Catégorie : Cirque

Un regard parmi d’autres « Les 7 doigts de la main »

Les lumières s’allument dans la salle et nous apercevons un mur, un micro et huit personnes sur scène. Les artistes se partagent le micro pour nous partager l’histoire de leurs grands-parents, pour leur dédier ce spectacle. Certains parlent en français, mais d’autres en anglais ou en espagnol. Je ne comprends pas tout, mais ça ne change rien, je suis immédiatement émue.

Les 7 doigts de la main, devenus 8 sur cette scène, traversent le mur à travers ses fenêtres et ses portes. Les murs commencent à bouger : ils sont réversibles. En effet, de l’autre côté, on y découvre le semblant d’un intérieur, d’un salon, d’une chambre. Les membres de la troupe de cirque nous partagent leur talent, seul, à deux, et tous ensemble, et chacun se démarque. Ils semblent se mettre à nu devant nous, en nous plongeant dans leur histoire et celles de leurs aïeux. Certains sont drôles, certains émouvants, mais tous nous laissent bouche bée. Dans ce décor chaotique, où même les murs se déplacent et se transforment, la musique, la danse et le théâtre se mêlent au cirque. A la fin de ce magnifique spectacle, ma mère, assise à mes côtés, ne peut empêcher ses larmes de couler. Les témoignages émouvant de chacun des membres de la troupe nous renvoient à notre propre histoire, à celle de notre famille; nous ne nous attendions pas à être aussi touchées par cette troupe de cirque, et pourtant, nous sortons du théâtre les larmes aux yeux, et le sourire aux lèvres.

Un regard parmi d’autres : Machine de cirque

Machine de Cirque est un spectacle comme j’aime en voir car poésie, frissons, tendresse et ébahissement en sont les ingrédients principaux.

Des thématiques politiques et actuelles y sont élégamment effleurées : selfies-ego, le corps-objet, les hommes entre hommes, accélération constante et irrémédiable du rythme de notre 21ème siècle, gestion de crise…

Une collaboration entre les artistes, soulignée des gestes nécessaires à leur discipline, est mise en exergue et magnifiée pour notre plus grand plaisir.

Un musicien tisseur de monde note à note et des acrobates qui font vibrer sont également de la partie.

Cuche & Barbezat, associés à cette troupe de cirque québécoise talentueuse, font rire aux éclats plus d’une personne dans la salle. On salue et on apprécie les cascades d’un des deux romands. Drôle à la manière du « j’en fais des tonnes » avec une bonne dose d’autodérision, il y a de quoi se rafraîchir le cœur sans manière aucune.

Une qualité de spectacle démentielle. Le décor fait d’acier et d’objets détournés de leur sens et de leur finalité rappelle les fantastiques constructions de Tinguely.

Ceux qui aiment Cuche et Barbezat et le Cirque avec un grand « C » étaient à la bonne adresse ce soir-là. Que d’émotions… la vie en somme. « Eh mais oui hein ! ».

Un regard parmi d’autres, “Cirque Le Roux”

L’envie viendrait-elle à quelqu’un de demander à Lolita Costet si elle a déjà fait du toboggan sur les dos d’une brochette de collègues, dans un boudoir années (30 au milieu duquel se dressait un mât chinois… elle répondrait oui. Cette artiste circassienne fait partie de la compagnie du Cirque Leroux, dont la première production « The Elefant in the Room », a régalé Beausobre la mois dernier.
Comme sorties d’une malle aux trésors, les bonnes trouvailles se sont répandues sur la scène; décor transformiste et quatuor de protagonistes multi-talents. Parmi les spectacles de cirque passés par Beausobre et sous mes yeux, l’originalité est la norme, et c’est tant mieux. Ce spectacle vintage n’a pas fait exception à la règle : chaque détail était pensé pour stimuler notre imaginaire rabougri après une journée de labeur. Les tableaux changeaient au fur et à mesure que l’intrigue se révélait, dévoilant sa noirceur dans le dos des personnages. À leurs jambes de chair et d’os ont soudain été substituées des membres de mannequin de plastique à escalader, tels des nouveaux camarades de cirque. Enfin les acrobaties, loin de se contenter d’être époustouflantes, ont fait voler xx en éclats.
Le comique de répétition a fonctionné sur la salle comble, qui a volontiers souri aux « trébuchades » du majordome obséquieux et aux onomatopées perçantes de la mariée hystérique. Cependant, hors du chapiteau, l’amusant, et même l’impressionnant, suffisent rarement. Ici, l’histoire servait de trame de fond, nourrissant les farces et les sauts, quand il aurait sûrement été plus intéressant de voir ces derniers mis au service de la narration. Esquissée avec une certaine urgence, l’histoire du mariage raté et du poison volé a passé presque inaperçue. Dommage, quand on voit quelles merveilles d’inventivité peut receler la compagnie Belgo-québécoise.
Sans être tout à fait parvenu à choisir son camp entre l’atmosphère romanesque, l’humour, et la prouesse technique, « The Elefant in the Room » est néanmoins indéniablement un beau spectacle. Quelle que soit notre relation avec le cirque ou le théâtre, notre âge ou notre état de fatigue, il vaut le détour, tant visuellement que pour l’originalité dont il fait preuve à tous niveaux. Après y avoir goûté, il reste sur notre langue la saveur unique du Cirque Leroux, dont on attend avec impatience de gouter la prochaine mixture.
Céliane De Luca

