Un regard parmi d’autres: Coeur de Pirate

Elle est entrée sur la scène du Théâtre de Beausobre dans une robe couleur crème, faisant délicieusement ressortir les innombrables tatouages qui ornent ses bras. Sans surprise pour ses fans de la première heure, c’est au piano qu’elle s’installe pour décrocher les premiers frissons d’un public encore enlacé par les sonorités vaporeuses du groupe Kroy en première partie. Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, bascule son corps en direction du public sur une fine note enivrante. De son sourire et ses grands yeux, elle lance avec un accent québécois: «Bonsoir Morges! Vous allez-bien?»

Très vite, la jeune chanteuse séduit. Elle reprend d’une facilité déconcertante les ballades intimistes de son second album Blonde, sorti en 2011. C’était salement romantique, Francis, Place de la république, Pour un infidèle. On retrouve avec émotion sa voix particulière aux sonorités enfantines, qui coule agréablement sur des mélodies à la fois tendres et percutantes. Les corps s’enfoncent dans les fauteuils, quelques gorges se serrent.

Les retrouvailles gagnent en saveur par le biais d’un intelligent contraste entre ces précieuses inspirations d’autrefois et les nouveaux morceaux du dernier album Roses aux sonorités anglo-saxonnes et franchement pop. The way back home, Drapeau blanc, Undone, Crier tout bas. Cœur de pirate se présente sous un nouveau jour. Décrochant sa place assise au piano pour le micro sur pied, entourée de trois musiciens, très expressive, elle s’agite, danse et dompte les basses du bout des doigts entre vivacité et douceur ; témoignage poignant d’un talent d’interprète de plus en plus manifeste. Au fil des morceaux, le concert s’amplifie de textures et de mouvements diverses. La dynamique est judicieuse, le moment est unique.

«On a oublié les chansons les plus importantes! Et si vous ne connaissez pas les paroles de celle-ci, je ne sais pas ce que vous faites ici!», lance-t-elle dans un éclat de rire, alors qu’elle entame Comme des enfants, chanson qui l’a révélée au grand public en 2009. Les spectateurs conquis se lèvent de leur siège, un soulagement pour les nombreux corps qui n’attendaient qu’à se mouvoir au fil de la musique. Le dernier single de la jeune femme, Oublie- moi, annonce la fin du récital. «Mais oublie moi, parcours ces flots, efface mes pas», chante une Cœur de pirate parée de nouvelles facettes, à l’attention d’un public qui n’est pas décidé à appliquer ces mots ce soir.

Marine

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