Catégorie : Musique

Un regard parmi d’autres : Zazie

Zazie est une nuit de festival, lorsque les rires nous tiennent éveillés sous une grande tente et que l’on s’endort à l’aube dans le pull de sa meilleure amie. Et puis il fait jour, un nouveau concert nous attend. Alors on enfile sa tenue préférée et ses baskets les plus confortables, prêts à se souvenir de ce qui nous attend. Avec « Essenciel », l’auteure-compositrice-interprète a enveloppé Beausobre dans son concert à la fois intime, inquiet, et enjoué.

Avant d’être une artiste, elle est un Homme de Cro-Magnon qui s’étonne de ne pas se distinguer des autres primates. Tous font la guerre, ou, comme la narratrice de sa chanson « J’étais là », ne font rien pour l’empêcher. Zazie entend les cœurs se briser, et le sien continuer de  battre dans son coin douillet. Enrageant de se sentir impuissante, elle monte sur scène pour défier notre barbarie quotidienne.

A son cœur, cet organe « flambant vieux », elle adresse aussi «Speed », single de son dernier album. Elle y livre une nouvelle bataille, celle contre l’encroûtement. Elle explique ainsi dans une interview pour le Parisien : « Je voulais faire cette chanson comme un massage cardiaque ». La quinquagénaire se voit, « pas tout(e) neu(ve) », et se murmure de ne pas rapetisser :

« Allez, quitte ce corps sage
Bats plus vite que ton âge »

Puisqu’elle le murmure dans un micro, le public rajeunit avec elle. Aux premiers rangs, des yeux émerveillés et connaisseurs engloutissent la chanteuse ; ils la suivent depuis des années, voire des décennies, et ont appris à mieux se comprendre grâce à ses chansons. Le rythme s’accélère, s’affole même, et on dirait que les poitrines des fans se gonflent et éclatent. Quelques bustes se balancent, des lèvres connaissent les paroles, mais on ne se lève pas encore. Seule l’anti-diva tourne et ondule, trébuche, rigole, et danse. Elle ne nous demande pas de nous dandiner comme des enfants à une fête d’anniversaire. Elle n’est pas animatrice et, si elle nous parle gentiment, elle ne nous force pas à lui répondre. Qui l’aime la suive. Et il se trouve que Beausobre l’aime, et se lève aussi.

Elle laisse son public libre d’être qui il veut, mais elle-même, peut-être désireuse de plaire, peut-être intimidée, s’égare quelques secondes dans des minauderies. Sa gestuelle est parfois clinquante, qu’elle porte une main à son chapeau ou la glisse à la bordure de sa poche avant. Le décor, un simple accordéon de panneaux vierges, se retrouve scintillant de flammes électriques, dans lesquelles se découpe la silhouetté de celle qui a écrit « Allumer le feu » pour Johnny Hallyday. Mais si on la regarde attentivement, on remarque heureusement que, derrière ses doigts lourds de bagues, s’étire un demi-sourire.

Avec soulagement, on voit le naturel revenir au galop, celui d’une femme qui invite son public à danser, sans les tirer par le bras. D’une star qui prête attention à ses musiciens, peu importe s’ils sont dans l’ombre, et qui remercie techniciens ainsi que chauffeurs de camion de tournée. D’une Zazie qui, à onze, cinquante-cinq ou cent-huit ans, continue de vouloir découvrir le métro, ou au moins, de grandir en chemin.

 

Céliane De Luca

Un regard parmi d’autres : « Du classique au Jazz », avec Jean-François Zygel et André Manoukian

Le théâtre, c’est pour les vieux, le jazz, pour les ascenseurs, et le classique, ça n’est plus pour personne. J’ai vingt-trois ans, aucun attachement particulier aux ascenseurs et la seule mélodie que je sache jouer est « Do ré mi la Perdrix ». Le spectacle d’improvisation des pianistes et compositeurs Jean-François Zygel et André Manoukian, aurait donc dû me laisser sur la touche. Voir deux prodiges se lancer des piques musicales et se taper mutuellement dans le dos de leurs mains de virtuoses me semblait un bon moyen de me rappeler que, même « Do ré mi la Perdrix », je ne le joue qu’à un doigt. Pourtant, j’ai aimé ce spectacle et m’y suis sentie à ma place. Comment ont-ils réussi à mettre leur duel à ma portée sans sacrifier leur talent ?

