Un regard parmi d’autres: chronique d’une spectatrice sur Le Centre Chorégraphik Pôle Pik

Elève tout à fait incapable de rattraper un ballon ou de grimper à la perche en cours de sport, je me suis parfois gargarisée – lorsque mon état de mollusque m’apparaissait un peu trop clairement – d’avoir fait du hip hop. Entre mes huit et mes dix ans, j’ai en effet suivi des cours de cette danse venue du Bronx et je me souviens notamment d’un ignoble baggy jaune fluo et hors de prix que j’avais dû porter pour une compétition, juste avant que je me tourne vers le modern jazz. Le hip hop ne me semblait alors pas assez féminin, aérien… mais ça, c’était avant de voir le spectacle de hip hop du Centre Chorégraphik Pôle Pik.

Pour ce spectacle prodigieux, le directeur artistique Mourad Merzouki a réussi à réunir trente danseurs et danseuses dans neuf tableaux, composant un ensemble empreint d’humour, fluide et délicat.

Sur une bande-son allant puiser ses origines dans le classique, les musiques orientales et l’électro, les chorégraphies belles et rebelles se sont non pas succédées, mais véritablement emboîtées les unes dans les autres, pour créer un immense tableau en mouvement.

Tandis que les danseurs masculins mettaient leurs corps athlétiques au service de leur danse hypnotique, les danseuses, tout en courbes et en tatouages, n’avaient rien à envier aux ballerines, car il était d’autant plus fascinant de les voir réaliser des prouesses de force et de souplesse énergique, vivante.

Le Centre Chorégraphik Pôle Pik a happé le public, adultes comme enfants, et je me suis demandé si la fillette à-côté de moi, bouche ouverte et yeux écarquillés, n’allait pas bientôt supplier ses parents de lui offrir des cours de hip hop. À ce propos, je me demande où j’ai bien pu mettre mon baggy jaune…

Céliane De Luca