Un regard parmi d’autres “Mummenschanz”

Avec les Mummenschanz, la matière prend vie dans un rêve muet

Silence. Nuit. Un faisceau de lumière allume la scène. Il éclaire une gigantesque méduse noire. Lentement, elle gonfle ses robes brillantes. Elle avance, légère, déployant ses peaux qui tourbillonnent dans une respiration infinie. J’entends le frissonnement de ses voiles fins et transparents.
Derrières ce déguisement, des acrobates. J’entends aussi leur pas feutrés. Bientôt, un crissement de pieds me prépare à l’arrivée majestueuse d’une seconde méduse, plus petite, plus brillante et plus blanche. Toutes deux peuplent désormais la scène. Elles avancent l’une vers l’autre, se touchent, s’évitent, se poussent, s’aspirent. J’assiste à une véritable rencontre entre ces deux êtres. Un instant onirique et muet, comme les nombreux autres tableaux présentés devant un jeune public hypnotisé.
Qui eut cru qu’un spectacle sans parole ni musique maintiendrait durant deux fois 50 minutes autant d’enfants en haleine ? Les acrobates-comédiens de la troupe Mummenschanz sont parvenus, à partir de matériaux inertes, à donner vie instantanément à des personnages silencieux. Sans mot et sans musique, l’histoire se raconte par les formes et les mouvements des marionnettes, des objets, ainsi que des matières.
S’écouter « voir »
Grâce à leur maîtrise du langage paraverbal, la compréhension est instantanée et les émotions sont transmises par les détails les plus subtiles. En quelques mouvements, ces artisans du rêve ont su faire apparaître des scènes de vie. Dans leurs mains, un simple bout de tissu s’est transformé en un visage heureux. Des tuyaux se mouvant sur scène ont soudain semblés doués de sentiments. En quelques pincements de cordes désordonnés, des violons ont paru s’échanger des mots doux.
A la fin du spectacle, certains épisodes, plus longs, ont même pris une tournure allégorique, comme celui des deux compères muets aux têtes de pâte à modeler. Passant leur temps à essayer de pétrir la figure de l’autre à leur façon, ils ont fini tous les deux par perdre leur visage. Pas besoin de mots, ni d’orchestre. L’image est assez puissante pour évoquer en moi des sentiments et des pensées.
Finalement, à force de tendre l’oreille dans la nuit, je suis parvenue à entendre un monde caché dans le silence. Et les éclats de rire d’enfants furent comme une musique.
Lysiane