer, accompagné de son apprentie et assistante, remportaient leur première victoire : les sceptiques, les parents venus « pour faire plaisir aux enfants » étaient remis à leur place, car il se présentait comme le maître incontesté de l’hypnose et nous avions « le privilège » de le rencontrer. D’entrée de jeu, nous nous devions donc d’être époustouflés. Et le pire, c’est que ça marchait ; je commençais moi aussi à ne désirer qu’une chose : « réussir » à être emportée par mon subconscient.

Je me suis donné toute la peine du monde, collant mes paumes bien fermement l’une contre l’autre, les pieds au sol comme demandé par mon gourou d’un soir… mais rien du tout. Mes mains se sont décollées comme par magie (ou manque de magie, apparemment) : je n’étais pas réceptive. C’était bien fait pour moi et mon air narquois, j’allais devoir me résoudre à rester en pleine possession de mes moyens et admirer en simple spectatrice les prouesses des spectateurs aptes à plonger dans les recoins les plus reculés de leur esprit.

Messmer a invité des personnes receptives à le rejoindre sur scène. Bien sûr, certaines parmi elles semblaient être montées à ses côtés surtout pour « faire le show », mais après un rapide «tri », Messmer s’est constitué une équipe d’une quinzaine de personnes, qu’il s’est empressé de faire plonger dans le sommeil.

C’est au moment où un jeune homme que je connaissais s’est littéralement endormi debout sur les planches, que j’ai commencé à être troublée. Puis, lorsque Messmer lui a demandé de se mettre en position fœtale, puis de ramper, de téter le sein de sa mère (sein imaginaire bien sûr) ou encore de souffler les bougies d’un gâteau d’anniversaire tout aussi inexistant, et que le jeune homme s’est executé, je me suis interrogée : et si c’était vrai ?

Et si ce retraîté se prenait vraiment pour un kangourou ? Et si cette jeune femme paniquait vraiment à l’idée de ne pas retrouver ses jambes ?

Certes, tout comme moi, ils avaient commencé par être consentants, mais, comme Messmer nous l’indiquait régulièrement, ils étaient tout à fait conscients de ce qui se passait autour d’eux, quoiqu’incapables de se dépêtrer de ce sortilège. Précisons tout de même que tous les participants ont assuré ne pas se sentir mal du tout, mais au contraire très paisibles. Un peu mal à l’aise, je ne quittais pourtant pas la scène des yeux.

Ma première voisine s’est levée et a quitté la salle avant l’entre-acte. Celle du fauteuil d’à-côté, en revanche, riait et battait des mains vigoureusement. J’étais tenue en haleine, bouche bée.

En retrouvant le grand air à la fin du spectacle, certains étaient pliés de rire, d’autres, comme moi, semblaient encore ne pas pouvoir croire à ce qu’ils venaient pourtant de voir de leurs propres yeux et n’avaient pas l’air sûrs de trouver cela vraiment amusant. Mais je n’ai plus vu personne avec un sourire narquois.

Céliane