Catégorie : Musique

Un regard parmi d’autres: Christophe

Pour moi, Christophe se résume à Aline et Les Mots bleus – honte à moi, oui, vous avez le droit, fans de la première heure ! –, réminiscence d’après-midis forcée passée à écouter Radio Nostalgie en famille. Je ne me suis jamais intéressée au personnage, je n’ai pas tellement envie d’être là ce soir. Quelques professionnels de la musique m’ayant convaincue que l’artiste en valait la peine, me voici donc calfeutrée dans le fauteuil orange, à attendre, circonspecte. D’autant plus qu’à 20h45, soit 15mn après l’heure indiquée, Christophe n’a toujours pas fait son entrée sur scène.

Affublé de bottes de cow-boy, lunettes de star, cheveux longs, il fait finalement son apparition: « j’ai monté l’escalier en courant! » L’entrée annonce la couleur, chaleureuse. C’est vers un piano que le chanteur se dirige pour quelques blablas suivis des paroles anglo-francophones de Lita. Ce soir, Beausobre part en balade, nous explique-t-il. Aparté – le premier d’une longue série – afin d’expliquer le déroulé de la soirée, divisée en plusieurs périodes. Résumé ;

  1. « Couleur de nostalgie »: sous les applaudissements, voici que s’élèvent les premières notes de la Dolce Vita. Christophe enchaîne, dans une ambiance feutrée, des classiques. Ma cavalière, Succès fou… « Ici, je suis comme chez moi, je passe du bon temps! », et qu’importe les erreurs, ici et là. Comme à la maison quoi.
  2. « 2015 : Vestiges du Chaos »: pour faire découvrir et pour ceux qui aiment cet album, le chanteur quitte son piano pour ses synthés, installés au centre arrière de la scène. Rythmique, électronique, scénographie stroboscopique. Beausobre se transforme en club underground, ambiancé à 4h du mat’.
  3. « Coucou aux guitares »: celui qui nous expliquait en début de concert qu’il ne travaille ses guitares qu’en live passe ainsi côté jardin pour gratter un peu. Mais « pas de concert de blues » pour autant, « je suis venu chanter mes chansons ». Petite fille du soleil pour ne citer qu’elle. Instant musical en douceur, couplé à des informations sur son second volume de reprises, uniquement composé de duo, où Christophe s’est à nouveau bien entouré. Vivement l’écoute d’Aline par Philippe Katerine !
  4. « Période d’improvisation. Ou pas!»: il se dit décalé du format. La preuve en est lorsqu’il abandonne ses instruments, un verre de whisky à la main, pour nous raconter, à son bureau d’écolier, des histoires, son histoire. « Inventeur d’histoires pour se jouer de la vie », comme il l’explique. Ode au mensonge, à l’intime. Comme lorsqu’il nageait enfant dans les épingles de sa mère, couturière. D’où « l’audio-bio » des Marionnettes qu’il s’empresse de jouer au public, ravi de l’entracte musicale. Entracte suivie d’une narration – enjolivée ou non, on ne le saura jamais – du quotidien de ses grands-parents.
  5. « Métissage sonore improvisé »: retour au piano, entre calme, absurdité (une danse avec la chaise à son, une panne technique n’en étant pas une), instant psy, Les Paradis Perdus, La petite fille du 3ème, puis Aline, forcément. C’est encore plus proche de son public que Christophe joue ses derniers instants, en lui offrant la possibilité de choisir les ultimes titres ; réclamés par les cris, Les mots bleus, Parle lui de moi, Je l’ai pas touchée, Daisy, Bevilacqua… s’arrêtera-t-il donc un jour ? Au moment de lancer des Smooshy Mushy achetés en station-service en direction des spectateurs… Minute improbable, et de loin pas la seule ! Le rappel ne viendra pas, il nous avait averti : « Les rappels, c’est démodé ». C’est sur un générique de fin joué au synthé qu’il s’enfuit au loin.

