Un regard parmi d’autres : « Saloon » du Cirque Eloize

Les cowboys, leurs gilets en peau de vache et leurs crachats n’occupent pas la place la plus délicate dans l’imaginaire collectif. Avec sa comédie rythmée par les coups de feu, le cirque Eloize a pris le risque de flirter avec la grossièreté. Grâce à son inventivité, il s’est taillé un costume de soie dans ce tissu bourru.

Musical, acrobatique, narratif, « Saloon » a fait retentir à Beausobre froufrous de jupons et grondement de mouches. Au lieu de contourner les clichés, il les a disposés sur la scène pour mieux les détourner. A commencer par le cheval au galop, emblème des plaines américaines. Sans surprise, « Saloon » avait le sien… imaginaire.

Car il n’y avait ni cheval ni plaine sur la scène du théâtre. Mimiques et bruitages ont suffi à évoquer les grandes étendues, l’animal et le soleil couchant. Il n’y avait pas non plus de balle dans le pistolet, ni même de pistolet. Et pourtant, les bagarres éclataient. Le lasso, utilisé comme corde à sauter, a laissé les bovins tranquilles. Un ballet de mollets a raconté la romance de la belle et de son prétendant, le reste de leurs amours dissimulé derrière un rideau écarlate.

Les numéros se sont enchaînés jusqu’à ce que les spectateurs découvrent la supercherie: on leur avait promis un retour au Far West, et ils avaient voyagé au pays de l’enfance. Assis au comptoir du saloon, ils se sont souvenus d’une époque où une simple lanière devenait la bride d’un étalon, et où une lampe électrique brillait comme la lune.

Les prouesses techniques de la compagnie québécoise, quant à elles, étaient bien réelles. Le dos de la contorsionniste se retournait encore et encore. Les sauts périlleux propulsaient les acrobates dans le vide. Le récit était porté par des corps extraordinairement entraînés, et surtout livrés sans armure au regard du public. Dès le premier numéro, la chute d’un acrobate a rappelé que le cirque prend vie grâce à des vertèbres et des muscles, tous vulnérables. Le jeune homme était tombé de plusieurs mètres et s’était écrasé au sol. Les spectateurs ont retenu leur souffle.

Puis il s’est relevé et a escaladé la barre. La compagnie a continué son show, comme si le risque n’était pas plus réel que le cheval, les armes ou la lune. C’est ainsi que depuis cinq mille cinq cents représentations, le Cirque Eloize fait valser la réalité avec sa meilleure partenaire : l’imagination.

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