Un regard parmi d’autres: “Venise n’est pas en Italie”

Venise n’est pas en Italie. Et c’est vrai. Le temps d’un soir, Venise était à Morges.
J’avais prévu le coup en lisant le livre d’Ivan Calbérac en amont, mais n’ai pas réussi à le terminer dans les temps. Ce que je n’avais pas prévu, c’est d’être aussi touchée par la pièce et le jeu de Thomas Solivérès qui incarne à lui seul tous les personnages. A tel point que je n’étais pas certaine d’être capable d’en écrire un article. L’alignement des mots « touchant », « remarquable », « poétique », « rempli d’émotions », et j’en passe, ne pouvant être qualifiés d’article.
Puis on reprend ses esprits et se remémore la pièce qui s’ouvre sur Emile, l’ado de 15 ans, jouant au ping-pong. Le moment-clé de sa première rencontre avec Pauline, jeune violoniste de son lycée dont il tombera amoureux malgré la différence sociale. Cette dernière l’invitera à Venise pour l’écouter jouer. Sans le savoir, cette partie de ping-pong sera bien le leitmotiv de notre retour à l’âge ado. Comme une balle de ping-pong, nous rebondirons de rires en larmes, d’introspection en souvenirs, le tout avec une énergie débordante et beaucoup de poésie.
Ne nous fions pas au titre, c’est bien au travers de son parcours initiatique jusqu’en Italie, qu’Emile va nous emmener, durant 1h15 et des poussières, dans un aller-retour Montargis-Venise énergique malgré la lenteur de la caravane et vivant grâce aux changements de décors simples mais efficaces. Sur ce chemin semé d’embûches, d’auto-tamponseuses et de contretemps, Emile devra faire face aux nombreuses ingratitudes de l’adolescence et prémices de la vie d’adulte, sans pour autant baisser les bras et tomber dans le piège de la niaiserie. Il partagera avec nous tous ces tiraillements, ces premières fois, ces déceptions qui font le propre de notre adolescence et nous ont construits.
Happée par le jeu, ce n’est qu’à la fin, le public, l’acclamant et se levant d’une traite à la seconde où la pièce se termina, que je compris que je n’étais pas la seule à avoir été conquise. Thomas Solivérès ému aux larmes, nous avec, il n’y avait rien d’autre à ajouter. Nous étions tous dans le même état.
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Sabine Regenass -

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