Moi qui ne voulais pas venir ce soir… Je ne connaissais que trois-quatre chansons, qui ne m’emballent guère de surcroît. J’ai pesté sur les 15 minutes de retard. Je me suis ennuyée sur les quelques longueurs (2h40 au lieu d’1h30, il y a de quoi). J’irai pourtant écouter Vestiges du Chaos en rentrant – ou demain, car là, j’ai loupé mon train – et, j’avoue que finalement, je ne regrette pas d’avoir été là. Voir une performance d’un chanteur hors du cadre, d’une générosité inestimable, cela fait tout simplement du bien. Et cela ne peut que s’applaudir.

Un regard parmi d’autres: Lou Doillon, « Soliloquy »

20h. La salle sort de sa pénombre, baignée de lumières rouges, bleues, vives, saccadées, voire stroboscopiques. Le ton est donné; Beausobre se teinte de rock en accueillant en ses murs Lou Doillon. En ce vendredi soir, « les règles de la maison, c’est qu’il n’y a pas de règles! » Dansez, sautez, roulez-vous des pelles ! Confortablement installé, le public, certes charmé et enthousiaste, n’est pas (encore) d’humeur à suivre à la lettre les recommandations de la Franco-Britannique, applaudissant chaleureusement, dodelinant timidement de la tête sur les premières chansons.

Timbre grave fascinant et rocailleux, miaulant parfois, la chanteuse aux pattes d’eph fait, elle, son show au diapason avec ses quatre musiciens. Se déplace tel un fauve, agile sur scène, mouvements de bras amples, jambe levée à angle droit. S’offre entière, sourire aux lèvres, discours sans limites et sincères.

20h30. Comment ne pas résister? Une demi-heure aura passée avant qu’une dizaine de spectateurs décident de finalement suivre la règle, sa règle, et de rejoindre la danse. Debout ou assis, cette démangeaison de vouloir s’agiter – sur Soliloquy par exemple –, et cette envie de planer – notamment sur ICU – s’immiscent au fil des morceaux, empruntés à son dernier opus, ainsi qu’à ses précédents albums.

En une heure de concert, entre rock saturé, balades psyché, impulsions électroniques, les escaliers du premier tiers de la salle et les couloirs extérieurs auront été remplis, frétillants de spectateurs sautillant sur leurs deux pieds, mains en l’air pour certains.

21h15. C’est sous des cris, des applaudissements fournis, et face à standing ovation que Lou Doillon réapparaît, en robe meringue rose brillante, kitsch au possible. Faire marrer les gens lui donne du baume au cœur. Envoyer une lettre de rupture avec une perruque, appeler les impôts à poil aussi. « Eclatez-vous, bordel ! », lancera-t-elle en conclusion d’une dernière chanson, en communion avec un public décidément conquis.

Un regard parmi d’autres: Grand Corps Malade

Un an après la sortie de son Patients, Grand Corps Malade remonte sur la scène de Beausobre le sourire à la bouche. Ce sourire ne le quitte pas de tout le concert, et celui-ci est immédiatement contagieux.
Il commence par son titre, Plan B, qui est également le titre de son dernier et sixième album. Fabien Marsaud slame, mais il chante aussi, mais toujours en gardant une écriture si technique et si touchante. D’un coté, ses chansons résonnent comme des hymnes à la sérénité, mais d’un autre, Grand Corps Malade fait une profonde critique de la société moderne, des torts de l’être humain. La musique n’était pas son Plan A, mais son talent lyrique prouve que Grand Corps Malade a malgré tout trouvé sa voie. Les musiciens qui l’entourent, sont tout aussi talentueux. Entre la contrebasse, la guitare électrique, la batterie, mais aussi le guembri, un instrument d’origine guinéenne, j’ai envie de me lever pour danser… C’est vrai que je n’ai pas l’habitude de rester assise durant des concerts, mais Grand Corps Malade remédie finalement à ça. Pour ces dernières chansons, nous fait tous lever et chanter, et moi, je peux enfin danser !
Nina Rast

Un regard parmi d’autres : Asaf Avidan

La salle est comble, impatiente. Le trentenaire tout de noir vêtu monte sur scène, seul, adresse un simple geste au public, agrippe l’une de ses guitares et démarre ce concert fort attendu en ce début de saison. Quatre, cinq titres s’enchaînent. La lumière froide éclaire le chanteur introverti assis, aux paupières régulièrement fermées.

