Un regard parmi d’autres: Fabrice Luchini.

Qu’on se le dise d’entrée : la poésie classique n’est pas franchement ce qui se fait de plus digeste pour tout non-initié. En ce qui me concerne, je fais partie de ces gens qui trouvent la poésie très belle mais qui ne comprennent pas toujours où l’auteur souhaite nous emmener. Mais ce dimanche à Beausobre, il n’était pas question de comprendre. Il était question de se laisser entrainer par Fabrice Luchini dans son univers, celui de son dernier spectacle « Poésie ? ».

Rimbaud, Céline, de La Fontaine (en verlant)… Durant l’heure et demie de sa représentation, Fabrice Luchini a récité non pas les poésies les plus fameuses des plus grands hauteurs, mais celles qui ont eu une résonance particulière dans son parcours, tout au long de sa vie. Car avant d’être une ode à la littérature, ce spectacle est avant tout l’histoire de l’acteur. On passe de magnifiques vers à des anecdotes sur son passé de coiffeur, d’alexandrins à quelques punchlines à l’intention des politiques français (qu’il trouve d’ailleurs manquer cruellement de culture), ou encore de ses premiers pas sur scène aux paroles des musiques du chanteur Antoine.

C’est pour cela que la véritable réussite du spectacle de Fabrice Luchini est d’avoir réussi à ce qu’il soit à son image : imprévisible. On y retrouve ce qui m’a toujours marqué chez ce comédien, à savoir cette faculté de surprendre, de créer l’imprévisible, de tourner en dérision des thèmes sérieux ou de traiter avec la plus grande ardeur des thèmes qui ne s’y prêtent pas d’un premier abord. Et que dire de cette flamme qui l’anime.

Car au-delà de l’excellent contenu de sa représentation, c’est la fascination que Fabrice Luchini arrive à susciter auprès de son audience qui force le respect. Malgré quelques frénétiques mouvements de bras accompagnés par ses traditionnels et non pas moins mesurés haussements de voix, il convient de souligner qu’il reste relativement statique (probablement la faute à une lombalgie). Et pourtant, la grande scène du théâtre de Beausobre semble minuscule derrière l’incroyable charisme du comédien. Il suffit d’observer les visages éblouis des spectateurs pour comprendre l’emprise qu’il arrive à exercer sur son public.

Au fond, ce qui démarque Fabrice Luchini de bon nombre d’hommes et de femmes de scène, c’est la manière dont il transmet sa passion. Il incarne quelque part le professeur de français que nous aimerions avoir, celui par qui les vocations naissent. Et l’on s’imagine presque, à l’image de la standing ovation qui lui est réservée à la fin de sa représentation, se lever à la fin du cours et l’applaudir en lui demandant de revenir.

Guillaume

À lire également
-

Un regard parmi d’autres: Le Mensonge

De faibles lumières éclairent subtilement le salon d’un appartement bourgeois. Aux murs, trois tableaux néobaroques représentent des visages masqués et des mains qui s’effleurent, prêtes à se lâcher. Le corps enfoncé dans un fauteuil, Alice (Evelyne Bouix) tente d’émerger d’un dilemme. Doit-elle avouer à son amie qu’elle a surpris son mari au bras d’une autre?… Read more »

Lire la Suite
Céliane de Luca -

Un regard parmi d’autres: “Calypso”

Cher Théâtre de Beausobre, la prochaine fois que vous inviterez Calypso Rose sur votre scène, je vous saurai gré de mettre des panneaux d’avertissement : spectacle irrésistiblement dansant. Et prière d’en placarder du sol au plafond. Parce que, vraiment, c’était une torture. La voix enjouée, vêtue du costume le plus pailleté que j’aie eu la… Read more »

Lire la Suite