Un regard parmi d’autres: chronique d’une spectatrice sur «Intemporel» de Messmer

L’hypnose. Ce mot provoque souvent une réaction forte : l’étonnement, l’amusement détaché, l’effroi parfois ou encore la curiosité.
Messmer, performer québécois, professionnel de cette discipline mystérieuse, présentait son spectacle ¨Intemporel¨ la semaine dernière à Beausobre.

En ce qui me concerne, j’étais arrivée on ne peut plus calme à ce rendez-vous avec l’homme capable d’envoûter même les stars, plus inquiète à l’idée de m’ennuyer devant un show d’hypnose qu’à celle de finir sur scène, en posture de danseuse hawaïenne ou de dinosaure gourmand.

Pourtant, dans la file d’attente, j’entendais mes futurs petits camarades d’aventures hypnotiques trépigner d’impatience, se posant en boucle la même question : est-ce que tu as peur ? Cela s’annonçait plus réaliste que prévu.

Après une introduction ¨à l’Américaine¨, appuyée par une musique tonitruante, des effets de lumière et un spot vidéo vantant la renommée et le talent de l’artiste, Messmer, accompagné de son apprentie et assistante, remportaient leur première victoire : les sceptiques, les parents venus « pour faire plaisir aux enfants » étaient remis à leur place, car il se présentait comme le maître incontesté de l’hypnose et nous avions « le privilège » de le rencontrer. D’entrée de jeu, nous nous devions donc d’être époustouflés. Et le pire, c’est que ça marchait ; je commençais moi aussi à ne désirer qu’une chose : « réussir » à être emportée par mon subconscient.

Je me suis donné toute la peine du monde, collant mes paumes bien fermement l’une contre l’autre, les pieds au sol comme demandé par mon gourou d’un soir… mais rien du tout. Mes mains se sont décollées comme par magie (ou manque de magie, apparemment) : je n’étais pas réceptive. C’était bien fait pour moi et mon air narquois, j’allais devoir me résoudre à rester en pleine possession de mes moyens et admirer en simple spectatrice les prouesses des spectateurs aptes à plonger dans les recoins les plus reculés de leur esprit.

Messmer a invité des personnes receptives à le rejoindre sur scène. Bien sûr, certaines parmi elles semblaient être montées à ses côtés surtout pour « faire le show », mais après un rapide «tri », Messmer s’est constitué une équipe d’une quinzaine de personnes, qu’il s’est empressé de faire plonger dans le sommeil.

C’est au moment où un jeune homme que je connaissais s’est littéralement endormi debout sur les planches, que j’ai commencé à être troublée. Puis, lorsque Messmer lui a demandé de se mettre en position fœtale, puis de ramper, de téter le sein de sa mère (sein imaginaire bien sûr) ou encore de souffler les bougies d’un gâteau d’anniversaire tout aussi inexistant, et que le jeune homme s’est executé, je me suis interrogée : et si c’était vrai ?

Et si ce retraîté se prenait vraiment pour un kangourou ? Et si cette jeune femme paniquait vraiment à l’idée de ne pas retrouver ses jambes ?

Certes, tout comme moi, ils avaient commencé par être consentants, mais, comme Messmer nous l’indiquait régulièrement, ils étaient tout à fait conscients de ce qui se passait autour d’eux, quoiqu’incapables de se dépêtrer de ce sortilège. Précisons tout de même que tous les participants ont assuré ne pas se sentir mal du tout, mais au contraire très paisibles. Un peu mal à l’aise, je ne quittais pourtant pas la scène des yeux.

Ma première voisine s’est levée et a quitté la salle avant l’entre-acte. Celle du fauteuil d’à-côté, en revanche, riait et battait des mains vigoureusement. J’étais tenue en haleine, bouche bée.

En retrouvant le grand air à la fin du spectacle, certains étaient pliés de rire, d’autres, comme moi, semblaient encore ne pas pouvoir croire à ce qu’ils venaient pourtant de voir de leurs propres yeux et n’avaient pas l’air sûrs de trouver cela vraiment amusant. Mais je n’ai plus vu personne avec un sourire narquois.

Céliane

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