Face à cette non-communication autant physique que verbale, je m’imagine rapidement être transportée sous un porche, au milieu du désert, à écouter l’homme sur son rocking chair, au timbre unique, changeant, grisant. Ce soir, à Beausobre, Asaf Avidan ne semble pas être venu pour l’entertainment mais bien pour nous conter des histoires. Et l’atmosphère est belle.

Il aura fallu une mélodie entraînante et des applaudissements rythmés pour que l’on aperçoive enfin un sourire franc du principal intéressé. Le chanteur se livre alors. «I was in a good mood, now I’m depressed», lance-t-il d’un ton jovial. S’ensuit une discussion sur l’archéologie de l’émotion de l’être humain, sur la colère nourrie d’espoir, sur le pourquoi de la jalousie. Retour sur quelques morceaux blues folk, frôlant une fois ou deux la démonstration, inutile. L’incursion orientale électronique bidouillée à la guitare et au looper est exécutée avec talent. L’artiste semble possédé. Voire même «crazy», comme l’aura crié une des spectatrices dans la salle. De quoi clore une première partie sur une standing-ovation de rigueur.

«Usually, when you go back home, you say you’ve seen a good concert. But I hope you’ll be depressed!» Bien loin de ce qu’ont pu nous habituer une majorité de groupes, Asaf Avidan terminera ainsi sa représentation sur des notes de peur, de tristesse, de solitude, sur un discours d’acceptation de ces sentiments.

Certes, nous mourrons tous un jour, mais ce soir, bien qu’il l’ait espéré, nous ne rentrerons pas déprimés. Loin de là. Car il ne fait aucun doute que la spontanéité, la fragilité – fortement ressentie – et cette voix si particulière auront charmé.

Un regard parmi d’autres : Stephan Eicher & Traktorkestar

Mais que s’est-il donc passé à Beausobre dans la nuit de mercredi à jeudi ? La fête a en tout cas dû être belle, au vu des cadavres de bouteilles, de déchets en tout genre, de cette ampoule clignotante et de ce personnage encore endormi sur un banc… Il ne s’agit bien sûr que d’une « belle » scénographie, qui a plongé un public, à peine arrivé dans la salle, dans ce nouvel univers de Stephan Eicher.
Débarque sur scène un homme, grommelant, balais à la main. Nettoie un peu, s’empare d’une trompette, débute un duo avec un accordéon jouant tout seul – clin d’œil aux Automaten du précédent spectacle. Une poésie de ruelle sombre, illuminée par la venue de trois percussionnistes et de huit autres cuivres. C’est ainsi que Traktorkestar démarre ce concert – attendu par une salle plus que remplie – avec un instrumental fort festif. Le ton de la soirée est donné !
Dans cette équipe de jeunes (un peu trop) déchaînés, Stephan Eicher ressemblerait presque à un professeur tiré à quatre épingles, flegmatique au possible. Mains dans la poche lorsqu’il ne joue pas au piano ou à la guitare, l’artiste enchaîne les nombreux tubes remaniés pour l’occasion, intercalant une ou deux nouvelles chansons. Les quelques balades se font rares, ce soir, place à la fanfare, aux sonorités balkaniques et au beat-box, en la présence de la seule femme, Steff la Cheffe.
Avec une telle formation – et des confettis jetés à tout-va ! -, comment ne pas faire danser, crier et chanter Beausobre ?! Et, parallèlement à toute cette excitation, le public se délecte d’un Stephan Eicher, quasi impassible et sincère, n’hésitant pas à nous conter des histoires, drôles ou non, des déboires… et à revenir sur scène, pour un, deux, trois rappels…
Oui, la soirée fut belle. Un seul regret peut-être : que la troupe bernoise n’ait pas proposé plus de morceaux en bärndütsch, le Ha Ke Ahnig nous transportant joyeusement vers un exotisme suisse-allemand bienvenu !
Aude