Un regard parmi d’autres: chronique d’une spectatrice sur «Cuisine et Confessions»

Je me souviens des pâtes du jeudi midi, mon repas préféré de la semaine. Le lundi, le mardi et le mercredi, je rentrais à la maison sans pouvoir deviner si ma mère nous préparait une délicieuse quiche ou un gratin de fenouils, nettement moins alléchant, mais le jeudi, je savais. Sur le chemin de l’école, je marchais vite, pensant déjà aux spaghettis fondants, saupoudrés de parmesan ou de pesto au basilic. Et si c’était une sauce carbonara, alors le jeudi devenait mon jour favori de toute la semaine.

La cuisine, les souvenirs d’enfance, les festins imaginaires, tels étaient les récits que nous a livrés la troupe de cirque québécoise “Les 7 doigts de la main », lors de sa représentation à Beausobre. Ils avaient pour décor une cuisine majestueuse et narraient leurs histoires d’amours culinaires, entre leurs numéros de contorsions, jonglage, sauts à travers des cadres de bois en équilibre et pirouettes (Si ces dernières vous évoquent un lointain spectacle de gymnastique, imaginez-les réalisées sur une barre verticale, à plusieurs mètres du sol ; c’était autrement plus intense qu’une roulade en avant).

Les artistes brodaient leurs discours de phrases leurs langues maternelles : espagnol, suédois, anglais et donnaient à leur périple en cuisine des airs de voyage. C’était poétique, époustouflant, amusant, touchant.

Un monologue, pourtant, a détonné dans ce joyeux festival de saveurs : lorsque l’un des artistes, debout sur la plan de travail, nous a raconté le destin de son père, mort dans un camp de concentration argentin, en 1977 alors qu’il n’avait pas 35 ans et que son fils, l’acrobate, n’était encore qu’un bébé. Cet homme dont nous n’avions jamais entendu parler et qui, s’interrogeait son fils, avait sans doute eu comme dernier repas une quelconque bouillie froide. Et puis il nous a raconté le festin que cet intellectuel condamné aurait partagé avec sa famille, s’il l’avait pu, comme ils auraient bien mangé, comme ils auraient ri. Le spectacle a continué. Il fallait oublier cette intrusion sordide et se consacrer à la volupté du présent, dans cette cuisine enchanteresse. « oublier cette intrusion sordide » est peut-être maladroit ; c’est dur, certes, mais c’est une réalité. Il ne faut pas « oublier ». Ca va choquer des gens. Plutôt « il fallait se consacrer à la volupté… »

Peut-être que leur secret pour nous faire replonger dans la douceur était que la joie de vivre de la troupe, unie comme les 7 doigts de la main, semblait réelle. Ils interagissaient. Les uns avec les autres. Avec le décor, qu’ils escaladaient à leur guise. Avec le public, invitant une jeune femme sur scène pour lui déclarer leur flamme autour d’une omelette (capable, nous a-t-on promis, de nous emmener au paradis en une seule bouchée). Trois chanceux ont même été conviés à mettre la main à la pâte pour préparer un pain à la banane et un plat de pâtes que nous étions tous invités à partager autour de la scène à la fin du spectacle.

Et, pour moi, cette soirée avait comme un goût de jeudi.

Céliane