C’était la troisième fois que je voyais Jean-François Zygel sur scène, cette ébauche de familiarité m’a permis d’aborder ce spectacle plus curieuse qu’intimidée. Un nouvel élément venait néanmoins ébranler mon assurance : André Manoukian. L’introduction de cet adversaire avait fait jaillir une appréhension; avec deux talents pour une seule scène, le duel artistique se transformerait-il en concours de popularité ? En arrivant à Beausobre, j’ai traversé la route surchargée de voitures et imaginé la foule qui se densifiait. Je me demandais si Zygel et Manoukian n’allaient pas être tentés de se disputer non pas l’estime du public, mais son affection. Sans espérer voir les touches se rougir du sang des pianistes, prêts à tout pour faire forte impression, je craignais que la salle pleine ne se transforme en caisse de résonance flatteuse. Une heure et demi plus tard, je descendrais cette même route, rassurée, encore vibrante de leurs mélodies.

J’avais sous-estimé les duellistes en redoutant qu’ils ne s’improvisent clowns, quand ils voulaient seulement être des musiciens. Ils avaient doublé leur charisme pour mieux servir leur art, et non l’inverse. Ils disaient « Jean-Seb » pour Jean-Sébastien Bach et se chamaillaient pour un accord, comme si tout cela n’était qu’un jeu sans enjeu. Ils ont fait semblant de se disputer pour leur honneur, mais  c’est pour celui la musique qu’ils le faisaient. Elle était la muse et l’instrument, ils avaient passé leur vie à l’aimer et à essayer de la comprendre. Ce soir, ils nous présentaient leur bien-aimée.

Alors oui, ils ont glissé « Mozart » et « périnée » dans la même phrase, et le public a ri, moi la première. André Manoukian a fait des plaisanteries de petit coquin, invariablement accueillies par une moue de surprise du raisonnable Zygel. Comme on l’attendait d’eux, le jazzman a joué les attachants trublions et le pianiste classique s’est tenu bien droit, à l’aise dans son rôle de voix de la raison. Mais ils ne s’utilisaient pas l’un l’autre pour nous plaire. Ils se montraient une admiration, publique peut-être, joueuse certainement, mais aussi sincère. Ils trépignaient et se chahutaient, pas pour avoir la meilleure place, mais pour en créer une plus grande pour la musique.

Ils s’infiltraient dans un air célèbre, bondissaient dans son rythme pour mieux le déconstruire, puis le noircissaient d’accords mineurs. Assise au fin bord de mon siège, je guettais les mélodies, avec l‘impression  d’être capable moi aussi d’en inventer une. J’avais oublié mes goûts pop et le prestige de Zygel et de Manoukian. Ils ont raconté comment la première note appelle la deuxième, et comment toute la mélodie les suit naturellement. Pédagogues sans pédanterie, ils ont laissé le public comprendre, sans se barricader derrière du jargon, et lorsqu’ils ont fait monter plusieurs personnes du public sur scène, ils n’ont pas eu l’air de se sacrifier. Ils avaient ouvert leurs pianos et nous avaient laissés nous y tapir et tendre l’oreille, bienvenus dans le ventre de bois.

Inspirée par cette soirée d’humilité généreuse, j’ai décidé de moi aussi faire preuve de mansuétude et de conclure cette chronique en partageant avec vous mes talents de musicienne :

Do, ré, mi, la perdrix,

Mi, fa, sol, prend son vol,

Fa, mi, ré, dans un pré,

Mi, ré, do, au bord de l’eau.

 

Maintenant, à vos instruments.

Céliane De Luca

Un regard parmi d’autres: Christophe

Pour moi, Christophe se résume à Aline et Les Mots bleus – honte à moi, oui, vous avez le droit, fans de la première heure ! –, réminiscence d’après-midis forcée passée à écouter Radio Nostalgie en famille. Je ne me suis jamais intéressée au personnage, je n’ai pas tellement envie d’être là ce soir. Quelques professionnels de la musique m’ayant convaincue que l’artiste en valait la peine, me voici donc calfeutrée dans le fauteuil orange, à attendre, circonspecte. D’autant plus qu’à 20h45, soit 15mn après l’heure indiquée, Christophe n’a toujours pas fait son entrée sur scène.