Un regard parmi d’autres: Ben l’Oncle Soul

Imaginez-vous « Fly me to the moon » et « My Way » version soul agrémentées de beats hip hop… « New York New York » ou « I Love Paris » aux sonorités reggae… « Good Life » complètement funky… Impensable? C’est pourtant ce qu’a pu entendre le public de Beausobre mercredi soir avec Ben l’Oncle Soul et son hommage à Sinatra. Les vrais de vrais s’offusqueraient peut-être d’une telle audace, de telles réappropriations. Au vu des réactions dans la salle – applaudissements, cris, pas de danse même ! – les fans du chanteur français, eux, se sont régalés.
Caché sous son chapeau et ses lunettes de soleil, Ben l’Oncle Soul, entouré de six musiciens et d’un DJ, a offert une première partie de soirée que je qualifierais, personnellement, de conventionnelle. Un moment musical avec du bon, du moins bon.
Mais la magie a opéré au premier rappel. Ses yeux rieurs enfin visibles, le soulman est remonté sur scène en offrant une prestation magistrale et habitée. S’en sont suivis quelques minutes d’improvisation, composé d’une battle de beatbox et platines – comme on n’en a jamais vu à Beausobre, j’en suis sûre ! – et d’un échange complice entre sa voix et ses musiciens. Des instants simples, parfois chaotiques, mais spontanés comme on les aime.
Reparti en coulisses, Ben l’Oncle Soul est revenu une dernière fois pour interpréter deux de ses tubes, « Seven Nation Army » et « Soulman », ce dernier étant uniquement accompagné de son guitariste, pour le plus grand plaisir du public chantant à tue-tête le refrain. Un final en apothéose, où les quelques blagues, paroles et fredonnements, ont démontré que, deux heures après son arrivée sur scène, l’artiste n’avait tout simplement plus envie de la quitter.
Aude

Un regard parmi d’autres : “Company of Men”

Dans l’antre de Beausobre

 

C’est en toute intimité que le groupe « The Company of Men » s’est ouvert à nous, s’est littéralement mis à nu musicalement et vocalement sous la scène du théâtre. SOUS la grande scène oui, une première pour ce lieu qui en ce jour accueillait une cinquantaine de personnes pour un repas-spectacle réellement convivial, quasi privé, dans un décor brut correspondant exactement aux chants sans artifice proposé par le groupe.

Aussi, dès notre arrivée, les sourires habituels de bienvenue nous accueillent, les personnes habilitées nous invitent dans les coulisses où, apéritifs et mises-en-bouche disposés sur les tables nous indiquent d’ores et déjà les prémices d’une ambiance chaleureuse et sympathique entre cuisine et bar des artistes.

Murs en béton, une toile en guise de « fond de podium », deux projecteurs, quelques tables et chaises disséminées de part et d’autre autour des artistes, ont suffi pour créer cette atmosphère génialement feutrée qui complète, se fusionne aux ballades douces et parfaitement maîtrisées, afin de retirer les barrières, enlever les frontières entre chanteurs et public !

Le spectacle et les rappels terminés, pas besoin de chercher où se sustenter, nous avons directement été conviés à prendre part au buffet mis à disposition pour l’entrée ainsi qu’au repas précédent la farandole de dessert. Préparations tout simplement excellentes dont nous avons pu, nonobstant un moment de honte, profiter des généreuses quantités !

Aussi, il est à remercier la programmatrice Camille Destraz qui a pu emmener sa découverte dans le sous-sol de « Beausobre » et a ainsi permis à « The Company of Men » de gagner le pari de nous embarquer dans leur univers, de nous immerger dans leur monde tout au long de leur sensationnelle prestation.

De la pure mélodie tendre, pour un folk authentique, évident et profond, de ces quatre virtuoses qui ne demandent qu’une chose, se déplacer vers vous, chez-vous, avec vous pour vous accompagner lors de VOTRE soirée… Chapeau !

