Laurent Voulzy

Par Céliane De Luca - 12.03.2026

Sur une application de musique connue, la biographie de Laurent Voulzy mentionne Alain Souchon dix fois. Sur celle de Souchon, Voulzy fait neuf apparitions. C’est grâce à cette renommée partagée que je suis venue écouter Laurent Voulzy, me disant que puisque j’aimais l’un des chanteurs, l’autre me plairait sûrement aussi. Je ne dois pas être la seule, car dès le début du concert, Voulzy joue l’offusqué reprenant ses droits : « Rame », écrite et chantée par Souchon, c’est Voulzy qui l’a composée, le tube « J’ai dix ans » aussi. Tandis nous chantons d’une seule voix les morceaux que nous connaissons comme étant ceux de son accolyte, nous comprenons que ce faux caprice est une pirouette pour mieux rendre à Alain ce qui est à Alain, pour savourer la fierté de voir une salle entière connaître par coeur les textes de son ami.

Cela donne le ton d’un concert généreux, foisonnant d’échanges avec le public. Laurent Voulzy plaisante, raconte. Il cabotine aussi un peu, parle avec une volubilité d’enfant futé, à coups de « et puis du coup ». On l’en excuse volontiers, l’auteur du « Coeur grenadine », parce que sa gourmandise s’étend au delà du plaisir de goûter à sa propre voix et englobe aussi celui de mettre en valeur ses musiciennes et musiciens. Il les nomme dès son arrivée sur scène. Détaille leurs talents un peu plus tard, partage sa scène.

Par leur langueur, ses chanson contrastent avec son enjouement. Le décor, quant à lui, peine un peu à recréer l’atmosphère de soirées bleutées et mélancoliques qu’elles évoquent. Sur un écran géant défilent des couchers de soleil et autres sortes de villes futuristes, dans des fondus enchaînés qui m’évoquent mes balbutiements informatiques sur PowerPoint.  Ajouté à deux bugs techniques qui obligent Voulzy à recommencer sa chanson, l’effet n’est pas très cossu. La mise en scène recèle quand même des moments de poésie, par exemple quand des formes lumineuses projetées au plafond de Beausobre transforment ses grands panneaux de bois en voiles de bateau.

Avec Voulzy, qui a traversé l’océan de la Guadeloupe à la France métropolitaine dans le ventre de sa mère, l’espoir et le voyage, qu’il soit spatial ou temporel, sont intimement liés. Dans sa chanson « Le pouvoir des fleurs », sur ses rêves de jeunesse de changer le monde, j’adore la ligne « fallait voir, imagine notre espoir ». Elle rend l’espoir, et plus intangible encore, l’espoir révolu, réel. Elle me fait penser à cette anecdote, lorsque j’avais entendu un proche tenter de remonter le moral de sa compagne après une soirée qui l’avait laissée irritée :

Lui :
– Non mais c’est bien quand même, tu te rends compte ?

Elle :
– Quoi ? Je me rends compte de quoi ?

Lui :
– Je ne sais pas… je n’ai pas encore trouvé la fin de ma phrase.

Peut-être est-ce le propre de l’espoir, de savoir se passer de fin de phrase, parce que Voulzy non plus ne s’efface pas. Après deux heures de concert, les musiciens et lui balancent des drapeaux dans les airs : des coeurs, des licornes, et, dans ses mains à lui, un gros drapeau suisse pour nous remercier de l’accueil. Comme des invités qui s’attardent après un souper, debout dans le hall, encore en chaussettes, écharpe déjà nouée autour du cou, on étire un peu la soirée chaleureuse et élastique. Ce soir bien sûr, ce sont nous les invités, les spectateurs, et c’est Voulzy qui s’attarde. Mais il nous a suffi de deux heures avec ce chanteur humble et tendre pour nous sentir chez nous au creux de son concert et de ses chansons.

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