Affublé de bottes de cow-boy, lunettes de star, cheveux longs, il fait finalement son apparition: « j’ai monté l’escalier en courant! » L’entrée annonce la couleur, chaleureuse. C’est vers un piano que le chanteur se dirige pour quelques blablas suivis des paroles anglo-francophones de Lita. Ce soir, Beausobre part en balade, nous explique-t-il. Aparté – le premier d’une longue série – afin d’expliquer le déroulé de la soirée, divisée en plusieurs périodes. Résumé ;

  1. « Couleur de nostalgie »: sous les applaudissements, voici que s’élèvent les premières notes de la Dolce Vita. Christophe enchaîne, dans une ambiance feutrée, des classiques. Ma cavalière, Succès fou… « Ici, je suis comme chez moi, je passe du bon temps! », et qu’importe les erreurs, ici et là. Comme à la maison quoi.
  2. « 2015 : Vestiges du Chaos »: pour faire découvrir et pour ceux qui aiment cet album, le chanteur quitte son piano pour ses synthés, installés au centre arrière de la scène. Rythmique, électronique, scénographie stroboscopique. Beausobre se transforme en club underground, ambiancé à 4h du mat’.
  3. « Coucou aux guitares »: celui qui nous expliquait en début de concert qu’il ne travaille ses guitares qu’en live passe ainsi côté jardin pour gratter un peu. Mais « pas de concert de blues » pour autant, « je suis venu chanter mes chansons ». Petite fille du soleil pour ne citer qu’elle. Instant musical en douceur, couplé à des informations sur son second volume de reprises, uniquement composé de duo, où Christophe s’est à nouveau bien entouré. Vivement l’écoute d’Aline par Philippe Katerine !
  4. « Période d’improvisation. Ou pas!»: il se dit décalé du format. La preuve en est lorsqu’il abandonne ses instruments, un verre de whisky à la main, pour nous raconter, à son bureau d’écolier, des histoires, son histoire. « Inventeur d’histoires pour se jouer de la vie », comme il l’explique. Ode au mensonge, à l’intime. Comme lorsqu’il nageait enfant dans les épingles de sa mère, couturière. D’où « l’audio-bio » des Marionnettes qu’il s’empresse de jouer au public, ravi de l’entracte musicale. Entracte suivie d’une narration – enjolivée ou non, on ne le saura jamais – du quotidien de ses grands-parents.
  5. « Métissage sonore improvisé »: retour au piano, entre calme, absurdité (une danse avec la chaise à son, une panne technique n’en étant pas une), instant psy, Les Paradis Perdus, La petite fille du 3ème, puis Aline, forcément. C’est encore plus proche de son public que Christophe joue ses derniers instants, en lui offrant la possibilité de choisir les ultimes titres ; réclamés par les cris, Les mots bleus, Parle lui de moi, Je l’ai pas touchée, Daisy, Bevilacqua… s’arrêtera-t-il donc un jour ? Au moment de lancer des Smooshy Mushy achetés en station-service en direction des spectateurs… Minute improbable, et de loin pas la seule ! Le rappel ne viendra pas, il nous avait averti : « Les rappels, c’est démodé ». C’est sur un générique de fin joué au synthé qu’il s’enfuit au loin.

Moi qui ne voulais pas venir ce soir… Je ne connaissais que trois-quatre chansons, qui ne m’emballent guère de surcroît. J’ai pesté sur les 15 minutes de retard. Je me suis ennuyée sur les quelques longueurs (2h40 au lieu d’1h30, il y a de quoi). J’irai pourtant écouter Vestiges du Chaos en rentrant – ou demain, car là, j’ai loupé mon train – et, j’avoue que finalement, je ne regrette pas d’avoir été là. Voir une performance d’un chanteur hors du cadre, d’une générosité inestimable, cela fait tout simplement du bien. Et cela ne peut que s’applaudir.

Un regard parmi d’autres: Lou Doillon, « Soliloquy »

20h. La salle sort de sa pénombre, baignée de lumières rouges, bleues, vives, saccadées, voire stroboscopiques. Le ton est donné; Beausobre se teinte de rock en accueillant en ses murs Lou Doillon. En ce vendredi soir, « les règles de la maison, c’est qu’il n’y a pas de règles! » Dansez, sautez, roulez-vous des pelles ! Confortablement installé, le public, certes charmé et enthousiaste, n’est pas (encore) d’humeur à suivre à la lettre les recommandations de la Franco-Britannique, applaudissant chaleureusement, dodelinant timidement de la tête sur les premières chansons.