Nils Dero

Un regard parmi d’autres “Jean-François Zygel ”

Jean-François Zygel – Le Fantôme de l’Opéra

Beausobre a revêtu ses plus beaux atours pour un voyage dans les années 1920, ces années folles, ces années dorées où le cinéma muet se laissait porter par la musique. L’hôte de la soirée n’était autre que le pianiste virtuose Jean-François Zygel, maître de l’improvisation, qui avait déjà époustouflé la salle aux fauteuils jaunes grâce à de ses fantaisies autour de Mozart en 2015.

Le cœur de ce spectacle hors du temps était la diffusion sur grand écran du film muet de Rupert Julian « Le fantôme de l’Opéra », accompagnée par la pièce pour piano que Zygel avait composée tout spécialement pour ce film. Le ciné-concert fait s’embrasser le quatrième et le septième art. Il donne à chaque séance de cinéma quelque chose d’unique, puisque non seulement le musicien joue en live devant l’écran, mais qu’en plus il improvise par moments.

Jean-François Zygel a parcouru les dédales de ce film culte qui raconte le destin tragique d’un fantôme tortionnaire et amoureux d’une sublime chanteuse d’opéra. Les notes ont donné des couleurs au long-métrage en noir et blanc, des couleurs chaudes pour envelopper les personnages passionnés ou plus froides lorsqu’ils grelottaient dans un sombre souterrain enfui sous l’Opéra de Paris.

Quels ornements musicaux avaient été écrits à l’avance ? Quelles envolées étaient inspirées par l’instant présent ? Parfois, l’intensité et les soubresauts du piano accompagnaient parfaitement ceux du film. On devinait alors que le musicien les avait sûrement couchées sur une partition. Une manière de souligner certains passages et de guider le spectateur. Seul sur les planches, Jean-François Zygel a osé pourtant se faire parfois oublier, créant pour ses images bien-aimées un écrin de musique flamboyant. Il a osé se fondre le décor, faisant parfois jaillir son talent, qui sait, peut-être comme un certain fantôme.

Céliane

Un regard parmi d’autres: “Calypso”

Cher Théâtre de Beausobre, la prochaine fois que vous inviterez Calypso Rose sur votre scène, je vous saurai gré de mettre des panneaux d’avertissement : spectacle irrésistiblement dansant. Et prière d’en placarder du sol au plafond. Parce que, vraiment, c’était une torture.
La voix enjouée, vêtue du costume le plus pailleté que j’aie eu la chance de voir miroiter, (le groupe ABBA mis à part, mais c’était en vidéo donc ça ne compte pas vraiment, et puis ne changeons pas de latitude et revenons à la prestation de la star trinidadienne) Calypso Rose a commencé son concert endiablé.
Croyez-moi, nous faisions tous les efforts du monde pour rester immobiles, seulement, les têtes dodelinaient quand même, les épaules des plus téméraires aussi. Mais à l’exception d’un petit groupe de joyeux rebelles, le public bienséant est resté assis presque la moitié du concert, quand les rythmes lui intimaient de danser jusqu’à l’aube. Dans mon fauteuil et ma robe mouchetée prête à onduler, j’attrapais moi aussi, toutes oreilles dehors, la moindre occasion de me trémousser.
Calypso Rose est devenue chanteuse professionnelle bien avant la naissance de mes parents. Les personnes « trop » âgées vivent, je crois, chargées d’aprioris et semblent surprendre dès qu’elles s’en écartent un tant soit peu. Aussi énergique soit-elle, Calypso Rose n’a pas réussi à s’en émanciper totalement, de ce « Et dire qu’elle a bientôt huitante ans! ». D’ailleurs, pour être tout à fait franche, plusieurs d’entre nous n’auraient peut-être pas été aussi tentés de venir si la chanteuse avait été une fringante trentenaire. Le contraste entre sa musique carnavalesque et son grand âge avait fait figure d’argument marketing très convaincant. Son mouvement du bassin ou des fesses ne pouvait alors que sembler un peu comique, ce dont elle ne se cachait d’ailleurs pas. Si son intention avait été de charmer « pour de vrai », les rires bon enfant du public l’auraient bien vite ramenée à sa condition de grand-maman de la salle.
Et une grand-maman, ça raconte des histoires, ça chante, ça émeut (par exemple avec le simple et libérateur « No Madame »), ça nous fait rire comme des enfants, mais c’est bien connu : ce n’est pas censé être sexy. Et pourtant, bien que plus fragile, la reine de la nuit est apparue aussi vivante que n’importe quelle jeunette. On la sentait prête à vivre encore au moins un siècle sous le soleil des projecteurs.
Généreuse, Calypso Rose a distribué ses CDs aux enfants de l’assistance comme des bonbons. Mais son plus beau geste a été la liberté qu’elle a accordée à ses musiciens et à ses deux choristes. Liberté de porter des vêtements désassortis et de danser, le plus souvent, selon leur envie. Fi des faire-valoir robotiques, les rôles secondaires de ce concert ont aussi eu droit à un vrai moment de gloire, le temps que Calypso Rose se repose (ou continue à danser, qui sait…) en coulisse. Avant de revenir de plus belle et, enfin, de faire se lever un public qui n’attendait que cela.
Puis il s’est fait tard, alors notre marraine la bonne fée s’est éclipsée tandis que le public fredonnait son nom, jusqu’à ce qu’elle disparaisse, tout sourire et à reculons, derrière le rideau. « C’est comme une berceuse », s’est émerveillé mon amie. Il faut croire que c’était au tour du public de border à son tour son exceptionnelle grand-maman.

