Dimanche matin, 18 janvier 2026, la salle du théâtre est remplie d’enfants que l’on entend rire et chuchoter, impatients. Je me retourne et je les vois enfoncés dans les sièges rouges, comme de petites pépites de vie dans un décor bien trop grand. Soudain arrive l’homme qui nous est familier. Je le connais depuis toujours, ou du moins depuis aussi longtemps que je me rappelle avoir écouté de la musique. C’est un peu comme un grand-oncle que l’on adore mais qui vit à l’autre bout du monde. On ne le voit pas souvent mais lorsqu’il vient, c’est jour de fête. Il prend sa guitare et chacun d’entre nous connaît au moins une de ses chansons. Et quelle joie ! Les adultes aussi, je les vois. D’abord timides, certains semblent cacher leur envie fulgurante de chanter à tue-tête qu’ils ont reçu un beau tambour, ou n’est-ce que moi ? Après des années passées sous silence, au fond de la petite boîte de mes souvenirs, bien enfouie sous des cassettes VHS, je retrouve enfin ces chansons qui me faisaient tant rire. Cet homme semble ne pas vieillir. Chacune de ses rides de sourire m’apparaît identique à celles d’il y a trente ans. Henri Dès, et si c’était ça le secret, chanter ?
Cet auteur n’a pas seulement créé des chansons : il a inscrit en nous des mots, des rythmes, des façons de voir la vie et le monde. Les paroles me reviennent comme si je les avais répétées la veille. Le crocodile est toujours dans mon bain, mes doigts dans la mélasse et on ne verra jamais 20’000 fourmis prendre le taxi. Ces images restent intactes en nous, comme des cailloux blancs à suivre pour rejoindre le pays de notre enfance. Ce chanteur a marqué – et continue de marquer – des générations entières. Il a créé un fil indestructible qui semble tous nous relier dans le temps.
Sur scène, un jeune contrebassiste talentueux l’accompagne, Fabien Iannone. Puis, ce sera un petit garçon qui aura l’occasion de les rejoindre le temps d’une chanson. Henri Dès le valorise, le met en avant, inscrivant ainsi peut-être en lui les graines du goût de la scène. Puis, il nous fait chanter et même danser. Toute la salle se met à bouger, de gauche à droite, puis de droite à gauche, comme une grande vague, comme une famille, la famille Dès. Les jeux de lumière colorées font rire les enfants. Au-delà de ces voix mêlées, quelque chose se passe. Une pause dans le temps, faite de légèreté et d’insouciance. Un cadeau pour mon âme d’enfant. De l’innocence à la joie, de la nostalgie au partage, cet artiste sait rassembler les très petits, les petits, les grands et les très grands dans un même lieu, en une même génération. Un moment hors du temps où l’on se dit que, peut-être, l’enfance n’est jamais vraiment derrière nous, qu’il nous suffit de tenir le fil et de suivre les petits cailloux blancs.