Timbre grave fascinant et rocailleux, miaulant parfois, la chanteuse aux pattes d’eph fait, elle, son show au diapason avec ses quatre musiciens. Se déplace tel un fauve, agile sur scène, mouvements de bras amples, jambe levée à angle droit. S’offre entière, sourire aux lèvres, discours sans limites et sincères.

20h30. Comment ne pas résister? Une demi-heure aura passée avant qu’une dizaine de spectateurs décident de finalement suivre la règle, sa règle, et de rejoindre la danse. Debout ou assis, cette démangeaison de vouloir s’agiter – sur Soliloquy par exemple –, et cette envie de planer – notamment sur ICU – s’immiscent au fil des morceaux, empruntés à son dernier opus, ainsi qu’à ses précédents albums.

En une heure de concert, entre rock saturé, balades psyché, impulsions électroniques, les escaliers du premier tiers de la salle et les couloirs extérieurs auront été remplis, frétillants de spectateurs sautillant sur leurs deux pieds, mains en l’air pour certains.

21h15. C’est sous des cris, des applaudissements fournis, et face à standing ovation que Lou Doillon réapparaît, en robe meringue rose brillante, kitsch au possible. Faire marrer les gens lui donne du baume au cœur. Envoyer une lettre de rupture avec une perruque, appeler les impôts à poil aussi. « Eclatez-vous, bordel ! », lancera-t-elle en conclusion d’une dernière chanson, en communion avec un public décidément conquis.

Un regard parmi d’autres: Grand Corps Malade

Un an après la sortie de son Patients, Grand Corps Malade remonte sur la scène de Beausobre le sourire à la bouche. Ce sourire ne le quitte pas de tout le concert, et celui-ci est immédiatement contagieux.
Il commence par son titre, Plan B, qui est également le titre de son dernier et sixième album. Fabien Marsaud slame, mais il chante aussi, mais toujours en gardant une écriture si technique et si touchante. D’un coté, ses chansons résonnent comme des hymnes à la sérénité, mais d’un autre, Grand Corps Malade fait une profonde critique de la société moderne, des torts de l’être humain. La musique n’était pas son Plan A, mais son talent lyrique prouve que Grand Corps Malade a malgré tout trouvé sa voie. Les musiciens qui l’entourent, sont tout aussi talentueux. Entre la contrebasse, la guitare électrique, la batterie, mais aussi le guembri, un instrument d’origine guinéenne, j’ai envie de me lever pour danser… C’est vrai que je n’ai pas l’habitude de rester assise durant des concerts, mais Grand Corps Malade remédie finalement à ça. Pour ces dernières chansons, nous fait tous lever et chanter, et moi, je peux enfin danser !
Nina Rast

Un regard parmi d’autres : Asaf Avidan

La salle est comble, impatiente. Le trentenaire tout de noir vêtu monte sur scène, seul, adresse un simple geste au public, agrippe l’une de ses guitares et démarre ce concert fort attendu en ce début de saison. Quatre, cinq titres s’enchaînent. La lumière froide éclaire le chanteur introverti assis, aux paupières régulièrement fermées.

Face à cette non-communication autant physique que verbale, je m’imagine rapidement être transportée sous un porche, au milieu du désert, à écouter l’homme sur son rocking chair, au timbre unique, changeant, grisant. Ce soir, à Beausobre, Asaf Avidan ne semble pas être venu pour l’entertainment mais bien pour nous conter des histoires. Et l’atmosphère est belle.

Il aura fallu une mélodie entraînante et des applaudissements rythmés pour que l’on aperçoive enfin un sourire franc du principal intéressé. Le chanteur se livre alors. «I was in a good mood, now I’m depressed», lance-t-il d’un ton jovial. S’ensuit une discussion sur l’archéologie de l’émotion de l’être humain, sur la colère nourrie d’espoir, sur le pourquoi de la jalousie. Retour sur quelques morceaux blues folk, frôlant une fois ou deux la démonstration, inutile. L’incursion orientale électronique bidouillée à la guitare et au looper est exécutée avec talent. L’artiste semble possédé. Voire même «crazy», comme l’aura crié une des spectatrices dans la salle. De quoi clore une première partie sur une standing-ovation de rigueur.

