Un regard parmi d’autres, chronique d’une spectatrice sur «Salut Salon»

Ce matin-là, à la surprise générale, le controversé Donald Trump avait été élu Président des Etats-Unis et j’avais passé la journée dans une sorte d’hébétude terrifiée. Sur le chemin du Théâtre de Beausobre, une pluie lourde et glacée avait tenu à m’accompagner, rebondissant sur ma doudoune et s’acharnant à faire frisoter mes cheveux avec un zèle sans égal. L’extase, donc.

Ce soir-là, le quatuor à cordes « Salut Salon » jouait à Beausobre. Ce spectacle d’humour musical était interprété au piano, au violon (le premier et le second violons se livreront ainsi une guerre sans merci et hilarante) et au violoncelle… agrémenté de quelques notes de xylophone et même de flûte.

À peine le rideau levé, les quatre musiciennes nous ont invités avec virtuosité à un safari empreint de fantaisies zoologiques. Peut-être était-ce la faute à ma fébrilité qui peinait à retomber, mais j’ai tout d’abord eu de la peine à trouver un équilibre à ce spectacle, partagé entre un répertoire très classique et la douce folie qui se dégageait de ces drôles de dames au délicat accent allemand.

Il a fallu attendre que le rythme s’accélère et que les jolies absurdités affluent, des nez de clown aux masques vénitiens, pour que je me laisse emporter dans leur voyage à travers le monde, au fil des carnavals animaliers le plus délirants. Les quatre interprètes de « Salut Salon », encouragées par un public enthousiaste, n’ont craint ni le ridicule ni l’originalité, allant jusqu’à entonner une musique pop en chinois, ou la mélodie de la danse des canards (chorégraphie en prime), et je dois bien avouer qu’entendre « Le coq est mort » gaillardement interprété en finnois a achevé de reléguer au second plan la désespérante mèche blonde.

Malgré la difficulté de l’exercice que représente mêler musique classique et humour, ces quatre artistes généreuses nous ont fait cadeau de leur bonne humeur sincère et contagieuse, de leur talent et de leur féminité assumée, et c’est ce que l’on pouvait nous offrir de plus important en cette soirée du 9 novembre 2016.

Céliane

P.S. Après avoir vu ces artistes nous donner tellement sur scène, et avec une complicité non feinte, on ne s’étonnera pas que ces quatre virtuoses au grand cœur s’engagent non seulement pleinement dans leur musique, mais aussi dans des projets sociaux, pour les enfants chiliens notamment, à découvrir sur leur site internet officiel.

À lire également
Céliane De Luca -

Un regard parmi d’autres: Anne Roumanoff

Anne Roumanoff est l’une des élues, l’une des celles qui remplissent les salles de spectateurs (qui ont payé avec du vrai argent pour aller les voir, précisons-le), les font rire et recommencent année après année. C’est l’une des très rares incontournables du paysage francophone. Et j’avais réussi à toujours la manquer. Et elle venait à… Read more »

Lire la Suite
Marine Humbert -

Un regard parmi d’autres « Le Fric » avec Vincent Kucholl et Vincent Veillon

Renversant les règles de bienséance établies dans l’Helvétie, Vincent Kucholl et Vincent Veillon ont osé évoquer, triturer, questionner, celui avec qui on est capable de tout, mais dont on ne préfère pourtant pas parler. Un tabou vieux comme la Suisse: l’argent. Pire, (ou mieux) les deux humoristes, stars de l’émission « 26 minutes », se sont permis,… Read more »

Lire la Suite