Un regard parmi d’autres: Frida Jambe de bois

C’est dans les plus grands moments de certitude que l’univers vous rappelle qu’il est né du chaos. En prenant place dans le parterre de Beausobre pour assister à une pièce sur Frida Kahlo, on s’attend généralement à revivre le parcours d’une icône féministe ou d’une peintre incontournable. Une logique ennuyeuse, il faut croire, pour la Compagnie de l’Ovale, qui a décidé d’approcher le sujet de manière complètement déjantée. Le distributeur jaune vif de Corona trônant sur la scène aurait cependant pu mettre la puce à l’oreille ce soir-là.

Musique entraînante et explosion de couleurs sont au coeur de cette mise en scène du journal intime de Frida Kahlo. Jusqu’à l’entrée en scène de la Mort en personne. Compagnonne de route de notre héroïne et rappel essentiel de la douleur vécue tout au long de son existence, mais aussi d’une volonté de vivre qui n’en a été que renforcée. Dès l’arrivée de ce personnage aux accents burlesques, et ce malgré son cynisme, tout s’accélère à la limite de l’absurde.

Des bribes de vie et des sentiments déclamés se mêlent à l’humour grinçant de la
Mort – dont l’efficacité est un pilier du spectacle – et aux chants.
Accident, sexe, communisme, amour ou encore alcool sont évoqués par
une Frida Kahlo aux multiples visages. Un capharnaüm comme une voie
choisie pour rendre hommage à un personnage impossible à cerner.

On finit par se laisser entraîner dans cette folle danse avec la Mort. Une fois son scepticisme de fervente féministe laissé derrière soi, difficile de résister à un humour qui choquerait même un croque-mort, et à une telle déferlante d’énergie. Allant jusqu’à briser la frontière entre la scène et la salle, les spectateurs s’en vont tanguer avec la Mort dans un dernier éclat d’euphorie pour célébrer l’ultime souffle de Frida. Pour ce qui est de l’icône féministe, il semble qu’elle s’éternise en loge.

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