Un regard parmi d’autres: LOU, par la Compagnie de l’Ovale

Être un écrivain, la muse d’un grand poète, l’amie d’un philosophe, l’égérie d’un psychanalyste de génie, serait-ce possible en une seule vie ?
Lou Andreas-Salomé était tout cela à la fois. Elle possédait un esprit libre et moderne, une intelligence et un charme qui ont fait chavirer les cœurs de Nietzsche, Freud et Rilke, rien de moins. Cette femme de lettres allemande d’origine russe, née en 1861, a intrigué, troublé, déchaîné jalousies et passions, sans laisser quiconque indifférent.
Choix audacieux, La Compagnie de l’Ovale s’est emparé de la vie et des correspondances de cette femme d’exception, pour raconter son histoire dans une pièce de théâtre musical. Un spectacle d’une grande finesse, sous ses airs de concert rock et loufoque.
Dans un décor d’une beauté qui semblait ne tenir qu’à un fil : lanternes dans la pénombre, arbre nu, piano, chaussette nourrie au grain dans une cage à oiseau, l’absurde se mêle au sensuel, la poésie à la musique, pour dépeindre Lou avec une étonnante justesse. Portés par les musiques et les textes subtils de Pascal Rinaldi, les cinq comédiens-musiciens ont levé le voile sur cette héroïne indomptable et sur les célèbres hommes de sa vie.
Trois hommes et deux femmes se sont partagé la vedette de cette pièce au cœur de laquelle brillait Lou, campée par Rita Gay. Si sa voix chantée était, m’a-t-il semblé, moins sûre que celle de la pianiste et chanteuse Romaine, j’ai cependant été époustouflée son jeu d’actrice, à la fois éthéré et ironique.
Du côté du comique, la prestation comique de Thierry Romanens dans le rôle d’un Nietzsche en nuisette et celle de Freud brisant le tabou des fantasmes féminins, tout en rimes et en mimiques, resteront sans doute dans les annales du Théâtre comme l’un de ses instants les plus désopilants.
La troupe en a profité pour glisser quelques-uns des concepts fondamentaux de ces grands penseurs. Nietzsche et Lou écrivent alors « God is dead » sur une feuille de papier, qu’ils collent contre le banc sur lequel il lui déclare sa flamme, ou encore se lancent dans une gigue endiablée, donnant en fin de compte la victoire au « ça » (donc les pulsions, selon les théories freudiennes) sur le « moi » (la raison) trop ennuyeux, trop limitatif pour ces doux fous, fous de l’âme humaine, fous de modernité et fous de Lou.
Céliane

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