Un regard parmi d’autres: Les Franglaises

Vous est-il déjà arrivé de comprendre les paroles en anglais de l’une de vos musiques favorites et de regretter votre insouciance d’antan ? Soudain, vous vous rendez compte qu’elles n’ont aucun sens. Vous qui vous croyiez rebelle, voici que votre chanteur préféré s’appelle Michel Fils de Jean et qu’il interprète « Billy Jean (prononcé à la française bien sûr) n’est pas mon amant».

Vous est-il déjà arrivé d’en rire ?

Alors j’espère pour vous que vous étiez l’un des quelques 850 spectateurs venus applaudir « Les Franglaises », à Beausobre samedi 1er avril. Le concept de ce comeback, ou plutôt de ce « Viens-retour » proposé par les lauréats du Molière du théâtre musical 2015 est simple : traduire mot à mot les plus grands tubes anglo-saxons en français.

Au-dessus des artistes et de leurs instruments de musique, l’enseigne « Les Franglaises » nous rappelait un Broadway miniature. La joyeuse bande s’échauffait encore que déjà mon voisin de fauteuil frétillait d’impatience. On attendait les paillettes, les trémolos, les feux d’artifice et la romance hollywoodienne. Et nous avons été servis, le « Viens-retour » a flamboyé… crépité aussi, lorsque l’enseigne s’est détachée et s’est mise à tanguer au-dessus des chanteurs entre une reprise de « Tourne autour, je tourne autour » des « Garçons Plage » et du fameux hit des « Filles épices ».

Seul petit bémol d’une soirée sinon truculente à souhait : le niveau sonore des voix, parfois trop faibles par rapport aux instruments et qui ne nous permettaient pas de saisir tous les mots. Regrettable, mais pas dramatique tant il m’a semblé que le cœur du spectacle était ailleurs, dans les détails absurdes et l’humour de la mise en scène. J’ai été notamment époustouflée par la fantaisie des costumes ; longues robes bariolées et costumes un peu datés, parfaitement désassortis.

Après un enchainement de chansons plus ou moins sensées et un effondrement grandiose du décor, la troupe déconfite s’est relevée, est montée sur les caisses renversées, a brandi des poings victorieux sur la fameuse chanson de « Reine ». Ainsi, nous a-t-elle rappelé que, quoi qu’il arrive et quel que soit le nombre des syllabes nécessaires : « LeSpectacleDoit continueeeer ! ».

Céliane