Un regard parmi d’autres : « Courir »

Père Romanens, raconte-nous une histoire… Lis-nous dis, oui une histoire encore… Nous, à Beausobre, on t’écoutera bien… conter la vie d’Emil Zátopek, « l’homme qui va courir le plus vite sur Terre ».

Passionnant orateur affublé d’un jogging aux fameuses trois bandes, la salle t’a écouté t’emparer de « Courir », roman de Jean Echénoz. Elle a tendu l’oreille pendant que tu débitais ces paroles avec ce phrasé si particulier, chantant, proche du slam. Et ce sans t’arrêter… Ou si peu. Le temps de transpirer, de courir, un tour ou deux.

Jeudi, on s’est plongé dans l’Histoire, dans la vie de ce coureur de fond tchécoslovaque. « La Locomotive » comme ils disaient. Dans le public, certains devaient avoir entendu parler de lui, d’autres non. Qu’importe. On a ri, frissonné, presque pleuré, et surtout applaudi, proche de la frénésie. Mais quelle star a-t-on applaudi finalement ? L’homme de terrain, l’homme de scène ? Tout s’emmêle.

On s’est, au fur et à mesure des secondes et des minutes, senti embarqué dans ce déroulé historique, dans ce passé si loin, si proche en même temps. L’occupation nazie, le communisme… Relaté à travers de simples mots. Et quelques accessoires, futiles et si utiles à cette mise en scène minimaliste. Un micro aux résonnances d’époque, des collègues de scène affublés d’une veste ou d’une casquette.

Ces mêmes collègues – trois brillants musiciens connus sous le nom de Format A’3 – qui, passant du jazz au post-rock, ont embelli les moments heureux, accompagné les instants plus sombres. Bande-son idéale, quasi indispensable pour faire vivre un tel monologue sur scène. Et faire vibrer un public conquis.

Père Romanens, toi qui racontes si bien, à quand une histoire encore ?

Aude Haenni