Un regard parmi d’autres : “Moi, moi et François B2.

Moi, moi et François B. est une pièce qui ne se raconte pas ; elle se vit comme une expérience théâtrale extrêmement originale.
Mais situons tout de même le contexte. B. se rapporte à Berléand. Berléand jouant son propre rôle, celui d’un comédien stressé et exaspéré en route pour jouer Don Juan de Molière. Si ce n’est que le taxi ne se pointe pas, qu’il en attrape un autre au passage et que… Trou noir…
Kidnappé, il ne l’a pas vraiment été. Dans cette agence de voyage pas si ordinaire, sans porte ni fenêtre, il apprend par Vincent, l’auteur avec lequel il est enfermé, qu’il a en fait été aspiré. Aspiré dans le cerveau dudit auteur. Bizarre, vous avez dit bizarre ?
Passant de l’énervement à l’incrédulité, François Berléand finit par s’y résigner. La femme/personnage secondaire/acrobate/table basse, il s’y fera aussi. Citant Jacques le Fataliste, il espère tout de même pouvoir un jour retourner à sa vraie vie.
Quant au public, il suit tant bien que mal le déroulement de l’histoire, et il rit. Il rit de ces dialogues absurdes, il rit de ne plus rien y comprendre. Arrive cet acte III où il se raccroche enfin à quelque chose de tangible… ou peut-être pas tant que ça !
Moi, moi et François B., c’est un peu Inception qui rejoint Dans la peau de John Malkovich, sauf qu’il s’agit d’un François Berléand dans le cerveau de François Berléand. Kafkaïen au possible. « C’est un peu compliqué à expliquer », comme dirait Vincent au comédien, avec ce phrasé agaçant et cette attitude flegmatique.
Venons-on d’ailleurs aux performances. Celle de Sébastien Castro, jouant à merveille ce personne que l’on pourrait aisément qualifier de psychopathe. François Berléand, quelque peu détestable, prend quant à lui un malin plaisir à se moquer de sa propre personne. On adore !
Constance Dollé, femme du personnage principal, discrète et juste au départ, sera bien présente, voire envahissante au final dans son rôle de comédienne to be… Saluons aussi la performance complètement abracadabrante d’Inès Valarcher. Et n’oublions pas Clément Gallet, auteur de la pièce, qui se retrouvera lui aussi sur scène, jouant son propre rôle de jeune dramaturge.
Moi, moi et François B. est un otni – objet théâtral non identifié –, bien loin du théâtre de boulevard (si ce n’est un clin d’œil bien amené) auquel on s’était habitué. Rafraîchissant !
Aude
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