La prochaine fois que tu mordras la poussière

Par Céliane De Luca - 23.04.2026

Qu’est-ce qu’un Père Noël gonflable de six mètres ? Dans « La prochaine fois que tu mordras la poussière », c’est une déclaration d’amour. Ce totem, à la fois franchement rouge et profondément pudique, a veillé sur le jardin du narrateur durant sa jeunesse. Un fils prend parfois ce genre de risques quand il montre à son père la joie qu’il a eue à installer une guirlande de Noël autour de la maison familiale.

Ce souvenir, un détail, ressurgit lorsque son père lui annonce qu’il est mourant. Adaptée du roman autobiographique de l’humoriste et auteur Panayotis Pascot, la pièce est empreinte de solitude : un jeune homme essaie de comprendre son père et d’être compris par lui. Le fils est sur scène, le père lui répond depuis la salle. Le narrateur traverse son adolescence, sa dépression, la difficile découverte de son homosexualité. Il raconte sa relation avec un père qui n’ose ni écouter ni dire, qui recouvre obstinément leur maison de décorations de Noël plutôt que de dire à son fils « ça m’a fait plaisir de poser cette guirlande avec toi ».

Si le narrateur n’a pas d’autre choix que d’être coincé dans la salle d’attente d’un hôpital, sa parole, elle, pousse les murs, transforme la scène en maison de campagne, en chambre à coucher, en voiture. Roméo Mariani, dans le rôle du fils, joue avec une grâce juvénile. Il rend à Queen toute sa splendeur et aux insomnies tout leur tragique. Il porte comme une cape un texte dont la poésie aurait alourdi un acteur moins vif. Yann Pradal, le père, convainc lui aussi. Depuis son fauteuil, il hèle, s’invective, plaisante. Sa voix forte roule comme l’écume, frôle les orteils de son fils, qui n’en devient que plus bondissant, pour fuir sa douleur, l’observer de tout près, pour choisir où il se situe par rapport à ce père imposant. Il me semble qu’il arrive au père de réciter un peu, mais cela ajoute à son réalisme. Cet homme essaie d’être bourru, et personne ne peut être sincèrement bourru tout le temps.

Cet enjeu de la vulnérabilité universelle, et en particulier celle des garçons et des hommes, est exposé tôt dans la pièce, et rapidement aussi, nous sommes émus. En nous laissant peu à déduire et tout à vivre, la pièce nous interroge sur ce qu’il reste de nous lorsque nous devons laisser l’autre se rapprocher de nous. Elle redonne à la réceptivité, au fait d’être touché, une place centrale. C’est un dialogue auquel nous, ne pouvons pas participer, pourtant, nous jouons un rôle essentiel : nous patientons. Notre attention sert de courant électrique entre le père et le fils pour leur permettre de voyager dans le temps et de se rejoindre. Panayotis Pascot a écrit « La prochaine fois que tu mordras la poussière » pour combler le silence de ses insomnies. Mais cette pièce est plus qu’une diversion, c’est le rapprochement délicat des bras d’un fils et d’un père qui essaient d’arrêter d’être ballants.

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