«Usually, when you go back home, you say you’ve seen a good concert. But I hope you’ll be depressed!» Bien loin de ce qu’ont pu nous habituer une majorité de groupes, Asaf Avidan terminera ainsi sa représentation sur des notes de peur, de tristesse, de solitude, sur un discours d’acceptation de ces sentiments.

Certes, nous mourrons tous un jour, mais ce soir, bien qu’il l’ait espéré, nous ne rentrerons pas déprimés. Loin de là. Car il ne fait aucun doute que la spontanéité, la fragilité – fortement ressentie – et cette voix si particulière auront charmé.

Un regard parmi d’autres : Stephan Eicher & Traktorkestar

Mais que s’est-il donc passé à Beausobre dans la nuit de mercredi à jeudi ? La fête a en tout cas dû être belle, au vu des cadavres de bouteilles, de déchets en tout genre, de cette ampoule clignotante et de ce personnage encore endormi sur un banc… Il ne s’agit bien sûr que d’une « belle » scénographie, qui a plongé un public, à peine arrivé dans la salle, dans ce nouvel univers de Stephan Eicher.
Débarque sur scène un homme, grommelant, balais à la main. Nettoie un peu, s’empare d’une trompette, débute un duo avec un accordéon jouant tout seul – clin d’œil aux Automaten du précédent spectacle. Une poésie de ruelle sombre, illuminée par la venue de trois percussionnistes et de huit autres cuivres. C’est ainsi que Traktorkestar démarre ce concert – attendu par une salle plus que remplie – avec un instrumental fort festif. Le ton de la soirée est donné !
Dans cette équipe de jeunes (un peu trop) déchaînés, Stephan Eicher ressemblerait presque à un professeur tiré à quatre épingles, flegmatique au possible. Mains dans la poche lorsqu’il ne joue pas au piano ou à la guitare, l’artiste enchaîne les nombreux tubes remaniés pour l’occasion, intercalant une ou deux nouvelles chansons. Les quelques balades se font rares, ce soir, place à la fanfare, aux sonorités balkaniques et au beat-box, en la présence de la seule femme, Steff la Cheffe.
Avec une telle formation – et des confettis jetés à tout-va ! -, comment ne pas faire danser, crier et chanter Beausobre ?! Et, parallèlement à toute cette excitation, le public se délecte d’un Stephan Eicher, quasi impassible et sincère, n’hésitant pas à nous conter des histoires, drôles ou non, des déboires… et à revenir sur scène, pour un, deux, trois rappels…
Oui, la soirée fut belle. Un seul regret peut-être : que la troupe bernoise n’ait pas proposé plus de morceaux en bärndütsch, le Ha Ke Ahnig nous transportant joyeusement vers un exotisme suisse-allemand bienvenu !
Aude

Un regard parmi d’autres: Ben l’Oncle Soul

Imaginez-vous « Fly me to the moon » et « My Way » version soul agrémentées de beats hip hop… « New York New York » ou « I Love Paris » aux sonorités reggae… « Good Life » complètement funky… Impensable? C’est pourtant ce qu’a pu entendre le public de Beausobre mercredi soir avec Ben l’Oncle Soul et son hommage à Sinatra. Les vrais de vrais s’offusqueraient peut-être d’une telle audace, de telles réappropriations. Au vu des réactions dans la salle – applaudissements, cris, pas de danse même ! – les fans du chanteur français, eux, se sont régalés.
Caché sous son chapeau et ses lunettes de soleil, Ben l’Oncle Soul, entouré de six musiciens et d’un DJ, a offert une première partie de soirée que je qualifierais, personnellement, de conventionnelle. Un moment musical avec du bon, du moins bon.
Mais la magie a opéré au premier rappel. Ses yeux rieurs enfin visibles, le soulman est remonté sur scène en offrant une prestation magistrale et habitée. S’en sont suivis quelques minutes d’improvisation, composé d’une battle de beatbox et platines – comme on n’en a jamais vu à Beausobre, j’en suis sûre ! – et d’un échange complice entre sa voix et ses musiciens. Des instants simples, parfois chaotiques, mais spontanés comme on les aime.
Reparti en coulisses, Ben l’Oncle Soul est revenu une dernière fois pour interpréter deux de ses tubes, « Seven Nation Army » et « Soulman », ce dernier étant uniquement accompagné de son guitariste, pour le plus grand plaisir du public chantant à tue-tête le refrain. Un final en apothéose, où les quelques blagues, paroles et fredonnements, ont démontré que, deux heures après son arrivée sur scène, l’artiste n’avait tout simplement plus envie de la quitter.
Aude

