« Acting », avec Kad Merad et Niels Arestrup

Par Céliane de Luca - 01.03.2018

Le pari était audacieux : montrer le théâtre… non, plus difficile : expliquer le métier de comédien sur scène, dans une pièce qui soit à la fois amusante, instructive et profonde (et ne s’éternisant pas jusqu’au petit matin, si possible).

Dans « Acting », les stars du théâtre et du cinéma français Niels Arestrup et Kad Merad retroussent leurs manches pour relever le défi. Le premier interprète un acteur élitiste, emprisonné pour meurtre, le second son nouveau poulain, également prisonnier, excité comme un petit fou à l’idée de lui aussi vivre le rêve hollywoodien. Robert (Niels Aestrup) a aperçu une lueur en Gepetto (Kad Merad), à qui il accepte d’apprendre le métier.

Le spectacle commence et les situations sont tantôt studieuses, glauques ou franchement comiques. On rit bêtement (mais vraiment) du plat de pâtes renversé sur le crâne de Gepetto et des spaghettis qui virevoltent autour de sa tête comme de toutes petites tresses. L’humour est en revanche un peu alourdi par les blagues expliquées quand elles auraient probablement été plus drôles simplement esquissées.

Cette leçon de théâtre et de vie se passe en prison, ce qui offre à l’auteur et metteur en scène Xavier Durringer tout le loisir de doubler son intrigue d’un tissu sombre, de dialogues aux enjeux vitaux, aux mots définitifs. Le plus souvent primesautier, le criminel Gepetto (Kad Merad) se fait grave et son pygmalion (Niels Arestrup) est un meurtrier mélancolique et acide. Presque arrivée à son terme, la pièce atteint son apothéose avec la tirade de Gepetto en ex-mari assoiffé de célébrité, exigeant de briller sous les feux des projecteurs, pour tuer de jalousie la femme qui l’a fait cocu. Maîtrisée, prise au sérieux, cette explosion claque la porte au nez de l’humour. Et, étonnamment, ça fait du bien. Il est rassurant de voir un acteur, avec qui tout le monde ne demande qu’à bien rigoler, oser plonger avec compassion dans un personnage sordide, sans cabotinage.

Comme les coutures trop visibles d’un costume audacieux, les transitions d’« Acting » semblent parfois abruptes. Par exemple, lorsque Kad Merad déclame le début du monologue d’Hamlet, juste après une scène clownesque. Le public est plié de rire, l’acteur est intégralement nu (à l’exception d’une paire de chaussettes, d’une couronne de papier, puis d’une cape jetée sur ses épaules), et voilà que la lumière se tamise et que l’ambiance se fait sombre. Et le public ne sait plus vraiment où donner de la tête. Certains gloussent encore, alors que l’heure se veut grave, mais ce changement brusque n’offre pas au pauvre Gepetto toute l’écoute respectueuse qu’il mérite.

Ayant placé la barre très haut, « Acting » oscille entre tragédie et comédie, sans parvenir totalement à fondre les genres l’un dans l’autre. En résulte une pièce de qualité inégale, qui touche cependant par le cœur qui y est mis, l’interprétation incarnée, et les idéaux auxquels elle aspire.

Céliane

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