Un regard parmi d’autres : “Company of Men”

Dans l’antre de Beausobre

 

C’est en toute intimité que le groupe « The Company of Men » s’est ouvert à nous, s’est littéralement mis à nu musicalement et vocalement sous la scène du théâtre. SOUS la grande scène oui, une première pour ce lieu qui en ce jour accueillait une cinquantaine de personnes pour un repas-spectacle réellement convivial, quasi privé, dans un décor brut correspondant exactement aux chants sans artifice proposé par le groupe.

Aussi, dès notre arrivée, les sourires habituels de bienvenue nous accueillent, les personnes habilitées nous invitent dans les coulisses où, apéritifs et mises-en-bouche disposés sur les tables nous indiquent d’ores et déjà les prémices d’une ambiance chaleureuse et sympathique entre cuisine et bar des artistes.

Murs en béton, une toile en guise de « fond de podium », deux projecteurs, quelques tables et chaises disséminées de part et d’autre autour des artistes, ont suffi pour créer cette atmosphère génialement feutrée qui complète, se fusionne aux ballades douces et parfaitement maîtrisées, afin de retirer les barrières, enlever les frontières entre chanteurs et public !

Le spectacle et les rappels terminés, pas besoin de chercher où se sustenter, nous avons directement été conviés à prendre part au buffet mis à disposition pour l’entrée ainsi qu’au repas précédent la farandole de dessert. Préparations tout simplement excellentes dont nous avons pu, nonobstant un moment de honte, profiter des généreuses quantités !

Aussi, il est à remercier la programmatrice Camille Destraz qui a pu emmener sa découverte dans le sous-sol de « Beausobre » et a ainsi permis à « The Company of Men » de gagner le pari de nous embarquer dans leur univers, de nous immerger dans leur monde tout au long de leur sensationnelle prestation.

De la pure mélodie tendre, pour un folk authentique, évident et profond, de ces quatre virtuoses qui ne demandent qu’une chose, se déplacer vers vous, chez-vous, avec vous pour vous accompagner lors de VOTRE soirée… Chapeau !

Nils Dero

Un regard parmi d’autres “Jean-François Zygel ”

Jean-François Zygel – Le Fantôme de l’Opéra

Beausobre a revêtu ses plus beaux atours pour un voyage dans les années 1920, ces années folles, ces années dorées où le cinéma muet se laissait porter par la musique. L’hôte de la soirée n’était autre que le pianiste virtuose Jean-François Zygel, maître de l’improvisation, qui avait déjà époustouflé la salle aux fauteuils jaunes grâce à de ses fantaisies autour de Mozart en 2015.

Le cœur de ce spectacle hors du temps était la diffusion sur grand écran du film muet de Rupert Julian « Le fantôme de l’Opéra », accompagnée par la pièce pour piano que Zygel avait composée tout spécialement pour ce film. Le ciné-concert fait s’embrasser le quatrième et le septième art. Il donne à chaque séance de cinéma quelque chose d’unique, puisque non seulement le musicien joue en live devant l’écran, mais qu’en plus il improvise par moments.

Jean-François Zygel a parcouru les dédales de ce film culte qui raconte le destin tragique d’un fantôme tortionnaire et amoureux d’une sublime chanteuse d’opéra. Les notes ont donné des couleurs au long-métrage en noir et blanc, des couleurs chaudes pour envelopper les personnages passionnés ou plus froides lorsqu’ils grelottaient dans un sombre souterrain enfui sous l’Opéra de Paris.

Quels ornements musicaux avaient été écrits à l’avance ? Quelles envolées étaient inspirées par l’instant présent ? Parfois, l’intensité et les soubresauts du piano accompagnaient parfaitement ceux du film. On devinait alors que le musicien les avait sûrement couchées sur une partition. Une manière de souligner certains passages et de guider le spectateur. Seul sur les planches, Jean-François Zygel a osé pourtant se faire parfois oublier, créant pour ses images bien-aimées un écrin de musique flamboyant. Il a osé se fondre le décor, faisant parfois jaillir son talent, qui sait, peut-être comme un certain fantôme.

Céliane